DEVOIRS DE L'HOMME A L'ÉGARD DU PROCHAIN
Amour universel, tendre et sincère, juste et équitable, ne jugeant et ne condamnant point, zélé, doux, pacifique, patient, compatissant, miséricordieux, édifiant, libéral, bienfaisant, généreux.
Article I. — Amour universel, tendre el sincère, juste, ne jugeant et ne condamnant personne, plein de zèle.
I. Amour du prochain. Tous aimerez le Seigneur votre Dieu de tout votre cœur, etc. C'est là le plus grand, et le premier commandement, dit Jésus-Chrisl, et voici le second qui est semblable à celui-là : Vous aimerez' votre prochain comme vous-même.
Toute la loi et les prophètes sont renfermés dans ces deux commandements. (Matth. xxn, 37 seq.) Saint Paul répète d'après Jésus- Christ que celui qui aime le prochain, accomplit la loi. Il en donne une raison bien naturelle. Parce que tes commandements de Dieu. Vous ne commettrez point d'adultère : vous ne tuerez point, etc., tous ces commandements sont compris en abrégé dayis cette parole : Vous aimerez le prochain comme vous-même. L'amour qu'on a pour le prochain ne souffre point qu'on lui fasse du mal. El
ainsi l'amour est l 'accomplissement de la loi. (Rom. xin, 8, 9, 10.) Les livres du Nouveau Testament sont remplis de ces principes.
Je vous fais un commandement nouveau, dit Jésus-Christ, qui est que vous vous aimiez les uns les autres, et que vous vous entr'aimiexcomme je vous ai aimés. C'est en cela que tous connaîtront que vous êtes mes disciples, si vous avez de l'amour les uns pour les autres. (Joan. xm, 34-, 35; xv, 12.) Marchez dans l'amour et la charité, comme Jésus- Christ nous a aimés, et s'est livré lui-même pour nous. (Ephcs. v, 2.) Aimons-nous les uns les autres : car l'amour et la charité est de Dieu, et tout homme qui aime est né de Dieu, et il connaît Dieu. Si quelqu'un dit : j'aime Dieu, et ne laisse pas de haïr son frère, c'est un menteur. Car comment celui qui n'aime pas son frère qu'il voit, peut-il aimer Dieu qu'il ne voit pas ? et c'est de Dieu même que nous avons reçu ce commandement : que celui qui aime Dieu, doit aussi aimer son frère. (I Joan. m, 11; iv, 7, 20,21.)
Ainsi on n'aime point Dieu, si on n'aime le prochain; commo on n'aime point le prochain, si on n'aime Dieu. Nous connaissons que nous aimons les enfants de Dieu, quand nous aimons Dieu, et que nous gardons ses commandements. (J Joan. v, 2.) De l'amour du prochain dépend la vie. Nous reconnaissons à l'amour que nous avons pour nos frères, que nous sommes passés de la mort à la vie. (I Joan'. m, 14.) Celui qui aime son frère demeure dans la lumière. Celui au contraire qui prétend être dans la lumière, et qui néanmoins hait son frère, est encore dans les ténèbres. (I Joan. h, 10, 9, 11.) Il n'est point de Dieu. Tout homme qui n'est point juste, n'est point de Dieu, non plus que celui qui n'aime point son frère. C'est un homicide. Tout homme qui hait son frère est un homicide. 11 est mort. Celui qui n'aime point demeure dans la mort. (I Joan. m, 10, 15.)Quels sont les caractères de cet amour?
II. 11 doit être universel. 11 sufiit d'être homme, pour avoir droit d'être aimé. La parabole du Samaritain en fournit une preuve évidente. {Luc. \, 30 seq.) Si quelqu'un n'avait pas ce droit, ce serait un ennemi : écoutons Jésus-Christ là-dessus.
Vous avez appris qu'il a été dit : Vous aimerez votre prochain, et vous haïrez votre ennemi. (Mallh. v, 43 seq.) Et moi je vous dis : Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent, et priez pour ceux qui vous persécutent et qui vous calomnient ; afin que vous soyez les enfants de votre Père qui est dans les deux, qui fait lever son soleil sur les bons et sur les méchants, et fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes. Car si vous n'aimez que ceux qui vous aiment, quelle récompense aurez-vous? [Luc. vi, 27 80(7.1
Tout ressentiment est proscrit. Noyez point d'aigreur les îins contre les autres ; afin que vous ne soyez point condamnés. (Jac. v, 3.) Il faut être dans la disposition de souffrir de nouvelles insultes, plutôt que de vouloir se venger et de perdre la charité. Si un homme vous frappe sur une joue, tendez
lui encore l'autre. Et si quelqu'un vous prend votre manteau, ne l'empêchez point de prendre aussi votre robe. (Luc. vi, 29 ; Matth. v, 39 seq.) 11 faut mettre tout en œuvre pour se réconcilier. Si lorsque vous présentez votre offrande à l'autel, vous vous souvenez que votre frère a quelque chose contre vous, laissez-là votre don devant l'autel, et allez vous réconcilier auparavant avec votre frère; et puis vous reviendrez offrir votre don. (Matth. v, 24, 25.)
