‹ Œuvres complètes de Lord Byron Don JuanChapitre 19 sur 98 · CLXXII · texte numérisé non relu

CLXXII

a Encore, si c'était un vij^ourcux cavalier de vingt-cinq a trente (allons, dépéchez-vous) ! Mais pour un enfant faire tout ce bruit! vraiment, madame, votre choix m'élonne. — (Allons, moasieur, entrez donc !) — Mon maître ne doit pas être loin. Bien! à présent le voilà sous def, et pourvu quenoua ayons jusqu'à demain pour nous retourner! (luan, n'allez pas dormir, du moins !) »

CLXXIIÎ.

L'arrivée de don Alfonso, qui, celte fois, était seul, interrompit la harangue de riionnéte camériste ; comme elle faisait mine de vouloir rester, ^Uui dit de sortir; eUe n'obéit à cet ordre qu'avec répugnance; mais il n'y avait pour le mo« ment aucun remède; sa présence ne pouvait être d'aucune utilité. Ayant donc jeté sur les deux époux un long et oblique regard, elle moucha la chandelle, salua et sortit.

Après une minute de silence, — Alfonso se mit a faire quelques excuses bizarres pour ce qui venait d'arriver ; sou intention n'était pas de jusliiier sa couduile, qui avait été fort incivile, pour ne rien dire de plus; mais il avait eu, pour ea agir ainsi, d'amples raisons, dont il ne spécifia pas une seule dans sa plaidoirie : son discours, en total, offrait un fbrt bel échantillon de cette partie de la rhétorique que les savants appellent « parler pour ne rien dire**. »

* DOH JUAN. CDANT I. 40

Julia ne dit rien» quoiqu'elle eût a sa disposition une réponse toujours prête, au moyen de laquelle une matrone qui connaît le faible de son mari n'a besoin pour tourner la médaille que de quelques mots placés à propos, qui, ne fussenlîls qu'un tissu de fàbles, ont pour résultat certain, sinon de conTaincre, du moins de clore le l>ec; ce moyen consiste à répondte avec fermeté, et, poi^r un amant que le mari soupçonne, de lui reprocher trois maîtresses.

Julia, en eflét, avait assez beau cbamp, — car les amours d'Âlfonso avec Inez n'étaient point un mystère ; peut-être que le sentiment de sa faute la rendit confuse, — mais cela ne

se peut ; on sait par expérience qu'une femme n'est jamais à court de bonnes raisons ; — peut-être son silence venait-il d'un sentiment de délicatesse; peut-être craignait-elle d'offenser l'oreille de don Juan, qui, elle le savait, avait fort à cœur la réputation de sa mère.

GLXXVII.

Il pouvait y avoir encore un autre motif, ce qui ferait deux:

Alfonso n'avait rien dit qui eût trait k Juan ; — il avait parlé de sa jalousie, mais il n'avait point nommé l'heureux amant qu'il soupronnail d'être caché dans sa maison. Il est bien vrai que sa pensée n'en cherchait que davantage à percer ce mystère. Dans de telles circonstances, parler d'Inez, c'était reporter sur don Juan les idées d'Âlfonso.

CIXXVIII.

Sur des points aussi délicats, il suffit de l'allusion la plus détournée; le silence est ce qu'il y a de mieux; d'ailleurs, les dames ont un tact (cette expression moderne me parait bien sotte, mais j'en ai besoin pour tenir mon vers compacte) ; les dames, dis-je, ont un tact qui, lorsqu'on leur fait subir un Interrogatoire un peu trop pressant, leur sert mer- Tcilleusement k se maintenir à distance de la question : ces cbarmantes créatures mententavec tant de grâce, que lemen» songe leur sied à ravir.

OEOVBIt M tOm BISOU*

Elles rougissent, et nous les croyons ; c'est ainsi du moins que j'ai loii jours fait. Essayer de répondre est k peu près inuliiey car alors leur éloquence devient prodigue de paroles; et, lorsqu'enfin elks sont hors d'haleine, elles soupirent, •lie» h>i«iimt VwffiytmiMiyilninrti Uismi édu^feruoe kcMoodeui:, elnmiliUikoiMiûMDs

Alfonso termina son plaidoyer, et implora son pardon, qui lui fut à moitié refusé et h moitié accordé. Ou y mil des conditions qu'il trouva très dures, en lui refusant plusieurs petites choses qu'il demandait. Il était là comme Adam aux portes du paÊaidis» tourmenté et pourstti?i par d'inutiles repentira. Il la suppliait de ne plus lui opposer ses reftis, quand tout & eoup ses yeux a'arrètèreni sur oie paire do ioôlien.

