V. 11 ne juge ni condamne personne
La charité ne forme point de mauvais soupçons. (I. Cor. xm, 5.) Ne jugez point, et vous ne serez point jugés. Ne condamnez point, et vous ne serez point condamnés. (Luc. vi, 37.) Pourquoi voyez-vous une paille dans l'œil de votre frère, vous qui ne voyez pas une poutre dans votre œil. (Matth. vu, 1, 2, 3.) Qui étesvous, pour oser condamner le serviteur d'autrui ? S'il tombe, ou s'il demeure ferme, cela regarde son maître, qui est Dieu. (Rom. xiv, 4.) Mais s'il est défendu déjuger selon l'apparence (Joan. vu, 24), il n'est pas défendu de voir ni de juger selon la justice.
VL La charité reprend et corrige. Prenez garde à vous-mêmes : si votre frère pèche contre vous, reprenez-le, et s'il se repent, pardonnez-lui. (Luc. xvn, 3, 4.) Que si votre frère a péché contre vous, allez le reprendre, et représentez-lui sa faute en particulier entre vous et lui ; s'il vous écoute, vous aurez gagné votre frère, etc. (Marc, xvm, 15, 16.) Si l'un d'entre vous s'égare du chemin de la vérité , et que quelqu'un l'y fasse rentrer, qu'il sache que celui qui convertira un pécheur et le retirera de son égarement, sauvera une âme de la mort, et couvrira la multitude de ses péchés. (Jac. v, 19, 20.) Mais il faut assaisonner de douceur et d'humilité la correction. Si quelqu'un est tombé par surprise en quelque péché, vous autres, qui êtes spirituels, ayez soin de le relever dans un esprit de douceur ; chacun de vous faisant réflexion sur soi-même, et craignant d'être tenté aussi bien que lui. (Galat. vi, 1.)
Article II. — Suite des caractères de l'amour du prochain. — // est doux, pacifique, patient, compatissant, miséricordieux, édifiant, libéral, bienfaisant, généreux.
I. Il est doux. Rienheureux ceux qui sont doux , parce qu'ils posséderont la terri. Jésus-Christ ajoute : Vous avez appris qu'il a été dit aux anciens : vous ne tuerez point ; et quiconque tuera, méritera d'être condamné par le jugement. Mais moi je vous dis que , quiconque se mettra en colère contre son frère, méritera d'être condamné par le jugement. (Matth. v, 4, 21, 22.) La paix ne lui est.pas moins précieuse que la douceur.
II. 11 est pacifique. Rienheureux les pacifiques, parce qu'ils seront appelés enfants de Dieu (Matth. v, 9), qui est le Dieu de paix. (Rom. xvi, 20.) Vivez en paix, si cela se peutt et autant qu'il est en vous, avec tous les hommes. (Rom. xi, 18; Hebr. xn, 14.) Un si grand bien ne peut être le fruit que de la patience.
III. II est patient. Soyez patients envers tous. (I Thess. v, 14.) Portez les fardeaux les uns des autres, et vous accomplirez ainsi la loi de Jésus-Christ. (Galat. vi, 2.) Ce n'est pas assez de souffrir les faiblesses du prochain.
IV. Il compatit à ses maux. Consolez ceux qui ont l'esprit abattu ; supportez les faibles. (Thess. i, 34.) Soyez dans la joie avec ceux qui sont dans la joie, et pleurez avec ceux qui pleurent. [Rom. xu, 15.) Souvenez-vous de ceux qui sont dans les chaînes, comme si vous étiez vous-mêmes enchaînés avec eux, et de ceux qui sont affligés, comme étant vousmêmes dans un corps mortel. (Hebr. xm, 5.)
V. 11 est miséricordieux. Rienheureux ceux qui sont miséricordieux, parce qu'ils obtiendront eux-mêmes miséricorde. (Matth. v, 7.) Revêtez-vous comme des élus de Dieu, saints et bien-aimés , de tendresse et d'entrailles de miséricorde, de bonté, d'humilité, de modestie, de patience, vous supportant les uns les autres, chacun remettaut à son frère tous les sujets de plainte qu'il pourrait avoir contre lui, et vous entre-pardonnant comme le Seigneur vous a pardonnes. (Col. m, 12, 13.) Et encore : Soyez bons les tins envers les autres, pleins de compassion et de tendresse, vous entre-pardonnant mutuellement, comme Dieu aussi vous a pardonnes en Jésus-Christ. (Ephes. iv, 32.) Si vous ne pardonnez point aux hommes, votre Père ne vous pardonnera point non plus vos péchés, (Matth. vi, 15, 18, 21.) Celui qui n'aura point fait miséricorde, sera jugé sans miséricorde. (Jac. h, 13.)
