‹ Œuvres complètes de Le FrançoisChapitre 93 sur 163 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

MYaTÈRE DE L'EUCHARISTIE.

Jésus-Christ promet de donner son corps à ses disciples pour être leur nourriture. — // exécute sa promesse avant sa passion. — Après son ascension, les apôtres se croient en possession de son corps.

Coffrent en sacrifice. — Foi de (a société chrétienne.

Article I. — Promesse que Jésus-Christ fait à ses disciples de leur donner son corps, pour être leur nourriture.

I. Après le miracle delà multiplication des pains. Jésus-Christ sachant que le peuple voulait l'enlever pour le faire roi, fit embarquer ses disciples et se retira sur la montagne. 11 les joignit pendant la nuit en marchant sur la mer, et la barque se trouva aussitôt au lieu où ils allaient. Le lendemain les Juifs se rendirenten foule auprès de lui, et lui demandèrenten quel temps il était venu du désert à Capharnaùm où ils le trouvaient, sans qu'il se fût servi pour y arriver, de l'unique barque où il avait fait entrer ses disciples.

Jésus-Christ, sans avoir égard à leur curiosité, leur répondit qu'ils ne le cherchaient que parce qu'il les avait nourris; qu'ils devaient se rendre dignes d'une nourriture qui ne périt pas, comme celle du pain ordinaire, mais qui demeure pour la vie éternelle, et que lui-même leur donnerait. Pour mériter cette nourriture, il exige d'eux qu'ils croient en lui comme envoyé par son Père, c'est-à-dire comne Messie et comme fait homme pour eux. Pour exiger une telle foi, lui répliquent les Juifs, que faites-vous? comme s'ils disaient : par quel miracle prouvez-vous que Dieu vous ait envoyé, non comme un simple prophète, mais comme le Messie et comme son Fils? Nus pères ont mangé la manne dans le désert , selon ce qui est écrit : il leur a donné à manger le pain du ciel. Ce miracle de Moïse était bien audessus de celui que vous venez d'opérer, et néanmoins il n'a point exigé que l'on crût en lui. En vérité , en vérité je vous le dis , répond Jésus-Christ : Moïse ne vous a point donné le pain du ciel; mais c'est mon Père qui vous donne le véritable pain du ciel. Car le pain de Dieu est celui qui est descendu du ciel et qui donne la vie au monde. (Joan. viy 27-33.)

II. Les Juifs , frappés de la réalité de ce pain, plus divin et plus céleste que la manne : Seigneur, disent-ils à Jésus-Christ, donnez-nous toujours ce pain. (Ibid., 3k.) Mais lorsque Jésus-Christ leur eût dit clairement : Je suis le pain de vie; celui qui vient à moi n aura point de faim, et celui qui croit en moi n aura jamais soif (Ibid., 35) , ils murmurèrent ouvertement et de ce que le pain, céleste qu'ils attendaient avait disparu , ei de ce que Jésus-Christ se mettait à la place de ce pain , lui qui n'était pas descendu du ciel, et qui d'ailleurs n'était pas le pain vivant qu'il avait promis, puisqu'il ne pouvait pas être mangé ni leur servir de nourriture. Pour répondre à ces deux objets et à ces deux. causes de murmure, Jésus-Christ répète en termes plus forts ce qu'il avait déjà dit : Je suis le pain de vie. Vos pères ont mangé la manne dans le désert, et ils sont morts. Mais voici le pain qui est descendu du ciel, afin que celui qui en mange ne meurt

point. Je suis le pain vivant qui est descendu du ciel. Si quelqu'un mange de ce pain,' il vivra éternellement. (Joan. vi, 48-52.) Cmel est ce poin qu'il faut manger pour vivre|élernellement ? Il le des igné en termes clairs : Et le pain que je donnerai est ma chair pour la vie du monde. Voilà donc le miracle plus merveilleux que la multiplication des pains et que la manne, que Jésus-Christ promet de faire, a tin qu'on croie en lui.

III. C'est ainsi que les Juifs l'entendent : ils comprennent que le miracle par lequel Jésus-Christ prétend leur donner sa chair est ce miracle qu'il oppose à la manne, comme plus grand et plus divin. Ils comprennent aussi que puisqu'il compare sa chair à la inanne , elle devrait être une nourrilure aussi réelle, un pain aussi véritable. Comment, disent-ils, celui-ci peut-il nous donner sa chair à manger? (Ibid., 53.) Pour imposer silence à tous ces doutes, Jésus-Christ atteste la vérité de sa promesse par un serment, et fait un précepte de manger sa chair, à peine d'être privé de la vie. En vérité, en vérité, je vous le dis (c'est en cette seule manière que la suprême Vérité peut jurer, en jurant par elle-même) : si vous ne mangez la chair du Fils de V homme et ne buvez son sang, vous n'aurez point la vie en vous. Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle , et je le ressusciterai au dernier jour ; car ma chair est véritablement viande , et mon sang est véritablement breuvage. (Ibid., 5i, 56.) Rien n'est plus propre à vaincre la résistance et le doute, qui s'opposent à la vérité, que cette répétition et que la force de ces expressions : Ma chair est vraiment viande, etc.

