T. IT
98 ocnvRics m lau mmn.
immobile d'cffroî (car il y a quelque chose qui effraie dans le sommeil); ensuite, s'avaneaut sur la pointe des |jied?,flie le couvrit plus chaudement, pour défendre son sang du cuulact de l'air trop vif; puis, silencieuse comme la mort, elle se pencha sur lui, et on eût dit que ses lèiXOft inuelia» hlk- Taient sa respiraliou à peine jarceptible.
Goiome un uige pMiché sur le lU de mort du jtuie, ^ âait inclinée «ur lui; el» àum ostte atmpijhftfe de paîK.el de sHence, le jeune nai^cagô «epesaît iranqittiUe et oatana^ pendant ce temps, Zoé iûaait finie des -asoii; ear» eans Jiid doute, le jeune couple, après tont, songerait à d^euner, *» et pour prévenir ce désir, elle tira aes provisions du .pamer.
Elle savait que les meilleurs sentiments ont besoin de nourriture, et qu'un jeune naufragé doit avoir appétit; et puis, étant moins amoureuse, elle bâillait un peu, et sentait ses veines refroidies par le voisinage de la mer : or donc, elle se mit à faire cuire le déjeuner ; je ne pense pas qu'elle leur donna du thé, mais il y avait des œufii, des fruiis, da cal6» du pain, du poisson» du miel, avec du vin de Solo,~et tont cela gratis.
OXLVI.
Quand les œufs fUrent prêts ainsi que le café, Zoé voulut éveiller Juan; mais la petite main d'Haïdée Tarrrla aussitôt; et, sans parler, son doigt posé sur sa lèvre lit un signo que Zoé comprit; ainsi le premier déjeuner étant perdu, il lui fallut en préparer un second, parce que sa maîtresse n'avait pas voulu lui permettre d'interrompre un sommeil qfû semblait ne vouloir jamais finira
cxLvn.
Car il continuai à donnlr« et sur ses joues Mignes une rougeur fébrile se jouait cooune ks derniers leux dn jour
sur les cimes neigeuses des mimts lointains; l'empreinte de la souffrance se voyait encore sur son front, dont les veines d'azur semhlaient voilées, réduites et faiblement accusées; les boucles de sa noire chevelure étaient encore chargées de
DON JUAR. CEAKT II. B9
réciimc dos flots amers, dont l'humidité se mêlait aux vapeurs émanées des voûtes de la grotte.
Et elle reitait pODAbée sur lui, et il reposait au-dessous d'elle, trinqtiflteeoninereiiliaiit qui doit sinka affiiiisé eomme les leiiilles du saule quind les vente reUeii» ■eut leur faaleme; «asoupî eomme lesprofondiBurs derooéan quand il est oehne ; beau eomme la rose q«i eonplète la guirlande; doux comme le jeune cygne dans son nid ; en un mot, c'était un fort joli garçon, quoique ses souffrances l'eussent un peu jauni.
Us'éTailkieli^gauday cft.ae •eiait«aMUimi,.mais le chap- ■ntfia^e «loa ses ^«or renoontràmat les ea|>éeha de se temer, quoique la futigae et la «douleiir lui «eusseot rendu agréable une lupolongation desommeiL; emr Juan n'avait ja»
mais été indifférent à un visage de femme; mêm»i dans ses prit res, il détournait les yeu\ des saints renfrognés, des martyrs bardusi pour les repocter versladouce image de la vierge Marie.
Use releva doBCy etregaida la dame, ^[tti fit uueffert pour pader, pendant ^aur ses jeues kt^àkur le disputait k l'incanatdelftrose; ses yeux étaient éloquents, mais sa parole embarsassée,^ toutefois elle lui dit en bon grec moderne, avec i'acoent grave et doux de l'ionie, qu'il était faible, et ne devait pas parler, mais manger.
Or, liian^ pouvait comprendre iinseul mot, attendu qu'il n'était pas Grec^ mais il amt de l'oieille, et la ?oix de la jeune fille était le gasouiUenwnt d'un oiseau, si douce, si suave, d'unlimbre si pur, que jamais en n'entendit nne musique plusbeUe et plus simple; c'était une sorte de vibration qui trouve un écho dans nos larmes sans que nous puissions dire pourquoi, — cet accent irrésistible d'où la mélodie descend comme d'un trône.
OEUVRES DK LOMft ïïtBùn,
CLir.
