‹ Œuvres complètes de Le FrançoisChapitre 8 sur 163 · IL · texte numérisé non relu

IL

Le soleil ne se cache que pour nous ouvrir le plus magnifique spectacle. La Voûte qui couvre notre demeure change alors de décoration. Elle étincelle de toutes parts, de lustres brillants. Ce sont autant de globes de feu qui égalent le soleil en grandeur, ou qui môme le surpassent. Combien doit être puissant celui qui l'ait des mondes aussi innombrables que les grains de sable qui couvrent les rivages des mers 1 Mais parmi ces astres qui roulent sur nos têtes, n'admirez-vous pas la lune, qui nous envoie plus de lumière que les étoiles toutes ensemble? Ce n'est pas un corps lumineux par lui-même. Ce n'est qu'un miroir qui réfléchit la lumière du soleil. Qui a donc placé ce miroir à l'égard de la terre dans un point et dans une orbite si peu distante, qu'il lui rendît une si grande partie des rayons solaires?

IL La nature de cette lumière qui nous montre tant de beautés, nous est inconnue. Est-ce un fluide répandu partout, qui pour faire impression sur nos yeux, n'a besoin que d'être ébranlé par le soleil et par les autres corps enflammés? Ou est-ce le feu lui-même qui éclaire doucement nos yeux, quand il agit à une certaine distance, et qu'il envoie des particules plus fines et plus divisées; comme il nous brûle à une petite distance, lorsque ses parties sont plus grossières, plus rapides, plus condensées? Nous l'ignorons.

Mais ce que nous ne pouvons ignorer, •c'est la rapidité de cette substance liquide qui se communique depuis le soleil jusqu'à nous en sept ou huit minutes : c'est la mobilité de cette substance qui se réfléchit de dessus une infinité d'objets vers une infinité d'yeux; c'est la petitesse de cette substance qui pénètre la prunelle d-e ces petits animaux qu'on aperçoit avec le microscope, qui passe à travers d'un verre, et entre les pores même de l'or et de l'aimant ; c'est la régularité avec laquelle cette même substance se distribue dans nos yeux pour y former quelque peinture ; c'est la propriété qu'elle a de se briser diversement, selon les divers milieux qu'elle traverse ; et c'est celte propriété qu'on appelle réfraction, par le moyen de laquelle rous jouissons de la vue : car, comme nous l'avons déjà remarqué, les traits de lumière qui rejaillissent de dessus les objets, ne se réunissent dans un point sur notre rétine, que parce qu'ils se plient en passaut à travers les humeurs différentes qui sont dans nos yeux.

Si la lumière est si visiblement faite pour nous montrer les beautés de la nature, elle n'est pas moins faite pour nous empêcher de les confondre par la variété des couleurs dont elle nous donne le sentiment. Car un seul de ses rayons, est un petit faisceau de sept rayons", dont chacun porte en soi une couleur qui lui est propre : en sorte que les corps sur lesquels la lumière tombe, selon qu'ils sont propres par la configuration de leurs parties, à réfléchir un de ces rayons, sont de la couleur que le rayon excite; ou ■d'une couleur mélangée, s'ils en réfléchis-

sent plusieurs; ou blancs, s'ils les réfléchissent tous^et ils [sont noirs à mesure qu'ils les absorbent.

III. Avant de profiter de la lumière pour envisager les corps qui nous environnent, entretenons-nous, un moment, d'un autre fluide qui échappe à nos yeux , mais qui nous est très-connu par ses effets salutaires. Vous comprenez qu'il s'agit de l'air, au milieu duquel nous vivons comme les poissons dans l'eau. Pourquoi cet élément est-il invisible, si ce n'est pour nous rendre visible le spectacle de la nature? Si chaque parcelle d'air avait assez de face pour réfléchir la lumière, nous ne verrions les objets que confusément. Comment cette masse si subtile et si transparente que les rayons des astres la percent sans peine, ne l'est-elle néanmoins qu'autant qu'il est nécessaire pour la respiration? Un peu plus de subtilité, comme un peu plus d'épaisseur, nous serait également contraire. Comment ce même corps si subtil a-t-il assez de force pour élever au-dessus de nos têtes, et pour tenir suspendues des espèces de mer qui arrêtent les rayons enflammés, et qui tombant ensuite goutte à goutte arrosent et fertilisent la terre ?Quelle puissance excite et apaise si soudainement les tempêtes de ce grand corps? De quel trésor sont tirés les vents qui le rafraîchissent, et qui le purifient en le renouvelant? Enfin qui a donné aux parcelles de l'air un ressort qui les rend capables d'être comprimées et dilatées, et conséquemment d'être si utiles aux végétaux et aux animaux ; car l'air, tant qu'il est comprimé par le froid, y demeure immobile; mais il met tout en jeu, quand son ressort est débandé par la chaleur.

