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PREUVES DE LA RELIGION DE JESl'S-CHfrlST. — PART. IV.
que Dieu opère indépendamment de la matière. Supposez cet avertissement, notre illusion serait purement volontaire. Or Jésus- Christ nous apprend que le pain et le vin ne subsistent plus dans l'Eucharistie, et que, par conséquent, ce n'est plus à l'occasion du pain'et du vin que nous avons les impressions dont nous continuons d'être affectés ; il veut que les sens n'aperçoivent rien dans ce mystère de foi : il fallait donc qu'il n'y eût rien de changé à leur égard par rapport à l'impression que font sur eux le pain et le vin ; que, par conséquent, nous aperçussions les mêmes espèces, et que nous ressentissions les mêmes effets qu'auparavant dans ce sacrement. Mais, quoique les choses paraissent toujours les mêmes à nos sens, notre âme en juge autrement qu'elle ne faisait; attentive à Ta parole de celui qui fait tout ce qu'il lui plaît dans le ciel et dans la terre, elle ne reconnaît plus ici d'autre substance que celle qui est désignée par cette même parole, c'est-à- dire, le propre corps et le propre sang de Jésus-Christ, et ne rapporte plus les espèces, et celte suite d'impressions naturelles, qui se font en elle, a la substance du pain et du vin, mais au corps de Jésus-Christ présent.
Je conçois plusieurs manières, dont la puissancede Jésus-Christ peut les produire. Je ne m'amuserai pas à vous entretenir de mes propres pensées, j'aime mieux admirer avec vous sa sagesse, qui, pour nousôter la répugnance que nous causerait la vue de sa chair et de son sang, cache des richesses si immenses, sous des enveloppes si grossières en apparence. Pouvait-elle faire un choix plus conforme à nos usages, qui répondît mieux h la promesse qu'il avait faite de donner un pain céleste et surnaturel, et qui fût plus propre à nous marquer le besoin que nous avons de lui, la manière intime dont il veut bien s'unir à nous, et la conformité qu'il doit y avoir entre lui qui devient notre nourriture, et nous qui sommes nourris de sa chair?
VI. La difficulté de concevoir le corps de Jésus-Christ dans le ciel et sur la terre, me touche aussi peu que le rapport de mes sens. Pouvons-nous mesurer une puissance infinie? Jésus-Christ nous assure qu'il nous donne réellement son corps. 11 n'a pas voulu nous découvrir la manière dont ce mystère s'accomplit. Je sacrifie à ce secret toutes les voies que mon intelligence me suggère pour y entrer. Jésus-Christ commande de croire et non de comprendre. Mais n'est-il pas impossible qu'un même corps soit en môme temps en divers lieux?
De quel côté viendrait l'impossibilité? Du côté de la puissance de Jésus-Christ? Elle est sans bornes : du côté du corps ou de l'espace? Ont-ils donc une force insurmontable, pour résister au Tout-Puissant? Est-il plus difficile à l'Etre des atresdfl reproduire ce qui est, que de produire ce qui n'est pas? N'y aurait-il que le néant qui lui obéit? Le corps, en recevant de lui l'existence, est-il squbtrait à :>on empire? ou la puissance in-
finie s'épuise-t-ellepar une première action. Tout cala est absurde. Nous ne concevons d'impossible, à une puissance infinie, que le néant, parce que produire rien, et ne rien produire, sont une même chose. Or un corps reproduit n'est pas un néant, c'est un même corps avec de nouveaux rapports à diverses parties de l'espace. La reproduction paraît impossible à l'imagination qui ne peut se représenter un corps en divers lieux, sans en multiplier les images; mais l'imagination n'a pas droit de juger de ce qui est possible, ou impossible à une puissance infinie. Qui oserait nier que Dieu puisse créer un même corps en divers temps? Or l'unité d'un corps n'est pas plus incompatible avec la diversité des lieux, qu'avec la diversité des temps. Jésus-Christ est-il moins puissant pour multiplier son corps, que pour multiplier cinq pains et deux ^petits poissons ? Mais accordons que le mystère de l'Eucharistie renferme une difficulté incompréhensible. Est-ce une raison de le rejeter? Si nous ne voulons croire que des choses exemptes de toute difficulté, il faut ne plus rien croire : toute la nature est environnée pour nous d'incompréhensibilités. Il n'y a que les stupides qui n'en aperçoivent point. Refuser de croire à la parole de Dieu, avair. que d'avoir mesuré préalablement l'étendue infinie de sa puissance, c'est une extravagance infinie.