£t Juan regardait comme un homme éveillé par les sons d'un orgue lointain, doutant s'il ne rôve pas encore, jusqu'au moment où le charme est rompu par la voix du iratchman, ou par quelque Autre réalité de ce genre, ou par un maudil valet trop matinal qui vient frapper à la porte; ce dernier bruit» en particulier, est fort déplaisant pour moi, qui aimek d<ffmir le matm; — car c'est la nuit que les étoiles et les femmes se montrenl su us leur jour le plus avanlageux.
Ce qui contribua aussi un peu à tirer Juan de ce sommeil, ou de ce rôve,, comme on voudra l'appeler, ce fut l'appétit > prodigieux qu'il ress^tit ; sans doute le fiunei de la cuisine de Zoé parvint à son odorat; la vue de la flamme qu'dle entretenait à genoux pour surveiller ses plats acheva de le réveiller, et il éprouva un grand besoin de manger, surtout un beef-steak.
Mais le bœuf est rare dans ces lies ; on y trouve, sans contredit, de la viande de chèvre, du chevreau et du mouton ; et quand un jour de féte vient h sourire à leurs habitants, ils mettent une grosse pièce h leurs broches barbares ; mais cela n'arrive que jarement, pi h de longs intervalles ; car, parmi ces tles, il en est qui ne sont que des rochers où l'on trouve à peine une cabane; d'aiUres sont riantes et fertiles : de ce nombre était celle-ci, qui, bien que peu étendue, était l'une des plus riches.
Jedisdonc que le bœuf y est rare, et je ne puis m'empècher de penser que l'antique fàble du Minotaure (et c'est avec raison que notre morale moderne s'en scandalise, et condamne le mauvais goût de la royale dame qui se déguisa en vache)... — je pense, dis-je, qu'écartant l'allégorie, on peut trouver un sens à cette fable : c'est que Pasiphaé encouragea la reproduction du gros bétail, dans le but d'augmenter le courage des Crétois à la guerre j
DOH niAn. CIIAVT 11. |(M
Car nous savons tous que les Anglais se nourrissent principalement de bœuf; — je ne parlerai pas de la bière, parce que ce n'est qu'un liquide qui ne rcnlre point dans mon sujet, et conséqucmmcnl n'a que faire ici; nous savons tous aussi qu'ils sont fort épris de la guerre, plaisir un peu cher, — comme tous les autres plaisirs ; il en était de même des Crétois, ^ d'où je conclas qae c'est à Pasipliaé que bœufs et batailles étaient dus.
GLVll.
Hais reprenons notre récit. Le débile Juan, relevant la tête et 8*appuyant sur le conde, vit ce qu'il n'avait fias vu depuis
un certain temps, car tout ce qu'il avait mangé dans les derniers jours était cru; il vit donc trois ou quatre objets dont il remercia le Seigneur; et le vautour de la faim le déchirant encore, il tomba sur ce qu'on lui offrit, comme aurait lait un prêtre, un requin^ un alderman ou un brocbet.
U mangea, et son appétit fut servi à souhait; et celle qui le veillait comme une mère lui aurait laissé franchir toutes les bornes, car elle souriait de voir un tel appétit dans un homme qu'elle avait cru mort; mais Zoé, plus Agée qu'Haïdée, savait par tradition (car elle n'avait jamais lu) que les gens affamés doivent être alimentés lentement et nourris à la cuillère, si Ton ne veut pas qu'ils crèvent infailliblement.
Elle prit donc la liberté de représenter, plutôt par des signes que par des paroles, attendu l'uri^ence du cas, que le jeune monsieur dont le destin avait intéressé sa maltresse au point de lui faire quitter le lit pour venir à cette heure sur le rivage, devait laisser là son assiette, k moins qu'il ne voulût mourir snr place ; en même temps elle lui éta ce qu'il avail devant lui, et refusa net de lui donner un seul morceau de plus, disant que ce qu*il avait mangé suffirait pour rendre un cheval midade.
Ensuite, — comme il était nu, à lexception d'un caleçon à
IQS CCUVBBS M LORD BTROH.
peine d^cnt, — elles se mirent h l'ouvrage, — jcl^^enl au feu ses guenilles récentes, et le vêtirent, pour le moment, h la turque, ou h la grecque, — en omcllaut nrainnoins rv (jui, par le fait, n'importait guère, le turban, les paiiloufh*N, les pistolets et le poignard; — elles riiabillîrent h neuf, sauf quelques reprises, avec une chemise blaoche et de spacieux hauts-de-ehausses.