C'est le feu qui dilate l'air; et ce fluide si nécessaire à notre vie n'est pas seulement allumé dans les astres , il est pour ainsi dire dans nos mains. Il réside dans l'air que nous respirons, dans l'eau que nous buvons, dans la terre qui nous nourrit. 11 loge dans les entrailles même de la terre, au moins jusqu'à une certaine profondeur; il s'en échappe souvent. Il est caché jusque dans les veines des cailloux; et il n'attend que le choc d'un autre corps pour éclater , et pour ébranler les villes et les montagnes. Sans cet élément, quelle serait notre misère durant l'hiver? De quel usage seraient les métaux ? à quelle sorte d'aliments serions-nous réduits? la flamme que nous pouvons nourrir avec du bois, nous réchauffe, nous éclaire, plie les plus durs métaux et cuit nos aliments.

Je ne vous entretiens que de ce qui tombe sous vos sens dans cette immense machine, sans vous montrer, d'après les grands obserservateurs, sesroues, ses cordes, ses poulies, ses ressorts et ses poids. Vous profiterez un jour des travaux deces philosophes profonds. Si en lisant leurs écrits, vous ne pouvez vous empêcher d'admirer leur intelligence dans l'explication du monde, quelle sera votre admiration pour l'Intelligence qui a formé le monde! Car combien plus le monde formé prouve-t-il une intelligence que le monde expliqué? Mais il ne faut être ni

astronome ni physicien ; Je simple coup d'œil suffit pour apercevoir un dessein marqué dans la situation du soleil et des astres par rapporta nous dans la proportion de la .uraière avec nos yeux; dans la liaison des effets de l'air et dû feu avec nos besoins. Or le dessein suppose une intelligence : le rapport est essentiel entre ces deux choses. Parcourons en gros les preuves que la terre porte de la même vérité.

IV. La terre est divisée en continents et en mers. Les mers sont de larges et profonds bassins remplis d'une eau salée, où vivent les poissons. Dans les continents, de loin en loin s'élèvent des éminences, depuis lesquelles le terrain s'abaisse en une pente insensible jusqu'à la mer. Des entrailles de ces hauteurs coulent des fontaines, dont la réunion forme des rivières qui roulent majestueusement leurs eaux douces autour des collines et dans les plaines, puis vont se rendre à la mer. Le reste de la surface est couvert de plantes et d'animaux. Et sous cette surface, à quelques pieds de profondeur, sont des terres de différentes espèces, des sels, des huiles, des pierres, des métaux: cette simple vue générale du globe que nous habitons, réveille eu nous l'idée de la plus grande sagesse.

Il est visible que notre demeure serait inhabitable, si sa surface était couverte des eaux de la mer. Il est visible que si les mêmes eaux rongeaient et pénétraient le fond et les côtés du grand vase qui les renferme, elles mettraient bientôt les terres en bouillie. 11 est visible encore que ces eaux qui reçoivent tous les écoulements de la terre, se putréfieraient si elles étaient dans un repos perpétuel. Qui a donc creusé des bassins pour les loger? Qui a rendu ces eaux visqueuses et bitumineuses, pour qu'elles déposent sur le fond et aux côtés de leur bassin une glu qui leur en bouche l'entrée? Qui les a assujetties à un flux et à un reflux perpétuel qui les empêche de croupir, qui disperse les balayures de la terre, les atténue, les amène sur la surface, d'où elles s'élèvent et se convertissent en rosées, en pluies, en aliments? Qui est-ce qui les fait se retirer ainsi, et puis revenir sur leurs pas avec tant de régularité? Un peu plus de mouvement dans leur balancement journalier inonderait des royaumes entiers. Qui leur a marqué la borne immobile qu'elles doivent respecter dans tous les siècles? Qui a fixé encore la mesure de leur évaporation? Si de cet amas immense s'élevait une plus grande quantité de vapeurs, nous serions submergés. Ce liquide peut être raréfié jusqu'à devenir une espèce d'air. Qui l'entretien dans ce degré précis de mouvement, pour être tout à la l'ois si coulant, si fugitif, et néanmoins si fort qu'il nous transporte d un bout du monde à l'autre, et nous unit avec toutes les nations par le commerce ?

