‹ Œuvres complètes de Le FrançoisChapitre 80 sur 163 · JESUS-CHRIST. - PART. III · texte numérisé non relu

JESUS-CHRIST. - PART. III

de ses.actions. Ils le font dans les livres qui portent leurs noms. Ces livres doivent donc nous tenir lieu de ls i personne , c de s la bouche, pour ainsi dire, de Jé.us-Christ. C'est donc lui qui les a dictés à ses disciples. Assurons-nous du fait -par des preuves courtes, mais sans réplique.

II II me semble qu'on ne peut lire ces livres et refuser en même temps son estime et sa vénération à leurs auteurs. L accord de ces écrivains avec Moïse et les prophètes peut-il être plus parfait ? Le consentemen de ces écrivains entre eux l'est-il moins, soit dans les choses qu'ils rapportent, soit dans la fin et le but des exhortations qu ils font soit dans le témoignage quils rendent Quelle douceur, quelle tendresse, quel e charité pour les hommes 1 quelle sévérité pour les vices 1 quel mépris pour eux-mêmes ! quel zèle pour la gloire de Dieu 1 quelle profonde connaissance de Dieu et de l'homme, du monde présent et du monde futur 1 quelle sublimité dans les dogmes 1 quelle simplicité dans l'expression! quelle pureté et quelle sainteté dans la morale! quelle netteté et quelle précision dans le style 1 quelle joie dans les soutîrances l quel courage dans les humiliations ! quelle humilité et quelle élévation dans les sentiments ! quel projet égale celui de soumettre à Dieu le genre humain par la force de la vérité! quelle ardeur pour exécuter un dessein si noble et si vaste 1 quel désintéressement 1 Tous ces caractères et une infinité d'autres que je tais pour abréger sontils naturels? Des écrivains d'un ordre si singulier et si supérieur n'ont-ils point d autres maître que leur propre raison? N'est-il pas visible, pour ainsi dire, qu'un seul et même esprit les a éclairés, leur a fourni les expressions, a remué leurs cœurs et dirigé leur plume ? Quelle différence entre ces écrivains et les écrivains du paganisme 1 Les ouvrages de ceux-ci semblent inspirés par 1 amourpropre tant il s'y montre à découvert. Dans les écrits des apôtres, nul vestige des faiblesses attachées à notre nature. Il y a plus de vérité dans un seul chapitre de saint Paul, que dans tous les livres des sages de la Grèce et de Rome. Si après les apôtres il a paru des livres utiles à la société et a la religion, c'est que les auteurs avaient puisé dans les livres du Nouveau Testament, sources et pures et fécondes de la venté. Mais cette preuve de sentiment a besoin d être appuyée et soutenue.

111. Nous devons recevoir comme de la main môme de Jésus-Christ des livres dont il a rempli, les auteurs de sa sagesse et de son esprit, qu'il a chargés de continuer son œuvre, de tenir sa place, de parler en son nom. Voilà coque Jésus-Christ fait à l'égard des auteurs des livres du Nouveau-Testament. Jl donne à ses premiers disciples par une lumière supérieure, dont il les éclaire , Vintelliqencc des Ecritures (Luc. xxiv, 45), et par son souille divin il répand sur eux son Esprit : Je vous envoie, leur ditil, comme mon Père ma envoyé, rcctvez lo

Saint- Esprit. (Joan. xï, 21, 22.) Allez, instruisez tous les peuples, apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai commandé. (Malth xxvin, 19, 20.) Il les met en état do dire non-seulement, comme les anciens prophètes : Voici ce que dit le Seigneur; mais de tenir sa place et de parler en son nom. Noua lenoni, dit saint Paul, la place de Jésus-Christ, comme ses ambassadeurs et ses lieutenants ; et c'est Dieu même qui vous exhorte par notre bouche. (Il Cor. v, 20.)