IV. Celui qui mange ma chair, continue Jésus Christ, et boit mon sang, demeure en moi, et moi en lui. (Ibid., 57.) Des effets aussi réels ne peuvent venir que d'un aliment réel et réellement reçu. Il faut que la nourriture s'incorpore dans celui qui Ja reçoit, et qu'il se fasse une espèce de tout, de la substance mangée et de celle de l'homme qui la mange. Mais jusqu'à quel point cette demeure de Jésus-Christ dans l'homme qui mangera sa chair sera-t-elle intime et réelle? Comme mon Père qui est vivant m'a envoyé , dit Jésus-Christ, et que je vis par mon Père, de même celui qui me mange vivra aussi par moi. (ibid., 58.) Le Fils de Dieu vit par son Père, parce que son Père est le principe éiernel de sa vie , 'parce qu'il est dans. son Père et dans son sein. Il en sera de même à proportion de celui qui le mangera : // vitra par moi. Je serai dans lui le principe intime de sa vie, et ma chair, qui est inséparable de ma divinité, lui communiquera la même vie que celle que je reçois de mon Père. Jésus-Christ suppose donc manifestement que sa chair sera aussi réellement dans celui qui la mange que la nature divine est dans lui.

V. C'est ici le pain qui est descendu du ciel. Ce n'est pas comme la manne que vos pères ont mangée, et qui ne les a pas empêchés de mourir. Celui qui Mange ce pain vivra

éternellement. (Ibid., 59 ) Nouvelle preuve que Jésus-Christ parle d'une manducation réelle. Sans cela il ne l'opposerait pas à la manne, qui, dans le dessein de Dieu, était destinée à figurer Jésus-Christ, puisque saint Paul l'appelle une nourriture spirituelle (I Cor. x, 3), c'est-à-dire que Jésus-Christ en était la fin, et que les justes, tels que Moïse* Josué, etc., la regardaient comme une prédiction et un gage de sa venue*

VI. Il dit ces choses dans la syhdgogue de Capharnuum. Plusieurs de ses disciples , qui l'avaient ouï, dirent : Ces paroles sont bien dures, qui peut les écouter? (Joan. vi, 60, 61.) Que dit Jésus-Christ a ces nouveaux mnrmurateurs pour adoucir la dureté de ses paroles? Cela vous scandalise-l-il? Que serace donc si vous voyez le Fils de l'homme monter où il était auparavant. (Ibid., 62, 63.) Comme s'il leur disait : Mon discours vous paraît dur ; vous ne voyez cependant qu'une partie des difficultés. Le miracle que je promets serait moins étonnant , si je devais toujours demeurer sur 'a terre : je serais près de ceux à qui je servirais de nourriture, et la distante des lieux n'y serait pas un obstacle. Mais je quitterai la terre pouf retourner dans le ciel. J'y monterai avec la chair dont je suis revêtu, et cette chair n'en sera pas moins réellement la nourriture de ceux qui la mangeront. Que penserez-vous alors de mon pouvoir et de la vérité de mes promesses? Si maintenant elles vous scandalisent, combien y trouverez-vous alors moins de possibilité? C'est l'esprit qui vivifie; la chair ne sert de rien. Les paroles que je vous dis sont esprit et vie. (Ibid., 6i.) Comme s'il disait: Les sens ne servent de rien pour pénétrer clans ce mystère dont je vous entretiens; il n'est pas de leur ressort ; mes paroles sont esprit et vie; c'est l'esprit de Dieu qui en donne l'intelligence à l'homme, en se le soumettant par la foi. Il paraît encore plus simple d'entendre par esprit la Divinité. Jésus-Christ commence cet admirable discours en disant qu'il est le pain de vie descendu du ciel,- ce qu'il entend de sa divinité. Il le conclut en disant que c'est l'esprit qui donne la vie. 11 veut donc marquer sa divinité, qui, en s'unissant à la chair, l'a rendue vivifiante ; au lieu que par elle seule, et sans l'union à sa divinité, elle serait incapable de donner la vie. Les paroles que je vous dis sont esprit et vie, c'est-à-dire je ne vous répète si souvent que ma chair est le pain de vie, qui doit vous rendre immortels , que parce qu'elle est inséparable de l'esprit vivifiant, qui donne l'être à toutes choses.

VIL Ce qui est évident , c'est qu'on ne peut faire dire à Jésus-Christ par ces paroles que sa chair ne sert de rien, et qu'elle n'est vivifiante que par une foi spirituelle qui s'unit à elle. Un tel sens n'a aucun fondement : est-ce que la chair de Jésus-Christ n'a de vertu que par la foi? Est-ce de l'homme ou du Verbe qu'elle tire son efficace et le pouvoir de donner la vie? n'estelle rien avant que la foi s'unisse à elle ?

