‹ Œuvres complètes de Lord Byron Don JuanChapitre 20 sur 98 · CX€I · texte numérisé non relu

CX€I

Elle voulait qu'afin de réformer sa morale antérieure et de s'en créer une nouvelle, il voyageât par terre et par mer dans tous les pays de l'Europe, surtout en France et en Italie (c'est, du moins, ce que font beaucoup de gens). Iulia lut mise dans un couvent : sa douleur fut grande; mais on jugera mieux de ses sentiments en lisant sa lettre, que nous allons transcrire

c On m'annonce quec'est une chose.résolue. .. Vous partez...

DON IDAN. CHANT I 8)

Ce parti est sagf , il est convenable; mais il ne m'en est pas moins pénible. Désonnais, je n'ai plus de droits sur TOtre

jeune cœur; c'est le mien qui est victime, et il consentirait à le devenir encore : un excès d'amour fut le seul artifice dont j'usai. — Je vous écris à la hâte, et la tache qui est sur " ce papier ne vient point de ce que vous pourriez croire... Mes yeux sont brûlants el endoloris, mais ils n'ont point de lannes.

cxcni.

c Je TOUS ai aimé, je tous aime encore... A cet amour, j'ai lont sacrifié : ma fortune, mon rang, le del, l'estime du

monde et la mienne ; et cependant je ne regrette point ce qu'il

m'a coûté, tant le souvenir de ce rêve m'est cher encore ; toutefois, si je parle de ma faute, ce n'est pas que je m'en fasse gloire : nul ne saurait me juger plus sévèrement que moimême. Je griffonne ces lignes, parce que je ne puis rester en repos. — Je n'ai rien à vous reprocher, rien à vous demander.

cxGiy.

« Dans la vie de l'homme, l'amour est un épisode ; pour la femme, c'est toute l'existence; la cour, les camps, l'église, les voyages, le commerce, occupent l'activité de l'homme;

l'épée, la robe, le gain, la gloire, lui offrent en échange, pour remplir son cœur, Torgueil, la renommée, l'ambition ; et il en est bien peu dont les afleclions résistent à de telles diversions. Les hommes ont toutes ces ressources ; nous n'en avons qu'une : aimer de nouveau, et nous perdre encore.

GXCT.

C Vous marcherei, brillant de plaisir et d'orgueil ; tous en aimerez beaucoup, beaucoup vous aimeront. Sur la terre, tout est fini pour moi ; il ne me reste plus qu'à renfermer au îùuà

démon cœur, pendant quelques années encore, ma honte et raa profonde douleur ; ce tourment, je puis le supporter ; mais je ne puis rejeter loin de moi la passion qui me dévore comme naguère. — Adieu donc, — pardonnez-moi; aimez-moi j— non, ce mot maintenant est inutile ; mais je le laisserai» .

CXGVI,

« Mon ccBur a été tout faiblesse ; il l'est encore } il mesembte

54 nrrvREs de lord pyron.

pourUmt que j'aurai la force de calmer mou esprit ; mon sang se piécîfite encore là où ma pensée est fixée, comme roulent lesTagiiesdâDft la difedioii ^ le Test kur impriioeii'ai un coMir 4e feame : il se peut oubUer . — > FeUemenl aveqgle à teatyiaiif àuaeteHleimagi^ conune raiguille, daas set tîbrations» dierabe le ^ imoiebile, aiaal non tendre coeur oscille autour d'uue idée fixe et unique.

a Je n'ai plus rien h diro, et iw puis me n'soudre à quitter la plume ; je n'ose poser mon cacliet sur ce papier; et pourtant >e le pourrais sans inconvénient : mon malheur ne saurait s'accrottre. le ne vitrais déjà plus si l'on mourait de deiileur. La meii dédaigne de frapper l'inforluné qiii a'ofiie bées coupe; il m lÎMit survivre nâine à ee dernier adieu, et supporter la vie, ponr fous aîmer et prier pour veve! a

Elle écrivit ce billet sur du papier doré sur tranche, avec une jolie petite plume de corbeau toute neuve. Sa petite main blanche tremblait comme une aiguille aimantée quand etie approcha la cire de la lumière, et pourtwit il ne lui ôohappa pas une lame. Le cacket perlait un héliotrope grevé enr «ne eomalme blaadie^ aveeeette devise : c EMê #o«t tmt fm4ou^; a k cive était st^eifine, et an couleur beau venoilkn.

c CXCIX.

Telle fut la première aventure périlleuse de don Juan; c'est au public h dt'eider si je dois poursuivre le récit des autres; nous verrons l'accueil qu'il fera à ce premier échauliUon. Sa fnveur est comme une pli&me m chapeau d'un au» tnir, et eeu capâce ne lut jamais on grand nul; s'ilaoua àeowde sou appraèeliont pent-èHe dans on an lui donneleui nom IneuHe de ce potae.

♦ Mon poëme est une épopée, il sera divisé en douze chants, qui contiendront successivement, outre des récits de guerre et d'amour, une tempôtç, une énumération de navires, de généraux et de rois régoanto; de nouveetg peiaennuges se^

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ronl inlroduits; les épisodes seronl au nombre de trois; j'ai sur le chantier un panorama de l'enfer, dans le style de Virgile et d'IIomèrey de manière à mériter à ma composilioa le nom d'^ique.

Toutes ces choses seront spécifiées en temps et lieu, et en stricte conformité avec les règles d'Aristole, ce vadê mecum du vrai sublime, qui produit tant de poètes et quelques iml>écikft. Les poètes prosaïques aiment les vers blancs ; moi, la rime me convient ; les bons ottvneBi at te plaignent jamais de lea» outils; j'ai n lésenre un qrstème de meryraOrn MythfliowM» €l4ei4iDnffmîMigJMHatiwllni d^nn fotlMcffiBL

ces,

11 n'y a qu'une légère différence entre moi et les confrères épiques qui m'ont précédé, et je crois qu'ici tout l'avantage est de mon côté (non que je n'aie d'autres mérites Picore, mais celui-ci ressortira d'une manière plus spé* ciale); ces messieurs brodent teUemest» qa'il eellort difficile de retrouver son chemin k tnt? en leur labyrinthe de iisbles» •tandis que dans celte histoire tout est mi à ht lellie.

Pour peu qu'on en doute» je puis en appeler à l'histoire» h la tradition, aux faits, aux journaux» dont personne ne conteste la v^acité» à des trahies en cinq actes et k des c^ras en trois; tous ces témoignages viend^nt corroborer mes assertions ; mais ce qu'on peut dire k cet égard de plus concluant, c'est que moi-môrae et plusieurs personnes nous avons vu» de nos propres ^eux» don Juan enlevé par le diable**.

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