CLtI.
Et alors la jeune Haïdée essaya d'entamer la conversa» tion; mais Juan ne pouvait comprendre un mot» bien qu'il écoutât avec tant d^atlention que, tout entière kce qu'elle di* ami elle ne songeait pas k s'arrêter ; et comme il nerinterrompait point, elle continua k parler h son protégé, k son ami, jnscju'à ce qu'ayant h la liii fait une pause pour reprt udre Ijuleine, elle s'aperçut qu'il n'entendait pas le romaïque.
CLMI.
Et alors elle eut recours aux hochements de tête, et dux signes, et aux sourires, et aux éclairs du regard expressif; elle lisait dans le seul livre h son uaage, dans les lignes de son beau visage; c'est là que par sympathie elle trouvait Vé^ loquente réponse que diAnie- un kNÎg et pénétrant regard où l'âme se dévoile toui entière; et c'est ainsi quedans un seul oomp d'oeil elle vog^ un nilhou' de mots et de choses qu'dlè interprétait.
Bientr»t , à l'aide des doigts et des yeux , et en répétant les mots après elle, il prit une première leçon dans sa langue; sans nul doute il faisait plus attention îi ses regards qu'à ses paroles; de même que celui qui étudie avec ardeur le firmament tourne plus souvent le& yeux vers les étoiles que vers son livre , de même Juan apprit son alpha bétadans les regards d'Haîdée mieux qu'il ne l'eût fait dans des caractères imprimés»
OLTIV.
C'est plaisir que d'apprendre une langue éHangère dea lèvres et des yeux d'une fémme, —bien entendu quand maître et disciple sont tous deux jeunes, comme cela m'est arrivé.
à iDOi; elles sourient si taadfeiiieiit quand on dit bien! quand on setrompe, elles sourient plus encore; et puis il s'entremêle des serrements de main, Toire même un chaste baiser ;~ le peu que je sais, c'est comme cela que je l'ai appris:
C*est-a-dire quelques mots d'espagnol, de turc et de grec; d'italien, pas du tout, n'ayant eu personne pour me l'enseigner; quanta l'anglais, je ne puis me flatter d'en savoir beaucoup, ayant principalement appris cette langue dans • les prédicateurs, Barrow, South, Tillotson, que j'étudie chaque jour, ainsi que Blair, et qui sont les plus hauts modèles d'éloquence dans la piété et dans la prose. Je hais Tos poètes, et n'en lis aucun.
GLXTI.
Quant aux dames, je n'ai rien It en dire, échappé que j« suis du beau monde anglais, oii j'ai en mon temps Ukbê
comme un autre, et puis aussi avoir eu tout comme un autre ma passion. — Mais, comme bien d'autres choses, j'ai oublié tout cela, ainsi que tous ces sots fiisliionables a qui je pourrais faire sentir ma férule : ennemis, amis, iiommes, femmes, ne sont plus maintenant pour moi que des rêves de ce qui fut, de ce qui ne saurait plus être.
GLXfn.
Retenons It don luan. n oomnençc à entendre de neuyeaux mots et k les r^^éter; mais ii est des senthno^ universels oonmie le sdeil, qui ne pouvaient pas plus étie re^ eélés dans son cœur que dans eeHiî d'une nonne; il était
amoureux , — vous l'auriez été comme lui , — de sa jeune bii-nfailricc; elle le devint aussi, comme cela se voit fort souvent. »
CLXVIÏI.
Et chaque jouc,avee Faube, — ^heure un peu matinale pour Juan, qui aimait assez k donnir, — elle se rendait a la grotte^ sais uniquement pour itmc ma «ôseaurepoifir dans son nid, et elle se nuittait à eiiaune doucement les boucles de ses ebereuxy sans intenompn le smnmeil de son héte, ezhar ^
cirrvnr.s pe i.ord LYr.o:i.
liiiit sa fraîche lialt in'' sur sa joue ol sa bouche, COmmolc vent tiède du mdi sur un parterre de roses.
Et à chaque nouvelle aurore les couleurs de Juan dere-
naienl j)lus fraîches, et chaque jour ajoulail a saconvalesciTice; cï'lail pour le mieux, car la saiilé plaît dans le corps humain, ouire que c'est l'essi'nce du vrrilable amour; la sanlé el l'oisivelé font sur la flamme des passions l'effet de riiuile el de la poudre; on est aussi redevable de bonnes recettes k Cérès et à Bacchu^ sans lesquels Vénus ne nous attaquerait pas longtemps.