Est-ce pour' son bien ou pour le nôtre que nous croyons en elle? Que cherchons-.nous en elle par la foi, si avant notre foi elle n est et ne peut rien ? Ce qui est encore évident, c'est que les mêmes paroles (la chair ne sert de rien) ne sont point une explication des trécédentes, qui en limite la force et qui ,es réduise à un sens figuré. Elles ne firent point cesser les murmures. Après qu elles eurent été prononcées, dès lors plusieurs^ de ses disciples se retirèrent de sa suite, et n allaient plus avec lui (Ibid., 67) , persuadés que Jésus-Christ ne changeait rien dans ses premières expressions, et qu il prétendait toujours que sa chair serait réellement mangée. Jesus-Christ ne lève point le scandale ; il le rejette sur le défaut de foi, qu il dit être un don de son Père qu'il accorde a qui il veut. . f .,

VJII. La promesse que Jésus-Christ lait aux hommes de leur donner son corps, ne peut être plus précise et plus formelle : il n'v a que la grandeur de cette promesse qui puisse faire naître un désir secret d'en éluder le sens. Mais ne croinez-vous pas, mon cher Eusèbe , avoir perdu la raison , si vous vous livriez à un motif aussi puéril? Tout est grand en Jésus-Christ; il est luimême le plus incompréhensible de tous les miracles. Ne voir dans son discours que son incarnation et la foi qu'on doit avoir en lui , c'est vouloir s'aveugler. 11 est vrai qu il est question de ces deux objets au commencement du discours. Mais, dans la suite , il s'agit manifestement d'un miracle qui doit être la preuve de ces deux points. Jésus- Clirist promet ce miracle, et ce miracle sera sa chair qu'il donnera à manger. Le miracle est donc différent de la foi, puisqu'il en doit être la preuve. Manger sa chair et croi^ en lui ne sont donc pas la même chose. C est ainsi que l'entendent les Juifs : ils conçoivent que c'est sa chair qui devait leur servir de nourriture. Si Jésus-Christ n'a d autre dessein que de les porter à croire son incarnation et à s'unir à lui par la foi, n est-il pas de sa bonté de diminuer leur étonneraent, en expliquant ce qu'il vient de dire de sa chair?

IX. Bien loin de diminuer la force de ses paroles, en les détournant à un sens figuré, il emploie le serment pour faire regarder comme réelle la manducation qu'il prescrit. Il ajoute, à l'obligation de manger sa chair, celle de boire son sang, qui ne pourrait avoir lieu s'il ne s'agissait que do la loi, à I égard de laquelle manger et boire sont la même chose. Combien la métaphore, si c'en était une, serait-elle froide et glacée? Ces Juife étaient incrédules, parce qu'ils ne pouvaient se persuader que Jésus-Christ fût en état de leur donner sa chair à manger et son sang à boire; qu'ils prenaient ses paroles dans leur sens naturel, et qu'ils comparaient à la manne l'aliment de sa chair qu'il leur promettait. N'est-ce pas les confirmer dans 1 erreur, s'ils y sont, que d'ajouter que sa chair était vraiment viande et son sang vraiment breuvage? Ce qui ne peut signifier que ce

que les incrédules ont compris, et dont ils sont offensés , que la chair sera véritablement mangée et que le sang sera véritablement bu. Ce que Jésus-Christ nous apprend des effets de sa chair, que celui qui la mangera vivra par lui , comme il vit par son Père , est absolument opposé à la fiction d'une manducation allégorique de sa chair, compatible avec l'absence de cette chair. Une telle manducation ne peut faire que l'homme vive par Jésus-Christ , comme il vit par son Père; elle n'est propre qu'à faire douter que Jésus-Christ reçoive de son Père la nature divine.

X. Lorsque Jésus-Christ se donne pour le pain descendu du ciel et le pain de vie, ses disciples l'écoutent tranquillement; mais plusieurs d'entre eux se joignent au peuple quand il dit nettement que sa chair est ce pain qu'il leur donnera, qu'ils doivent le manger, comme leurs pères ont mangé la manne , qu'elle est comme elle une viande réelle, et que le breuvage de son sang n'est pas moins réel que sa chair. Jésus-Christ dissipe-t-il le scandale? Au contraire, il montre que son retour dans le ciel l'augmentera. Or, en quoi le scandale de ces disciples incrédulesdeviendra-t-il plus grand par l'ascension, s'il ne s'agit que d'une manducation figurée , qui n'est pas seulement compatible avec l'absence de Jésus-Christ, mais qui la suppose? L'ascension de Jésus- Christ est plutôt un attrait pour la foi qu'un obstacle; on s'occupe volontiers d'une chair assise à la droite de Dieu. Comment donc Jésus-Christ affecterait-il d'augmenter 1 incrédulité de ses disciples, en montrant une nouvelle difficulté par cela même qui devrait faire évanouir toute difficulté ? Je ne demande plus où serait la charité de Jésus- Christ, mais où serait sa sincérité, son éloignèrent infini de la fiction et du mensonge? L'ascension n'est un obstacle qu'au sens de la manducation réelle : donc le sens de la manducation réelle est le sens des paroles de Jésus-Christ. . .