Une paire de souliers! — Qu'est-ee que oeln liMsait? Pas

grand'chose, s'ils étaient propres h chausser le pied mignon d'une dame; mais (je ne saurais vous dire combien cet aveu me coûte) ceux-ci étaient d'une taille masculine. Les voir, s'en emparer, fut l'alTaire d'un moment. — « Ah ! bonté divine ! ]e sens claquer mes dents, mon sang se glacer! » — Alfonso commença par examiner leur loime» puis il entra dans un nouvel acoès de lùreur.

GLXXUI.

n sortit pour aller chercher son épée, ef suMe-ehamp lufia

courut au cabinet. — a Fnyeï, Juan, fuyez, au nom du ciel ! — Pas un mot de réplique ! — La porte est ouverte : — yous pouvez vous échapper par le corridor que vous avez traversé Si souvent. — Voici la clef du jardin... — Fuyez! — fuyez ! —> Adieu ! — Dépôchez-Tousl — dépôeh<fr-T0U8 ! — j'entends la marche précipitée d*Alf6nso. — ae liit pohit eoeoie jour...» — il b'j( a personne dans la rue, »

CLxnin.

On ne peut pas dire que l'avis fiit mauvais. Par malheur, il \cnuit trop lard ; c'est le prix doat il faut d'ordinaire payer

DOn IVAN. CHANT U M

l'expcTicnce, sorte de taxe personnelle imposée par la deslince. En un moment, Juan gagna la porte de la chambre, et eut bientôt gagné celle du jardin; mais il reacoutca Alfonso eft rabe de ébambte, qui menaça de le taer««, — Sur qjoo^ d'an eoiipdepoi]i& il Fétendità tene.

CLzxznr.

La Mie fèt terrible... — La lamière déteignit. Ântoma criaîl « Au Ti<vl ! » et Julia <r Au feu ! » Mais pas un domestique ne bougea pour prendre part a la môlée. Alfonso, étrillé à souhait, jurait ses grands dieux qu'il serait vengé celle nuit même; Juan, de son côté, blasphémait une octave plus haut: son sang bouillait. Quoique jeune, c'était un vrai Tartare» el il se setttaEit peu disposé à détenir mar^*

CLXXXT.

L'i^pée d^AVonso était tombée & terre avant qu^l pût en Ine mage, et Os ccmtinaèrent à lutter corps à corps. Par bmtèefrr, Juan ne la vît pas, car il était naturellement fort

peu maître de lui-même; et, si cette arme lui fût tombée sous la main, c'en était fait des jours d' Alfonso. — 0 femmes! songez h. la vie de vos époux et de vos amants» el ne vous eendamnez pas à un double veuvage I

CLIXXTI.

AlfûBS» s'eflbrçait de retenir son ennemi; Juan étouffisùl àlloBso pour kn fkirelftclier prise, et le sang commença à couler r beorevsement que ce n'était que par le nés. Enfin,

au moment où l'épuisement des forces ralentissait la violence de la lutte, Juan réussit à se dégager par un coup adroitement porté; mais il y perdit son unique vêtement. U prit la fuite comme Joseph, en Fabandonnaut. Je soupçonne que là s'anète la comparaison entre ces deux personnages.

CLTXZVn.

EnÉn, on iqpporla ie lalmnière. Laquais et savantes sur- Tinrent, et nn étrange speetade s'offirit li lenr tae : Antonia

livrée à une attaque de nerfs, Juîia évanouie, Alfonso appuyé contre la porte, et pouvant à peine respirer; des débris de vêtements épars sur le parquet, du sang, des traces de pas d'homme ; et puis c'était tout. Juan gagna la porte du jardin»

lourna la clef dans la serrure, el, ne se souciant i^uère de ceux qui élaieni en dedans, ferma la porte en dehors.

CLXXXVIII

Ici se termine ce chant. — Qu'esi-il besoin de dire que Juan, complètement nu, protégé par la nuit, qui place souvent fort mal sa protection, trouva son chemin, et gagna sa (Jt meure dans un singulier élat? Le scandale charmant qui circula le lendemain, les propos qui, k celle occasion, coururent pendant neuf jours, el la demande en divorce formée par Alfonso, tout cela, comme de raison, fut inséré dans les journaux anglais.

GLXXXIY.

Si TOUS êtes curieux de connaître l'affaire dans tous ses détails, les dépositions, les noms des témoins, les plaidoiries tendantes à renvoyer de la plainte ou h annuler les

poursuites, il y a plus d'une édition : les versions diffèrent, mais toutes sont fort amusantes. La meilleure est celle du sténographe Gurney^% qui lit tout exprès le voyage de liadrid.

€XG.

Mais dona Inez, pour donner le change au scandale le plus étendu qui, depuis des siècles, eilt fait l'entretien de l'Espagne, du moins depuis la retraite des Vandales, fit vœu

d'abord (et tous les vœux qu'elle avait faits, elle les avait

tenus) de brûler, en l'honneur de la Vierge, plusieurs livres de bougies; puis, sur l'avis de quelques vieilles matrones, elle envoya son ûls à Cadix pour s'y embarquer.

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