VIL Sûrs que les obstacles naturels qui paraissent s'opposer au dessein qu'a Jésus- Chi ist de nous donner la vérité de sa chair et de son sang, sont encore moins capables de borner sa puissance, que nos péchés et notre indignité ne sont capables de borner sa miséricorde ; pleins de foi et de reconnaissance, de respect et d'amour, joignonsnous à la société chrétienne ; courons dans ses temples; unissons-nous aux ministres de notre souverain pontife. A la vue des autels sur lesquels est offerte la chair de l'Agneau; à la vue des coupes sacrées remplies de son sang ; à la vue d'une si vive représentation de sa mort, rappelons-nous l'effusion de ce sang précieux sur la croix; immolons-nous par Jésus-Christ, et avec Jésus- Christ à la gloire do son Père ; faisons remonter ses dons jusqu'à sa bonté , source de tous les biens ; implorons sa miséricorde; fléchissons sa justice ; mangeons ce pain descendu du ciel, ce pain qui donne la vie et l'immortalité, co pain qui a la vertu et l'efficace de ressusciter les morts ; buvons ce sang de l'allianco éternelle, ce sang seul capable d'expier les péchés, ce sang répandu pour le salut de l'univers
VIII. Finissons cette première section par une réflexion qui se présente d'elle-même. Jésus-Christ est Dieu: donc, le meilleur usage que nous puissions faire de noire raison, est de l'écouter : la conséquence e>l évidente;. Nous l'avons tirée, cette conséquence, en obsorvant que nous n'avions (tas à craindre que les vérités que Jésus-Chi i.st nous enseignerait, fussent opposées aux lumières naturelles que nous avions reçues
de sa bonté. Nous venons d'entendre ses leçons les plus sublimes et les plus profondes; nous venons de les comparer à nos idées ; avons-nous aperçu la plus légère opposition?
Nous ne pouvons disconvenir que ces leçons ne soient inaccessibles à nos sens, à notre imagination, et même à notre raison. Mais, jusqu'à ce que nous soyons des intelligences infinies, nous ne comprendrons ni tout ce que Dieu est, ni tout ce qu'il peut faire, parce que Dieu est infini. Or, pour comprendre l'infini, il faut connaître infiniment. Est-il bien étrange que nous ne puissions comprendre tout ce que Jésus-Christ nous- dit, nous qui ne pouvons comprendre une foule d'effets naturels que nous voyons de nos yeux? Si nous étions aussi convaincus que nous devrions l'être, des bornes étroites de notre intelligence , la doctrine de Jésus - Christ devrait nous être suspecte , si elle était à notre portée , de telle manière qu'elle n'eût pour nous rien d'obscur et de ténébreux. Ce serait une preuve qu'elle serait purement humaine. Il faudrait qu'elle n'eût pour objet ni la Divinité, ni les esprits , ni les choses invisibles, ni le bien, ni le mal. Et avec tout cela , nous y trouverions encore de la difficulté , si le cercle où notre esprit est renfermé, conservait la même circonférence.
La doctrine de Jésus-Christ en humiliant par sa'profondeur une raison inquiète, curieuse, qui veut toutsonder et tout voir, n'en est que plus admirable. Cet orgueil curieux est la maladie de notre raison, et non sa nature. Il fallait nous guérir en nous humiliant. Des lumières pures sans obscurité ne serviraient qu'à nous entier davantage. Au lieu que des lumières mêlées de ténèbres nous éclairent et nous humilient tout à la fois. Devenues sobres, modestes et sages nous écoutons Jésus-Christ avec autant de respect que de reconnaissance, persuadés que si les vérités qu'il nous découvre, sont audessus de nous ; il n'en est pas de même de la raison de les croire : car il n'est rien de plus raisonnable que de croire Jésus-Christ, puisque Dieu nous parle par sa bouche, comme nous l'avons démontré.