Outre ces bassius qui renferment la mer, nous voyons la terre ferme coupée par de longs canaux remplis d'une eau douce et salutaire, propre à élancher notre soif, à

cuir les viandes qui nous nourrissent, à tenir nos corps et nos demeures dans la propreté , à porter la fraîcheur, la graisse et l'abondance dans nos campagnes, et à faciliter le commerce entre les provinces; et tous ces canaux, après bien des détours, se terminent à la mer. Qui a distribué ces canaux? Qui a soin de les remplir? Je vois l'eau sortir des montagnes et des collines, s'assembler en ruisseaux dans les vallées, puis former des rivières et des fleuves. Qui a élevé ces montagnes? Qui les a rendues propres à servir de réservoir aux vapeurs, que le soleil, le feu et l'air, comme autant de pompes, font monter sans cesse de la mer dans l'étendue de l'air, où elles se condensent, d'où elles retombent, et s'insinuent dans le corps des montagnes, descendent jusqu'à des couches de matière plus serrée, s'y arrêtent et s'y pratiquent par leur poids, des fssues pour échapper?

Si la terre, cette masse si vile et si grossière, et en même temps si riche et si féconde, était couverte de pierres et de métaux, nous ne pourrions en ouvrir le sein pour la cultiver. Si ces matières d'un autre côté, qui nous sont si utiles, étaient cachées à une profondeur qui nous les rendît inaccessibles , il ne nous servirait de rien que la terre renfermât ces richesses dans ses entrailles. Qui les a donc logées sous une voûte assez épaisse pour suffire à l'entretien des plantes et des animaux, et assez mince en même temps pour être percée au besoin?

L'œuvre et le dessein ne peuvent être l'effet d'une cause stupide et aveugle : or i'J faut être incapable de sentir et de penser pour ne pas voir de l'ordre et du dessein dans la disposition et l'arrangement dés parties de la terre. Mais nous n'en sommes encore qu'à ce qu'il y a de moin:", i jopant dans notre demeure. Les plantes et les'animaux offrent un spectacle bien plus merveilleux.

V. Pensons-nous si, en voyant la terre émaillée de fleurs, leur multitude, leur variété, leurs formes gracieuses, leurs tendres découpures , leurs couleurs touchantes , la douceur de leur parfum : nous ne louons pas l'invention inépuisable du Créateur? Pensons-nous, si en voyant les arbres fruitiers pencher leurs rameaux vers nous, et nous inviter à les décharger de leurs fruits de tant d'espèces différentes propres à nous nourrir , ou à humecter notre sang trop raréfié par la chaleur, ou à nous soutenir contre le poids d'un air trop engourdi par le froid : nous ne bénissons pas la libéralité du Créateur? Pensons-nous si en voyant les campagnes dorées, la diversité des grains, leur utilité, la propriété de chaque espèce pour notre soutien, pour la subsistance des bêtes qui nous servent, ou pour engraisser celles qui nous nourrissent : nous ne sommes pas touchés de l'attention du Créateur? Pensons-nous, si en voyant ces vastes forêts qui paraissent aussi anciennes que le monde, ces arbres qui, pour se détendre contre les yents et les tempêtes, se

cram|>onnent dans la terre par leurs racines, comme les branches s'élèvent vers le ciel, qui, en été, nous protègent de leur ombre contre les rayons brûlants du soleil, qui, en hiver, nourrissent la flamme qui conserve en nous la chaleur naturelle, qui prennent sous notre main la forme qu'il nous plaît pour les plus grands ouvrages de l'architecture et de la navigation : pensons-nous si nous n'exaltons pas la puissance et la bonté du Créateur?