111. 11 doit être tendre et sincère. Que votre charité soit sincère et sans déguisement : que chacun ait pour son prochain une affection et une tendresse vraiment fraternelle (Rom. xn, 9, 10) : qu'il y ait entre vous tous une amitié de frères (1 Petr. m, 8) : vous n'avez qu'un seul maître et vous êtes
tous frères vous n'avez qu'un Père qui
est dans les deux. (Matth. xxm, 8, 9.) Les disciples de Jésus-Christ sont plus que frères. Ils ne sont tous qu'un en Jésus-Christ (Galat. lu, 28); un seul corps en lui, et réciproquement membres les uns des autres. (Rom. x», 5.) Les liens qui les unissent ne peuvent être plus serrés. 11 n'y a parmi eux qu'un corps, et qa'un esprit, qu'nne espérance à laquelle ils sont tous appelés, qu'un Seigneur, qu'une foi, qu'un baptême, qu'un Dieu Père de tous, au-dessus cle tous, sur tous, en eux tous (Ephcs. ii, k, 5, 6, 3) : c'est pourquoi on les presse de travailler avec soin à conserver l'unité d'un même esprit par le lien de la paix. (Rom. xn, 16.) A s'unir dans les mêmes sentiments. (1 Petr. m, 8.) Rendez ma joie parfaite, dit saint Paul aux Philippiens, étant tous parfaitement unis ensemble ; n'ayant tous qu'un même amour, une même âme et les mêmes sentiments. (Philip, il, 2.)
IV. 11 doit être juste et équitable. En voici la règle essentielle : Faites aux hommes tout ce que vous voulez qu'ils vous fassent. (Matth. vu, 12.) Car ce qu'il y a déplus important dans la loi est la justice, la miséricorde et la foi. (Matth. xxm, 23.) Comment serait-il injuste? il ne cherche point ses propres intérêts, mais ceux des autres. (I Cor. xm, 5; Philip, n, 4.) Il ne médit point. Ne parle* point mal les uns des autres, celui qui parle contre son frère, et qui juge son frère, parie contre la loi. (Jac. îv. 11.) Il ne fait tort à personne. Que personne n'opprime son frère, ni ne lui fasse tort dans aucune affaire. ( I Thess. iv, 6.) Il ne rend point le mal pour le mal. Prenez garde que nul ne rende à un autre le mal pour le mal ; mais soyez toujours prêts à faire du bien, et à vos frères, et à tout le monde. (I Thess. v, 15; Rom. xn, 17.) Il ne sait se venger qu'en faisant du bien : Ne vous vengez point vous-mêmes, niais cédez à la colère ; car il est écrit : C'est à moi que la vengeance est réservée, et c'est moi cpii la ferai, dit le Seigneur. Au contraire, si votre ennemi a faim, donnez-lui à manger; s'il a soif, donnez-lui à boire : car agissant de la sorte vous amasserez des charbons de feu sur sa tête. Ne vous laissez point vaincre au mal; mais travaillez à vaincre le mal par le bien. (Rom. xn, 19, 20, 21.) Il ne tromue t»er«-
sonne; mais il est véritable. N'usez point de mensonges les tins envers les autres. (Coloss. in,9.) En tous éloignant de tout mensonge, guc chacun parle à son prochain dans la vérité, parce que nous sommes membres les uns des autres. (Ephes. iv, 25.)
11 rend à chacun ce qui lui est dû. Rendez donc à chacun ce qui lui est dû : le tribut à qui vous devez le tribut, les impôts à qui vous devez lus impôts , la crainte à qui vous devez la crainte, V honneur à qui vous devez V honneur (Rom. xm, 7) ; à César ce qui est à César (Mat th. xxii, 21); aux puissances supérieures la soumission ; car il n'y a point de puissance qui ne vienne de Dieu, et c'est lui qui. a. établi toutes celles qui sont sur la terre. S'y opposer, c'est résitscr à V ordre de Dieu, c'est s'attirer la condamnation. (Rom. xm, 1, 2, 5.) 11 faut s'y soumettre, non-seulement par la crainte du châtiment, mais aussi par un devoir de conscience. Prévenez-vous les uns les autres par un témoignage d'honneur et de déférence. Que chacun par humilité croie les autres au-dessus de soi. (Rom. xn, 10.) En un mot, une seule dette est permise au Chrétien, c'est celle de l'amour, parce qu'elle ne peut être totalement acquittée. Acquittezvous envers tous de ce que vous leur devez, ne demeurant redevables que de C amour qu'on se doit les uns aux autres. (Rom. xm, 8.)