Les sens et l'imagination s'opposent en vain à une soumission si juste. S'il oroire que ce qui est de leur ressort faudrait plus croire que l'on pense ; car la pensée ne peut être ni vue, ni touchée, ni étendue, ni représentée sous aucune image. Il ne faudrait même plus croire en Dieu : car les sens et l'imagination n'ont point de prise sur ce grand objet. A combien d'autres vérités ne faudrait-il pas renoncer? Ne vouloir croire que ses sens et son imagination, c'est n'avoir de l'homme que la figure.
La plus grande difficulté en cette matière ne vient ni de la raison, ni des sens, ni de l'imagination;; elle vient des passions déréglées. Un Dieu souffrant et humilié pour délivrer l'homme des supplices qu'il avait mé-
fallait ; il ne
rites en suivant ses désirs dépravés, est une condamnation si expresse des passions, qu'il n'est pas possible d'allier deux choses si contraires. II faut renoncer à l'une des deux. 11 faut ou combattre les passions, ou rejeter les mystères, On prend ce dernier parti. On croirait tout , si en croyant on pouvait sauver ses passions. L'esprit acquiescerait sans peine, si le cœur était moins superbe et moins voluptueux. Mais qu'espère-t-on en rejetant les mystères ? suivre ses passions sans remords et sans crainte? On ne peut réussir à se procurer ce repos dangereux, qu'en se persuadant fortement que les mystères sont faux. Or est-il aisé de parvenir à cette persuasion?
On peut attaquer les mystères, multiplier à leur sujet, et grossir les objections : mais toutes ces objections ne produiront jamais l'effet que l'on désire : car un esprit qui pense, après s'être épuisé en difficultés, s'il se demande à lui-même quel est l'objet qu'il attaque, il reconnaîtra que tous ces coups ne portent que contre un fantôme de sa propre imagination. Jésus-Christ se contente de révéler le fait simple. On ne veut pas s'en tenir à cet objet précis qu'on ne comprend pas. On cherche, on creuse, on veut deviner quelle est sa nature, sa manière, ses dépendances, on se le représente d'une certaine façon : voilà, dit-on, ce que c'est que le mystère proposé; c'est en cela qu'il consiste. On l'attaque ensuite, on le renverse, on le dissipe. Quelle merveille qu'un fantôme qu'on s'était imaginé, s'évanouisse, lorsqu'on l'examine de près l Peut-on conclure de là que le mystère révélé soit faux ? La conséquence ne serait pas juste. C'est comme si un aveugle se formait une image de la lumière, qu'il se la représentât d'une certaine grosseur, et d'une certaine figure ; qu'il dissipât ensuite cet ouvrage de sou imagination par tous les moyens qu'il peut emprunter des autres sens dont il jouit, et qu'il conclût de là que la lumière n'est rien.
Or nous sommes à certains égards, par rapport aux mystères, ce que les aveugles sont par rapport à la lumière. Un aveugle sensé peut-il se persuader que la lumière ne soit rien, parce qu'il ne la conçoit point ? Peut-il se refuser au témoignage des autres hommes qui lui en attestent l'existence? ne doit-il pas se dire à lui-même qu'il manque sans doute d'un organe qu'ont les autres hommes, et que s'il l'avait comme eux, il verrait ce qu'ils voient? De même, un homme capable de réflexion peut-il se persuader que les mystères sont faux, parce qu'il ne les comprend pas? Ne doit-il pas se rendre à l'autorité de Jésus-Christ qui lui en atteste la vérité par les plus grands miracles? Ne doit-il pas attendre avec une humble soumission des connaissances claires et distinctes qui lui sont promises dans une autre vie, comme la récompense do sa foi ? il n'y a donc ni paix ni repos pour celui qui rejette les mystères.