VI. Il est éditiant. Appliquons-nous , dit saint Paul, à rechercher ce qui peut entretenir la paix parmi nous, et nous édifier les uns les autres (Rom. xiv, 19. ) Que chacun tâche de satisfaire son prochain dans ce qui est bon et le peut édifier. (Rom. xv, 2.) Vous ne devez pas donner à votre frère une occasion de chute et de scandale. (Rom. xiv, 13.) Péchant contre vos frères, et blessant leur conscience, qui est faible, vous péchez contre Jésus-Christ. (I Cor. vm, 12.) Que si quelqu'un scandu'tise un de ces velits enfants qui
croient en moi, dit Jésus-Christ, «7 vaudrait mieux pour lui qu'on lui pendît au cou une d-e ces meules qu'un âne tourne, et qu'on le jetât au fond de la mer... Il 'est nécessaire qu'il arrive des scandales : mais malheur à l'homme par qui le scandale arrive. ( Matth. 'xviii, 6 seq.) Un Chrétien ne se contente pas de porter son frère à la vertu par ses bons exemples, il gagne encore son cœur par ses libéralités.
VII. 11 est libéral. N'aimons pas, dit saint Jean, de paroles, ni de la langue, mais par œuvres et en vérité. Que si quelqu'un a des biens de ce monde, et que, voyant son frère en nécessité, il lui ferme son cœur et ses entrailles, comment l'amour de Dieu demeurerait-il en lui? (1 Joan. ni, 18, 17.) Soyez charitables pour soulager les nécessités des saints, prompts à exercer l'hospitalité. Souvenez-vous d'exercer la charité, et de faire part de, vos biens' aux autres ; car c'est par de semblables hosties qu'on se rend Dieu favorable. (Rom. xii, 13; Hcbr. xm.t, 2; / Petr. iv, 9; Hebr. xiii, 16.) Donnez l'aumône, dit Jésus-Christ, de ce que vous avez, et toutes choses vous seront pures. (Luc. xi, 41.) Vendez ce que vous avez, et le donnez en aumône : faites-vous des bourses qui ne s'usent point par le temps. Amassez dans le ciel un trésor qui ne périsse. jamais ; d'où les voleurs n'approchent point, et que les vers ne peuvent corrompre. (Luc. xh, 35 seq.) Mais, afin que l'aumône devienne un trésor pour le ciel, elle doit être un don de la simplicité et de la joie, et non de la vanité, ou de l'avarice.
Lorsque vous donnerez l'aumône, dit Jésus-Christ, ne faites point sonner la trompette devant vous, comme les hypocrites... pour être honorés des hommes... ils ont reçu leur récompense. Mais... que votre main gauche ne sache point ce que fait votre main droite... votre Père, qui voit ce qui se passe dans le secret, vous en rendra la récompense. (Matth. vi, 2, 3, 4.) Que votre bénédiction, c'est ainsi que saint Paul appelle l'aumône, soit comme une bénédiction par son abondance, et non comme un don arraché à l'avarice. (I Cor. ix, ô.) Que celui qui fait l'aumône, la fasse avec simplicité. (Rom. xu,8.) Que chacun donne... non avec tristesse, ni comme par force : car Dieu aime celui qui donne avec joie. (I Cor. ix, 7.) Pour avoir le mérite de l'aumône, il sutfit de donner ce que Ton peut ; car, lorsqu'un homme aune grande volonté de donner, Dieu la reçoit, ne demandant de lui que ce qu'il peut, et non ce qu'il ne peut pas. (Il Cor. vin, 11, 22.)
VIII. La charité est bienfaisante. Soyez toujours prêts à faire du bien, et à vos frères et à tout le monde. (I Cor. xm, 4.) Que chacun de vous rende service aux autres selon le don qu'il a reçu, comme étant de fidèles dispensateurs des différentes grâces de Dieu, (I Thess. v, 15.) Faites du bien à tous (IPctr. iv, 10), et prêtez sans en rien espérer, et, alors, votre récompense sera grande, et vous serez les enfants du Très-Haut, parce qu'il est bon aux ingrats mêmes et aux méchants. (Luc. vi, 35.) Comment un Chrétien refuse-
rait-il à ses frères ses biens et ses services ? II doit être dans la disposition de sacritiersa vie pour leur salut.
IX. L'amour doit être généreux. Nous avons reconnu l'amour de Dieu envers nous, en ce qu'il a donné sa vie pour nous. Et nous devons donner aussi notre vie pour nos frères. (I Joan. m, 16.)