XI. La promesse que Jésus-Christ fait aux hommes de leur donner son corps pour être leur nourriture me paraît si claire , que quand je ne trouverais point de preuves , dans son histoire , de l'exécution de cette promesse, je ne m'adresserais pas avec moins de confiance à la société chrétienne pour m'informer si elle ne serait point en possession du corps de Jésus Christ. Ce serait la raison même qui me guiderait en cela. Car Jésus-Christ est la vérité : il a promis de dunner sa chair à manger; donc il l'a donnée. Mais continuons de lire.

Artici.k 11. — Jesus-Christ a exécuté sa promesse avant sa passion en donnant son corps à ses disciples.

1. Saint Matthieu, saint Marc et saint Luc racontent ainsi le fait. Or, pendant qu'Us soupaient, Jésus prit du pain, et, après avoir rendu i/rdces, il le bénit, le rompit et le donna à ses disciples, en disant : Prenez et mamjrz, ceci est mon corps, qui est donne pour vous.

5il ŒUVRES COMPLETES DE LE FRANÇOIS.

Faites ceci en mémoire de moi. (Mat th. XXVI, 2ù; Lue. xxn, 19.) // prit de même le calice après souper; et, ayant rendu grâces, il le leur donna, en disant : Buvez-en tous, car ceci est mon sang, le sang de la nouvelle alliance, qui sera répandu pour plusieurs, pour la rémission des péchés. Et ils en burent tous. (Matth. xxvi, 27, 28; Luc. xxn, 20; Marc, xiv, 23.)

11. N'obscurcissons pas, par des réflexions, un récit aussi simple. Jésus-Christ accomplit visiblement sa promesse. Nous attendions avec une entière certitude qu'il nous donnerait sa chair comme le pain céleste descendu du ciel; nous n'étions embarrassés que sur la manière et sur le choix du sacrement et du voile qui cacherait un don si précieux, et qui nous laisserait la liberté et la confiance nécessaires pour nous en approcher. Mais en voyant Jésus-Christ prendre du pain, le bénir, ajouter à sa bénédiction des actions de grâces, et le changer par sa parole en sa chair divine, admirons, pénétrés de reconnaissance , comment il couvre un

pain invisible et spirituel par l'apparence d'un autre extérieur et sensible; la nourriture de l'âme, sous celle du corps; le pain, qui doit ressusciter l'homme sous le voile du pain qui l'empêche pendant quelques Années de mourir. En entendant ces paroles : Prenez -et mangez, ceci est mon corps. Burez-en tous, car ceci est mon sang, je conçois toute la réalité de ces autres : Ma chair est vraiment vttmde, mon sang est vraiment breuvage.

11.1. Pourriez-vou.s, mon cher Eusèbe, désirer des paroles plus claires et plus fortes, plus dignes de la puissance, de Jésus-Christ et de sa vérité, qui expriment plus vivement que la piésençe de son corps et de son sang est réelle, et'que le pain ne subsiste plus? Si Jésus-Christ avait laissé à votre choix de Jui fournir des expressions pour signifier le changement incompréhensible du pain en son corps, et du vin en son sang, vous eût-il éi*é possible d'en imaginer de plus simples et de plus naturelles? Si vous aviez été au nombre de ceux qui les entendirent de sa bouche, sachant que celui qui les proférait était le maître de la nature qui fait ce qu'il veut, et qui, en parlant, opère ce qu'il dit, auriez-vous hésité à croire le miracle? Que peuvent-elles signifier ces paroles divines : Ceci est mon corps, sinon le corps de Jésus- Christ ? (Matth. xxvi, 26) car ceci n'est qu'un pronom qui se rapporte au corps et qui le démontre : comme dans ces paroles du Père éternel, au baptême de Jésus-Christ : celui-ci est mon Fils, celui-ci se rapporte au Fils et le démontre.

IV. Pour ne pas vous arrêter à ce sens propre et littéral, il eût fallu que vous eussiez pris en un sens figuré les paroles de Jésus-Christ; je veux dire, il eût fallu que vous eussiez soupçonné que Jésus-Christ en disant : Ceci est mon corps, et ceci est mon sang, établissait le pain et le vin pour être des signes de son corps et de son sang. Un tel soupçon se fût-il présenté à votre esprit?

et s'il se fût présenté, ne l'eussiez-vous pas rejeté comme absurde, également contraire aux promesses de Jésus-Christ et aux lois du discours? Jésus-Christ avait promis de donner, non les signes de sa chair et de son sang; mais sa chair même, son sang même, comme étant vraiment viande et vraiment breuvage. Les lois du discours permettent bien de donner au signe qui représente naturellement, le nom de la chose, parce qu'il lui est comme naturel d'en ramener l'idée à l'esprit. Les mêmes lois permettent souvent aussi de donner le nom de la chose aux signes d'institution, quand ils sont reçus, et qu'on y est accoutumé. Mais qu'en établissant un signe qui, de soi, n'a aucun rapport à la chose, par exemple, un morceau de pain pour signifier le corps de l'homme, on lui en donne le nom, sans rien expliquer, et avant que personne en soit convenu, comme fait Jésus-Christ dans la Cène, c'est renverser toutes les lois du discours.