IV. Je crois volontiers des hommes qui, pour me persuader, font des miracles au nom de Dieu par Jésus-Christ, au nom de Jésus- Christ. C'est ainsi que se conduisent les apôtres. Ils disent qu'ils sont inspirés et ils prouvent ce qu'ils disent par les plus grands miracles qu'ils opèrent au nom de Jésus- Christ. Nous n'avons plus qu'à les entendre, car nous sommes déjà sûrs de leurs miracles. Est-ce donc que vous voulez éprouver, dit saint Paul aux Corinthiens, la puissance de Jésus-Christ qui parle par ma bouche? (II Cor. xni, 3.) Paul nVt donc que l'organe de Jésus-Christ. Qui peut connaître, dit-il encore aux mêmes fidèles, la pensée et le dessein du Seigneur ? mais pour nous, nous avons V intelligence et l'esprit (selon le texte original) même de Jésus-Christ. (I Cor. h, 16.) Nous n'avons pas reçu l'esprit du monde, mais l'Esprit de Dieu, afin que nous connaissions les dons que Dieu nous a faits. Et nous les annonçons, non avec les discours qu'enseigne la sagesse humaine, mais avec les discours tj/u enseigne le Saint-Esprit ; n'employant pour c*e» mystères spirituels, que des paroles spirituelles. (Ibia., 12, 13.) L'expression avec les discours enseignés par le Saint-Esprit dans le grec, marque clairementVinspiration des paroles. C'est pour cette raison que le même Apôtre ne craint point de aire que le mépris qu'on ferait de ses paroles retomberait sur Dieu même, qui l'a rempli de son Esprit. (1 Thcss. iv, 1.)

11 assure lesThessaloniciens qu'ils ne s'étaient point Irompésen écoulant ses discours avec le même respect que la parole de Dieu, parce qu'en effet ils étaient sa parole : Nous rendons à Dieu de continuelles actions de grâces, de ce qu'ayant entendu la parole de Dieu que nous vous prêchions, vous l'ayez reçue, non comme la parole des hommes, mais comme étant, ainsi qu'elle l'est véritablement, la parole de Dieu.(l Thess. n, 13.) Je vous déclare, mes frères (il parle aux Galates),</(/e l'Evangile que je vous ai prêché n'a rien de l'homme, parce que je ne l'ai point reçu, ni appris d aucun homme, mais par la révélation de Jésus-Christ. (Galat. 1, 11,12.) Ces textes sont trop clairs pour avoir besoin d'être soutenus par d'autres.

V. Jugeons, mon cher Eusèbe, par saint Paul, desévangélistes et des autres apôtres. Tousonteu, commejune révélationimmédiale et une application surnaturelle des vérités révélées dans les occasions où elles étaient nécessaires. Jésus-Christ leur en avait fait une promesse expresse. Pouvons-nous douter qu'il ne l'ait exécutée dans toute .son

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étendue ? Le Consolateur, leur avait-il dit, qui est le Saint-Esprit que mon Père enverra en mon nom , vous enseignera toutes choses , et vous fera souvenir de tout ce que je vous ui dit. {Joan. xiv,2G.) Et encore: Quand l'Esprit de vérité sera venu, il vous enseignera toute vérité. (Joan. xvi, 13.) La promesse de l'inspiration ne peut être ni [dus générale , ni plus parfaite (Tract. Theol.)

VI. Quelle idée pouvez-vous donc avoir de Spinosa , qui dit froidement que les apôtres n'ont pas écrit en tant qu'apôtres et prophètes , mais en tant que docteurs. (Politiq., c. 11.) Pour tenir de tels discours, il ne faut jamais avoir lu leurs écrits.

Mais, dit cet ennemi des prophètes et des apôtres , le style des écrivains du Nouveau Testament est fort éloigné de celui des prophètes. Ils ne s'énoncent pas comme eux: « Voici ce que dit le Seigneur. » Au contraire saint Paul avoue qu'il parle de lui-même; « Ce que je vous dis comme une chose qu'on vous pardonne , et non pas qu'on vous commande. (1 Cor vu, 6.) Pour ce qui est des vierges , dit-il encore au même endroit: « Je n'ai point à leur proposer de commandement de lapart du Seigneur : mais voici le conseil

? ne je donne comme ayant reçu du Seigneur a grâce d'être fidèle, >> (luid., 25.) Le même Apôtre parle en doutant comme un homme qui n'est pas assuré de ce qu'il dit: « Nous disons que l'homme est justifié par la foi sans les œuvres de la loi. » (Rom. m, 28.) Et ailleurs: a Je dis que tes souffrances de la vie présente n'ont point de proportion avec cette gloire , qui doit un jour éclater en nous. » (Rom. vin, 18.) De plus, il fait usage du raisonnement , au lieu que les prophètes se contentent de déclarer les ordres du Seigneur, sans s'appuyer sur la raison. Les Epîtres des apôtres sont remplies d'urbanité, façon d'écrire trop rampante et indigne de l'autorité prophétique.

