‹ Œuvres complètes de Le FrançoisChapitre 91 sur 163 · RÉFLEXIONS SUR LE MYSTERE DE LA RÉDEMPTION · texte numérisé non relu

RÉFLEXIONS SUR LE MYSTERE DE LA RÉDEMPTION

Les leçons de Jésus Christ, sans sa médiation, auraient augmenté les misères de l'homme. — > Nous étions redevables à la justice divine, et dans l'impuissance d'y satisfaire. — Inconvénients de tout autre moyen que de la charité de Jésus-Chrisl. — La miséricorde et la justice y éclatent également. — Motif, pour riwmme , de reconnaissance, d'admiration de la majesté suprême, de consolation dans les souffrances, de haine contre le péché, et d'une espérance inébranlable. — Ce mystère n'est point indigne de Dieu. — Jesus-Clirist , dans su passion, soutient le caractère de sa divinité aussi bien que edui de victime.

I. Ce n'est donc pas seulement uour être mon maître et mon modèle, ô sagesse infinie, que vous avez pris un corps semblable au mien. Do quel usage m'eussent été vos leçons et vos exemples? Esclave de mes passions, vendu au péché, sous les fers du prince des ténèbres, digne de lui être associé dans ses

nialncurs, ennemi de la divinité, victimedo

•sa justice, enfant de rolère, sans hostie, sans

pontife, sans médiateur, je n'aurais dû penser qu'à me dérober aux yeux d'un Dieu

saint et vengeur du crime. C'est dans cet

affreux désespoir que m'auraient jeté vos

leçons, si mon orgueil ne les eût pas méprisées. Mais je commence à respirer. En

me montrant la profondeur de mes plaies,

vous m'en montrez le remède dans votre

s-ing. C'est au désir de ce remède salutaire

qu'auraient dû me conduire les idées de

Dieu et de l'ordre gravées dans mon âme.

II. Si j'avais médité sérieusement ces idées, j'aurais senti une opposition étonnante

entre l'Etre parfait et moi. 11 est la sagesse, la justice, la sainteté ; et je suis manifestement rempli de folie, d'injustice, de corruption. Il aime l'ordre, et j'en suis le perturbateur. Au lieu de me porter de tout le poids de mon amour vers mon Dieu, comme vers ma fin unique, et de n'être occupé qu'à lui rendre mes hommages; je ne cherche que moi, je me fais le centre de tout, je no sacrifie qu'à mes penchants. Je suis donc un ingrat, un désobéissant, un rebelle. Que d'outrages faits à la majesté suprême 1 Je

sais que je ne puis ladéshonorer réellement; un tel outrage est impossible. Mais plus il est impossible, plus le dessein en est criminel; mon impuissance augmente mon crime.

Je me révolte contre une majesté dont je dépends absolument et à laquelle je ne saurais nuire. Mon crime est certain. 11 s'agit d'en obtenir l'abolition, de rentrer en grâce, de fléchir la justice de mon Dieu. Je ne le nuis que par une satisfaction proportionnée à mes outrages. Suis-je en état d'offrir une telle satisfaction?

III. L'outrage accroît à proportion de la dignité de la personne offensée. L'injure faite à un roi, surpasse l'injure faite à un de ses sujets : parce que la personne d'un roi mérite de plus grands égards; ses volontés sont plus respectables. Donc le mépris de sa personne et de ses lois est plus grave que le mépris de la personne et des volontés d'un simple particulier. Cet ordre est fondé sur la différence des dignités. La réparation d'une injure tire son prix et sa valeur, de la dignité et du mérite de celui qui fait la réparation. Un roi a outragé un de ses sujets; une parole obligeante sortie de sa bouche, sera une juste satisfaction. Elle serait dans la bouche d'un sujet qui aurait outragé son roi, bien au-dessous d'une juste réparation. Cet ordre est encore fondé sur la nature des choses, et sur leur différence. Suivant ces principes, quelle sera ma satisfaction? quelle proportion mettrai-je entre l'offense et la réparation? J'ai outragé une majesté infinie; mon outrage est donc infini, oudu moins d'un ordre absolument supérieur à mon être. Ma satisfaction ne peut avoir plus de dignité que moi-même, qui ne suis qu'un misérable néant, et un néant criminel.

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