Ne me dites fias que la chose s'expliquait assez d'elle-même, parce que vous auriez bien vu que ce que Jésus-Christ vous présentait, n'était que du pain et du vin. Cette pensée eût pu vous venir, si vous n'aviez considéré Jésus Christ que comme un mortel incapable d'exécuter ses promesses et de parler raisonnablement : mais eût-elle pu vous venir cette pensée, si vous aviez considéré Jésus-Christ tel qu'il est, comme la sagesse même dont l'autorité prévaut au sens, et dont la puissance domine la nature? Vous eussiez cru qu'il n'était pas plus difficile au Fils de Dieu de faire que son corps soit dans l'Eucharistie, en disant : Ceci est mon corps, que de faire qu'une femme soit délivrée de sa maladie, en disant : Femme, vous êtes délivrée de votre maladie (Luc. xm, 11) : ou de faire que la vie soit conservée à un jeune homme, en disant à son père : Votre fils est vivant (Joan. iv, 50) : ou enfin de faire que les péchés du paralytique lui soient remis, en lui disant : Vos péchés vous sont remis. (Matth. ix, 2.;

V. Dans la proposition de Jésus-Christ, il ne se trouve pas même les deux termes nécessaires pour fonder le sens de signe, quelque absurde que soit d'ailleurs ce sens ; car Jésus-Christ ne dit pas : Ce pain est mon corps, mais ceci est mon corps. Or, dans celte proposition, il n'y a qu'un terme avec le pronom qui le désigne. Quand même Jésus-Christ se fût ainsi exprimé : Ce pain est mon corps, ce vin est mon sang , vous n'auriez jamais pu les interpréter en ce sens : Ce pain est le signe de mon corps, ce vin est le signe de mon sang, parce que ne pouvant regarder le pain et le vin, ni comme signes naturels, ni comme signes d'institution du corps et du sang de Jésus-Christ, vous auriez conçu nécessairement qu'il avait changé le pain et le vin en son corps et en son sang.

VI. Il vous eût été également impossible d'imaginer, dans les paroles de Jésus-Christ, une méthaphore, parce que la métaphore n'est employée (pie pour exprimer, avec plus d'énergie et de noblesse la dignité et les

qualités d'une chose. Or quelle est, et quelle peut être la dignité du pain comparé avec le corps de Jésus-Christ? Les qualités de ce corps divin conviennent-elles au pain? lui conviennent-elles plus qu'à ce divin corps? Si vous aviez donc entendu les paroles de Jésus-Christ sortir de sa bouche, vous les eussiez prises dans le sens de la présence réelle. Or le récit des évangélistes nous tient lieu, mon cher Eusèbe, de la bouche même de Jésus-Christ. Dans ce récit, nulle trace, nulle ombre de figure, ni de méthaphore. Tout y est simple et naturel ; tout y annonce un vrai corps, un vrai sang. Les apôtres ne donnent aucune interprétation aux paroles de leur maître; ils les prennent dans leur signification naturelle.

Article III. — Les apôtres se croient en possession du corps de Jésus-Christ, et l'offrent en sacrifice. — Foi de la société ckrélienne.

I. C'est du Seigneur que j'ai appris, écrit saint Paul aux Corinthiens, ce que je vous ai aussi enseigné, qui est, que le Seigneur Jésus, la nuit même qu'il devait être livré, prit du pain, et ayant rendu grâces, le rompit et dit : Prenez et mangez, ceci est mon corps, livré pour vous : faites ceci en mémoire de moi. Il prit de même le calice après avoir soupe, en disant : Ce calice est la nouvelle alliance en mon sang. Faites ceci en mémoire de moi toutes les fois que vous le boirez. Car, toutes les fois que vous mangerez ce pain et que vous boirez ce calice, vous annoncerez la mort du Seigneur jusqu à ce qu'il vienne. C'est pourquoi, quiconque mangera ce pain, ou boira le calice du Seigneur indignement, sera coupable du corps et du sang du Seigneur. Que l'homme donc s'éprouve lui-même, et qu'il mange ainsi de ce pain, et boive de ce caiiee. Car, quiconque en mange et en boit indignement, boit et mange sa propre condamnation, ne discernant pas le corps du Seigneur. (I Cor. xi, 23 seq.)

II. Kemarquons d'abord l'ordre que Jésus-Christ donne à ses apôtres : Faites ceci en mémoire de moi. Nous avons vu dans saint Luc le même ordre et dans les mêmes termes. Puisque Jésus-Christ ordonne à ses apôtres de faire ce qu'il fait, il est évident qu'il leur donne le pouvoir de faire ce qu'il l'ait lui-même, c'est-à-dire la puissance de convertir le pain et le vin en sa chair et en son sang. Il est clair encore qu'il leur donne le pouvoir de communiquer à d'autres celte momopuissancedont.il fait usage à leurs yeux, non-seulement parce qu'il leur donne, sans limitation et sans réserve, la puissance de faire ce qu'il fait, mais parce que la mort du Seigneur, dont ce mystère est la mémoire, doit être annoncée jusqu'à ce qu'il vienne terminer le siècle par son second avènement.