Les apôtres , ajoute Spinosa, sont d'accord sur la religion: mais chacun d'eux l'édifiait sur un fondement qui lui était propre, comme il paraît par saint Paul qui écrit aux Romains « Qu'il a eu soin en préchant l'Evangih de ne le point faire dans les lieux ou Jésus- Christ avait déjà été prêché , ne voulant point bâtir sur le fondement d'autrui (ou sur un fondement que d'autres avaient jeté avant lui), mais se conformer à cette parole de l'Ecriture : « Ceux à qui il n'a point été annoncé seront éclairés, etc. » (Rom. xv, 20, 21.) Une preuve de la diversion de ces fondements, poursuit Spinosa, c'est la diversité des sentiments du même saint Paul et de saint Jacques sur les œuvres : le premier exclut les œuvres pour la justification; saint Jacques au contraire enseigne que sans les œuvres la foi ne justifie point. Une preuve encore plus certaine de cette diversité de fondements , ce sont les schismes qui sont nés depuis les apôtres dans te christianisme , schismes fondés sur la différence de la doctrine des premiers maîtres, et qui étaient inévitables, dès que les maîtres avaient voulu proportionner leurs

leçons aux divers sentiments des hommes au ils instruisaient.

Tous ces discours de Spinosa contre les écrivains du Nouveau Testament sont aussi frivolesque ceux que nous lui avons entendu tenir contre les écrivains de l'Ancien Testament. Ce ne sont que des mots débités avec confiance, sans justesse, sans vérité, sans bonne foi. Dans son système, que sigmtie cette grande phrase : Les écrivains du Nouveau Testament n'ont pas écrit en tant que prophètes mais en tant que docteurs? sinon nue ces écrivains ont été dépourvus dune vive imagination, et qu'en écrivant, ils n ont suivi , ni leurs préjugés, ni leur éducation, ni leur tempérament ? Quel malheur l Mais suivons pied à pied cet incrédule.

Le style des apôtres est simple, doux, tendre; au lieu que le style des prophètes est fort, véhément, menaçant, terrible; mais cette diversité de style prouve l'inspiration des écrivains des deux Testaments. La 01 ancienne était une loi de crainte, la nouvel e est une loi d'amour. Le peuple juif était le peuple de Dieu, mais dans un état d enfance, d'imperfection, d'assujettissement et de servitude. LesChrétiens sont le peuple de Dieu, mais dans un état de maturité, de perfection, de liberté. Les prophètes devaient donc parler aux Juifs avec force, avec empire, comme à des esclaves. Les apôtres doivent parler aux Chrétiens avec douceur, avec charité, comme aux frères; aux cohéritiers de Jésus- Christ. . . , „. ., * Si ces écrivains étaient inspirés par l intérêt ou par quelque autre passion humaine, se conformeraient-ils si constamment à 1 esprit des deux alliances? Les apôtres n usent pas de cette expression : Voici ce que dit le Seiqneur: mais ils en emploient d'équivalentes, lorsqu'ils se disent les ambassadeurs de Dieu, les envoyés de Jésus-Christ parlant en son nom et par son Esprit. ....

Il est faux que saint Paul parte de luimême, c'est-à-dire par son propre esprit, ou en doutant, dans les endroits objectés de ses Epttres aux Corinthiens et aux Romains C est surtout en écrivant aux premiers qu il déclare que Dieu lui a révélé par son Esprit. Qu'il o reçu l'Esprit qui procède de Dieu. II Cor. i, 10, 12, 13.) Qu'il emploie tous les discours que le Saint-Esprit enseigne. Et il faut avouer que ce n'est que par les lumières de l'Esprit de sainteté qu'il peut donner des règles si pures et si saintes aux personnes engagées dans le mariage, et des conseils si parfaits et si sublimes aux vierges. On ne trouve rien de semblable dans les prophètes; parce que la loi ancienne n'était pas une loi de perfection, où, pour pratiquer plus sûrement les préceptes, on embrassât les conseils en vivant dans le corps comme si on était sans

corps. .

Il n'y a pas un mot dans les textes objectés de i'Epître aux Romains qui marque l'ombre de doute. Le terme original sigmlio, j'infère, j'établis, je tiens, je dis, je suis persuadé. Et, assurément, la justification par la foi sans les •œuvres do la loi, et la dispro-

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