Ce qui est encore plus merveilleux, c'est que les plantes en laissant tomber leur graine, se préparent autour d'elles une nombreuse postérité : chaque graine contenant en petit volume les germes d'une infinité de plantes de la même espèce. Et c'est ici où l'absurdité du naturalisme devient palpable. Dans ce système qui n'admet point de Créateur , il faut imaginer ou une suite infinie de plantes de toute espèce produites les unes par les autres, sans une première qui aitété produite parun Créateur : ou une première pour chaque espèce, qui existe par elle-même, et qui renferme les germes de toutes celles qui ont existé, et qui existeront dans une durée infinie, ou enfin il faut imaginer une première graine éternelle et nécessaire pour chaque espèce, qui s'étant développée dans la terre, est devenue plante, et la source féconde de toutes celles qui ont été et qui seront. Or, peut-on rien imaginer de plus absurde?

Nous avons déjà t'ait voir l'impossibilité d'une suite infinie d'êtres produits les uns par les autres, qui n'eussent pas un premier terme produit par un être qui lui-même n'eût pas été produit.

La seconde imagination n'est pas moins monstrueuse. Toutes les plantes que l'on suppose nées d'une ^première, et toutes celles qui en naîtront, étaient également possibles : pourquoi donc n'accorder l'existence éternelle et nécessaire qu'à une seule et la refuser à toutes les autres? La terre, dira-t-on, n'aurait pas suffi pour contenir les plantes d'une seule espèce ; mais une nécessité aveugle devait-elle prévoir cet inconvénient, et y pourvoir? Supposons l'existence éternelle d'une première plante : où est-elle celte plante? Car si elle existe nécessairement, elle existe toujours et ne peut cesser d'exister. Comment a-t-elle pu influer dans la production des autres plantes? En confiant ses graines au sein de la terre? Cela est impossible, car un être nécessaire est nécessairement tout ce qu'il est; il ne peut "rien perdre ; il ne peut rien acquérir. De même donc qu'une première plante nécessaire ne peut cesser d'être, elle ne peut cesser d'avoir ce qu'elle a , parce qu'elle a nécessairement tout ce qu'elle a.

La supposition d'une première graine nécessaire pour chaque espèce de plantes, n'est pas moins absurde. N'est-il pas absurde de supposer susceptible de s'étendre et de se développer un être nécessaire qui est tout ce qu'il est par la nécessité de son être? N'est-il pas absurde de supposer un être

nécessaire, et par conséquent indépendant, assujetti au besoin des sucs de la terre pour sa nutrition et son accroissement ? N'est-il pas absurde de supposer un être nécessaire composé d'une infinité de germes séparables? Tout ce qu'a un être nécessaire il l'a nécessairement ; par conséquent toute séparation est ici impossible. Enfin, une graine nécessaire, de même qu'une plante nécessaire, devrait être d'une grosseur immense, parce qu'un être nécessaire est tout ce qu'il peut être, du moins dans son genre.

Pourquoi nous arrêtons-nous à combattre desr.himèrcs? Revenonsà notre principe évident : l'art et l'industrie ne peuvent être l'effet d'une cause stupide et aveugle ; or le plus grand art est visible«dansla plus petite graine. C'est un assemblage d'une infinité d'organes, qui ont chacun leur destination et leur fin. Pour vous en assurer, adressezvous à un botaniste et priez-le d'anatomiser une graine en votre présence.

11 divisera la graine en deux lobes : il vous montrera au haut de ces lobes le germe planté, sa tige, son pédicule, les tuyaux du pédicule, les rameaux de ces tuyaux dispersés dans les lobes: il vous fera suivre à l'œil tous les progrès de son développement dans la terre. Vous en verrez sortir la tige empaquetée dans deux feuilles qui se dégagent les premières. Vous en verrez en. suite toutes les parties se déplier, la moelle en occuper le cœur, et autour de la moelle une infinité de vaisseaux rangés avec un artifice qui vous surprendra. Vos yeux vous suffiront pour vous convaincre que les lobes qui sont un amas de farine, sont destinés à servir de première nourriture au tendre germe, après qu'ils auront été détrempés et mêlés avec le suc de la terre ; que les rameaux du pédicule dispersés dans les lobes sont autant de bouches ouvertes pour recevoir celte première nourriture ; que les feuilles séminales sont préparées pour ouvrir la route à la tige, et pour préserver son extrême délicatesse de tous les frottements qui pourraient lui être nuisibles; que la radicule, après avoir épuisé les sucs des lobes, allonge ses chevelus dans la terre pour y chercher d'autres aliments, et les faire passer dans la tige. En un mot, que chaque vaisseau a sa destination particulière; que les uns sont chargés de distribuer la sève, d'autres de la filtrer et de la proportionner à la délicatesse des vaisseaux où ils l'introduisent ; ceux-ci de recevoir et de distribuer l'air nécessaire pour la circulation des liqueurs ; ceux-là de n'admettre que certains sucs, et de rejeter tous les autres.