Remarquons en second lieu combien est grand, combien est redoutable le'mystèrc dont parle saint Paul. Il est la mémoire et la continuation du sacrifice de Jésus-Christ sur la croix. C'est offrir son corps et son sang que d'offrir ce mystère. C'est parlici-

OliliVIlES C0\H>L. DE LE FRANÇOIS. II.

per à sa chair et boire son sang que d'y communier. Il est une prédication solennelle de sa mort; il la publie et la continue. Le crime de celui qui le reçoit indignement est semblable au crime de celui qui aurait fait mourir Jésus-Christ et qui en aurait répandu le sang. Car c'est là le sens de ces paroles : Il sera coupable du corps et du sang du Seigneur. Elles ne signifient rien, ou elles signifient : on le regardera comme le meurtrier de Jésus-Christ; on lui demandera compte de son sang. Pour vérifier do telles expressions, il est nécessaire que Jésus-Christ lui-même soit outragé dans sa personne par celui qui communie indignement. 11 ne peut donc être ici question d'un simple signe de la mort.de Jésus-Christ, ou de quelque figure à laquelle certaine vertu serait attachée. Serait-on coupable du corps de Jésus-Christ, parce qu'on ne recevrait pas le fruit de quelque signe de son corps? avalcrait-on sa propre condamnation, en ne discernant pas le corps du Seigneur, parce qu'on ne discernerait pas les qualités de signe de ce coprs dans du pain et du vin, qui ne seraient réellement que du pain et du vin? Un homme qui répandrait par terre l'eau destinée au baptême, qui la boirait sans s'être éprouvé lui-même, pour examiner s'il est en élat de grâce, serait-il coupable du sang de Jésus-Christ, quoique cette eau soit la figure de ce sang? Il est donc manifeste que saint Paul croyait l'Eglise de Corinlhe en possession du corps de Jésus- Christ, et non simplement d'un signe infiniment éloigné du corps et du sang de Jésus-Christ. Mais pourquoi Jésus-Christ donne-t-il son corps et son sang à ses disciples? n'est-ce que pour leur servir de nourriture? pourquoi donne-t-il à ses apôtres, pour tous les temps, le pouvoir de fairo ce qu'il fait? Tâchons d'entrer dans ce secret.

III. Nous savons que Jésus-Christ est prêtre selon l'ordre de Melchisédech. Dans le mystère qu'il célèbre avant sa passion.il rend grâces à son Père, c'est-à dire, il le loue, il invoque d'une manière publique son nom puissant; il rapporte à sa gloiro ce qu'il opère; il met entre les mains de ses apôtres son corps donné pour eux, son sang répandu pour la rémission des péchés, et qui est le sceau d'une nouvelle alliance. Tout ce qui est nécessaire pour un vrai sacrifice se trouve ici : un prêtre, une victime, une oblation, la gloire du Dieu suprême, fin essentielle de tout sacrifice. Il est donc manifeste que Jésus-Christ offre le plus saint, le plus auguste de tous les sacrifices, et qu'il prévient celui de sa mort, pour ne point rendro douteuse la liberté de son immolation, et pour montrer qu'il n'a besoin que de lui-même, pour être tout à la fois sacrificateur et sacrifice, parce qu'il est seul digne d'être victime et seul digne d'être prêtre.

IV. Si Jésus-Christ prélude, pour ainsi oire, au sacrifice de sa mort, en offrant le. même corps cl le même Satlg que la cruauté des Juifs séparera d'une manière sanglante

sur la croix, il n'est pas douteux qu'il ne veuille perpétuer le même sacrifice dans tous les siècles, puisqu'il donne à ses apôtre* le pouvoir de faire ce qu'il fait. C'est visiblement les consacrer prêtres de la nouvelle alliance qu'il établit : c'est vouloir qu'ils continuent d'offrir la même victime qu'il leur communique : c'est les associer à son sacerdoce que de les rendre sacrificateurs de la môme victime. Et comme nous avons vu que ce sacrifice doit durer jusqu'à la fin des siècles, il s'ensuit nécessairement qu'il leur donne le pouvoir de consacrer d'autres prêtres. Observons néanmoins que ce ne sont pas des successeurs que Jésus- Christ se donne : son sacerdoce est unique, parce qu'il est éternel, comme l'enseigne saint Paul dans son Epître aux Hébreux, (vu, 23, 28.) Ce sont des ministres qu'il associe à son unique sacerdoce, pour agir en son nom et par son autorité. C'est lui qui opérera par leurs mains, qui prononcera par leur bouche les paroles puissantes : Ceci est mon corps, etc. Il sera lui-même toujours présent à ses mystères, toujours le suprême sacrificateur, aussi bien que l'unique hostie.

V. Les apôtres font usage de la puissance qu'ils ont reçue. Saint Luc nomme plusieurs oisciples, dont il dit qu'offrant le sacrifice (Act. xm, 2), ils reçurent un commandement du Saint-Esprit. N'est-il pas vrai, dit saint Paul aux Corinthiens pour les détourner d'assister aux festins des idoles, que le calice de bénédiction que nous bénissons est là communion du sang de Jésus-Christ, et que le pain que nous rompons est la communion du corps du Seigneur?... Je désire que vous nayez aucune société avec les démons : vous ne pouvez pas boire le calice du Seigneur et le calice des démons : vous ne pouvez pas participer à la table du Seigneur et à la table des démons. (I Cor. x, 16, 20, 21.) Les Corinthiens communiaient donc au sang et au corps <îe Jésus-Christ; ils avaient un autel ; ils avaient un sacrifice auquel ils participaient. Car l'Apôtre oppose expressément sacrifice à sacrifice, communion à communion. Et comme il est certain que les sacrifices impurs offerts par les païens étaient des sacrifices réels et extérieurs, que les victimes étaient immolées sur un véritable autel, que les libations du vin étaient répandues par de véritables coupes, dont on offrait le reste aux assistants, et que la participation à la chair des victimes était une réelle manducation : la vérité du parallèle exige que le sacrifice des Corinthiens ne fût pas moins réel, que leur autel le lût aussi, et que la participation à la victime ne fût pas moins véritable.

Nous avons un autel, dit le même Apôtre aux Hébreux, dont ceux qui rendent un culte au tabernacle, nont pas pouvoir de manger. (Hebr. xm, 10.) Il y avait donc un autel parmi les Chrétiens Juifs, et par conséquent un sacrifice. L'un et l'autre sont réels, puisqu'ils sont comparés à l'autel du tabernacle, et aux sacrifices offerts par les successeurs

d'Aaron. La victime est réelle ; on y participe réellement, puisqu'on la mange, et qu'il n'est pas au pouvoir de ceux qui sont encore occupés à offrir à Dieu les sacrifices de la loi, d'y participer. La participation est de môme genre, que celle qui était en usage parmi les Juifs. On compare autel à autel, victime à victime, communion à communion ; et la différence qu'y met l'Apôtre, vient de la différence du sacrificateur et du sacrifice, et non de la vérité du sacrifice, ni de la vérité de la participation au sacrifice,

VI. Comment concilier ce que dit ici saint Paul, avec ce que nous lui avons entendu dire touchant l'unité du sacrifice de Jésus- Christ? Jésus-Christ, dit cet apôtre, n'a paru qu'une fois vers la fin des siècles, pour abolir le péché en s'offrant lui-même pour victime. La volonté de Dieu nous a sanctifiés par Voblation du corps de Jésus-Christ qui a été faite une fois. (Hebr. ix, 26 - 28.) Saint Paul est parfaitement d'accord avec lui-môme Dans son système, c'est un seul et même sacrifice offert dans les saints mystères et sur la croix L'Eucharistie, selon cet Apôtre, est la continuation de la mort de Jésus-Christ. (/ Cor. xi.) C'est la même hostie, c'est lo même pontife. Dans la dernière cène, Jésus- Christ s'offre lui-même, par ses propres mains, d'une manière non sanglante, qui représente néanmoins sa mort par les différents voiles sous lesquels il place son corps et son sang. L'immolation réelle et sanglante suit sur le Calvaire ; car dans un sacrifice l'oblation peut précéder l'immolation, comme elle peut la suivre. Jésus-Christ immolé sur la croix continue de s'offrir, par les mains de ses ministres, d'une manière non sanglante, qui est une vive image de sa mort. C'est donc un seul et même sacrifice sur la croix et dans les saints mystères. 11 n'y a pas plusieurs victimes, plusieurs immolations, plusieurs sacrificateurs, comme dans les sacrifices de l'ancienne loi. Dans la nouvelle alliance, il n'y a qu'une seule et même victime, un seul et même pontife, une seule et même immolation.

C'est le même Jésus Christ qui s'offre à son Père; sur le Calvaire, en mourant actuellement; dans les saints mystères, d'uno manière qui représente sa mort : sur le Calvaire, avec effusion de sang; dans les saints mystères, sans effusion de sang : sur le Calvaire, sa mort présente ; dans les saints mystères, sa mort consommée : sur le Calvaire, en sacrifice de rédemption, et pour mériter toutes les grâces dont il doit combler les hommes; dans les saints mystères, en sacrifice de propitiation, et pour appliquer aux hommes les grâces qu'il leur mérite sur le Calvaire; la croix est la source des grâces, l'autel en est le canal, le mérite s'achève sur la croix, l'application s'en fait sur l'autel par la communion à la victime. En un mot Jésus-Christ s'était offert en entrant dans le monde; sa vie a été une oblation continuelle de lui-même pour le salut de tous les hommes ; avant sa passion, l'oblation fut plus marquée; l'immolalien san-

glante suivit sur le Calvaire par les mains des Juifs; l'oblation persévéra après la résurrection , elle fut la même à l'ascension ; elle continue dans le ciel. Tel est le système de saint Paul.