L'art et l'industrie sont-ils plus visibles dans la montre la plus parfaite, dans le tableau le plus fini, que dans la plus petite plante? La terre porte une preuve encore plus vive et plus animée du Créateur.

VI. Considérez la structure des animaux, la disposition de leurs membres, la.délicatesse de leurs organes, la variété de leurs mouvements, la diversité de leur figure, leurs espèces innombrables, la manière

gl PREUVES DE LA RELIGION DE

propre à chaque espèce de se conserver et le se défendre, de se réparer et de se renouveler, de se multiplier et de se perpéaer. Plus vous étudierez ces machines vivantes, plus vous admirerez l'art ineffable de leur auteur, et moins la mauvaise toi, ou la stupidité du naturaliste qui ne voit partout qu'une nécessité aveugle, vous paraîtront compréhensibles. Que penseriez-vous d'un homme à qui vous présenteriez une montre qui fuirait a propos, se replierait, se défendrait et échapperait pour se conserver quand on voudrait la rompre, qui se remonterait elle-même, qui réparerait ses ressorts relâchés, et qui , avantque de tomber en ruine, en produirait une autre? que penseriez-vous d'un homme qui, au lieu de louer 1 industrie et l'intelligence de l'ouvrier qui aurait fait un ouvrage si rare et si pariait, vous dirait froidement :' Cette montre n a rien qui doive vous surprendre; l'industrie n y a point de part, tous ces ressorts si déliés, si proportionnés, si animés, ne doivent leur forme, leur union, leur arrangement qu à la nécessité. Vous ne. pourriez vous persuader qu'il vous parlât sérieusement, ou vous e prendriez pour un homme qui a perdu Ja

raison. ,. ,

Le naturaliste, comme nous 1 avons observé cent fois, ne se repaît que de mots. Où est la nécessité qu'il y ait des animaux l Où est la nécessité qu'il y en ait de tant d'espèces? Tout est beau, tout est plus admirable que le soleil et les astres, dans le plus Vil insecte : on y voit comme dans les plus grands animaux, des vaisseaux sans nombre, des liqueurs, des mouvements réunis souvent dans un point imperceptible, des organes pour vivre, des instruments pour travailler, des secours pour échapper à leurs ennemis, des armes pour en triompher, une uniformité dans la propagation de leur espèce, mille beautés dans leur vêtement. Mais où est la nécessité qu'il y en ait de tant de sortes! L'univers cesserait-il d être s'il étaitprivé d'un moucheron? Ou du moins le moucheron cesserait-il d'être, s il lui manquait le plus petit de ses ornements?

La nécessité est un néant, ou c est I Etre même des choses qui existe nécessairement par lui-même : or, les animaux n'existent pas nécessairement par eux-mêmes, puisqu'ils naissent et qu'ils périssent. On no peut pas dire non plus qu'ils doivent nécessairement venir les uns des autres, et se succéder, puisqu'une suite d'effets produits les uns par les autres, sans une première cause improduite, est impossible.

N'entrons pas dans un plus grand détail sur ce'qui regarde les animaux: le simplo coup d'œil doit ici suffire pour découvrir le Créateur dans son ouvrage. Quiconque, par exemple, à l'aspect d'un oiseau, de la structure de son corps, de ses os vides et minces quoique solides, de ses ailes creuses pardessous et convexes par-dessus, de ses plumes couchées les unes sur les autres avec tant d'artifice, du tuyau de ses plumes si ferme et en même temps si léger, doute si l'oi-

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