VII. Tout pontife, dit cet apôtre, est établi pour offrir à Dieu des dons et des victimes. (Hebr. vin, 3. ) II est impossible en effet de concevoir un sacrificateur sans sacrifice, un pontife sans oblation, un prêtre sans fonction et sans ministère. Or, selon saint Paul, Jésus-Christ est prêtre pour toujours, il est le prêtre éternel dont Melchisédech a été la figure. Il faut donc nécessairement qu'il ait quelque chose à offrir, et qu'il puisse l'offrir toujours. C'est la conséquence que l'Apôtre tire de son principe, en parlant de Jésus- Christ monté dans le ciel, et assis à la droite de son Père. Le pontife que nous avons, est tel qu'il est assis dans le ciel à la droite du trône de la souveraine majesté : étant le ministre du sanctuaire, et de ce véritable tabernacle, que Dieu a dressé, et nonpas un homme. Car tout pontife est établi pour offrir à Dieu des dons et des victimes : c'est pourquoi il est nécessaire que celui-ci ait aussi quelque chose qu'il offre à Dieu. (Ibid., 1,2, 3. ) Jésus- Christ a donc une hostie qu'il offre aussi réellement, que son sacerdoce éternel est réel. Quelle hostie peut être digne de lui, que lui-même? Il ne peut être victime selon la divinité, ni prêtre de son Père dans la nature où il lui est égal. C'est donc son humanité unie à sa personne qu'il lui offre, et c'est par rapport à elle qu'il est prêtre ; c'est donc l'humanité immolée une fois sur la croix, qui est toujours offerte; c'est donc un même et unique sacrifice sur la croix, et dans les saints mystères.

VIII. Nous sommes dispensés, mon cher Eusèbe, d'interroger la société chrétienne, pour être instruits de ses sentiments. Ses temples et ses autels sont des preuves visibles de sa foi. Elle n'est occupée qu'à immoler l'Agneau sans tache. Mais, direz-vous, il est des peuples entiers qui prennent le nom de Chrétiens, qui néanmoins croient ne posséder le corps de Jésus-Christ qu'en figure. Je le sais, mon cher Eusèbe, et je ne conçois pas l'attrait de ces peuples pour les ombres et les figures, ni leur dégoût pour Je corps et la réalité. Il faut qu'ils aient une idée bien faible de la puissance de Jésus- Christ, pour se défier de la grandeur de ses promesses et de ses dons, jusqu'au point de donnera ses discours clairs et précis des interprétations obscures et forcées. Je vous avoue que si leur autorité était capable de me faire douter du sens naturel des paroles de Jésus-Christ, jo renoncerais pour toujours à la lecture des livres du Nouveau Testament, J'aimerais mieux ne pas les lire, que d'être obligé sans cesse de donner la torture à mon imagination, pour écarter le sens qu'ils présentent, et pour en substituer un de fantaisie. Mais de quel poids est l'autorité de ces prétendus Chrétiens?

Tiennent-ils aux apôtres par une chaîne non interrompue? ou sont-ils séparés de la

société qui a ce privilège? Nous avons jusqu'à présent, pour avoir l'intelligence des livres de Jésus-Christ, consulté la société qui les a reçus de la main des apôtres. Mais serait-ce nous conduire sagement, que de nous adresser à des hommes qui ne sont pas decetiesociété?à quelle source auraientils puiséleurs nouvelles lumières ? Comment quatorze siècles après les apôtres entendraient-ils mieux les livres des apôtres, que la société enseignée par les apôtres? Elle ne peut se tromper, sans avoir été trompée par ses maîtres. Au lieu que ces hommes qui l'ont quittée, peuvent ressemblera ces docteurs insensés, qui dans tous les temps se sont élevés contre sa créance sur les mystères de la Trinité et de l'Incarnation; mais toujours sans succès. La société s'est soutenue avec sa foi; et ses ennemis ont disparu avec les productions de leur imagination.

S'ils répliquent qu'ils ne sont séparés de la société qui a le privilège de descendre des apôtres par une succession non interrompue, que parce qu'elle avait changé de foi sur l'Eucharistie : faisons-leur une nouvelle question. Cette société était répandue par toute la terre, quand vous êtes sortis dé son sein. Avez-vous trouvé quelque portion, à laquelle vous vous soyez unis ? ou étaitelle tout entière dans la créance de la présence réelle? De toutes parts y avait-il des autels érigés, des prêtres consacrés pour offrir le corps et le sang de Jésus-Christ, un ordre de prières et de cérémonies prescrit pour célébrer avec majesté un tel sacrifice ? Vous avouez le fait. Cet aveu, qui les convainc de calomnie, doit nous attacher pour jamais à la société qu'ils ont abandonnée, et nous assure du sens que nous avons donné aux paroles de Jésus-Christ. Car il est impossible que tant de nations si différentes pour le langage, pour les préjugés, aient pu se réunir dans des points aussi élevés audessus de nos pensées, tels que la présence réelle de Jésus-Christ dans 1 Eucharistie, et le sacrifice continuel de sa mort, si elles ne l'avaient pas toujours été. Une telle uniformité ne peut être que l'effet d'une même prédication dès l'origine du christianisme.

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