Pendant que Vénus remplit le cœur (sans le cœur, U vrai dire, l'amour, quoique toujours bon, n'est pas lout a fait aussi bon), Cérès présente une assiette de vermicelle, — ear l'amour doit être soute nu, aussi bien que la chair et le sang, — pendant que Bacchus verse du vin, on nous offre une gelée $ les œufs et les huîtres sont aussi des aliments qui conTiennent h l'amour; qui se charge là haut de nous les envoyer? je l'ignore; -» ce peut être Neptune, Pan ou Jupiter.
Quand Juan s'éveillait il trouvait toujours de bonnes choses devant lui, un bain, un déjeuner, et les plus beaux yeux qui aient jamais fait battre un cœur de jeune homme, sans compter les yeux de la suivante, fort jolis aussi dans leur genre; mais j'ai déjU parlé de tout cela, — el les répétitions sont fades et déplacées. — Eh bien donc, Juan, après &*ôtre baigné dans la mer, revenait totyours au café et à la jeune Haîdée.
Tous deux étaient si jeunes, Haïdéc si innocente, que le bain n'avait rien qui les fit rou^Mr ; elle voyait dans Juan l'être dont depuis deux ans elle avait rêvé chaque nuit, un je ne sais quoi ftiit pour être aimé, un mortel destiné à faire son bonheur, et qu'elle-même devait rendre heureux; tous
BOII JUAK. GBART n. lOS
ceux qui aspirent à la félicité doÎYent la fMtrtager, -*le bon- .
licur esl né jumeau.
C'était un plaisir si grand de le voir, une telle expansion de Texislence de jouir a?ec lui de la nature, de tressaillir sous son oontacty de le regarder dormir, de le Yoir éveillé} vivre toigours avec lui» c'eût été trop de bonheur; mais elle frémissait à Fidée de s'en voir séparée; il était son bien, son trésor fils de l'Océan, un précieux débris que lui avaient jeté les vagues, — son premier, son dernier amour.
Une lune ainsi s'écoula, et la belle Haidée visita chaque ' jour son jeune ami, et pht tant de précautions qu'il continua h rester ignoré dans sa retraite.de rocher; enfin son père se remit en mer pour aller à la redierche de certains navires marchands; il partit, non comme au temps jadis, pour enlever une lo, mais pour capturer trois vaisseaux lagusains en destination pour Scio.
Ce fut pour elle le signal de la liberté, car elle n'avait plus sa mère; en sorte que son père étant absent, elle se * trouva libre comme une femme mariée, ou comme toute autre femme qui peut aller partout où il lui platt; exempte même de l'importune présence d'un frère, elle était la plus libre des femmes qui se soient jamais regardées dans un miroir : notez que dans cette comparaison j'ai en vue les pays chrétiens, où il est rare qu'on tienne les femmes en garnison.
Alors elle prolongea ses visites et ses cansenes (car il fallait bien causer). Juan avait fait assez de progrès dans le grec moderne pour proposer nne promenade;— car il avait peu sorti depuis le jour où, tel qu'une jeune flemr arrachée de sa tige, hundde et languissant, il gisait sur la plage; ils allèrent donc se promener dans l'après-midi, et virent se coucher le soleil en fSeuse de la lune.
106 CEinrBBS uc loud vftm.
C'était ime côte sauvage et battue des brisants; en haut»
des rocs escarpés; en bas» une plage sablonneuse et vaste»
dont l'abord était défendu par des bas-fonds et des écueils; cil et la s'ouvrait une anse qui offrait un aspect plus consolant à la barque battue des flots; rarement cessait le mui^issèment des vagues menaçantes, excepté dans ces longs jours d'été oik la surface de TOcéan est unie comme celle d'un lac.
CLXXVIII
L'ondulation légère qui venait mouiller la plage n'était guère plus considérable que la mousse du Champagne dans un Terre rempli jusqu'aux bords, le Champagne, cette rosée de l'âme, cette pluie du oorar! Il n'ésl: rien tel que le Vin Tieux. Qu'on prêche tant qu'on voudra, — d^autant plnsi^ qu'on prêchera inutilement; — à nous, aujourd'hui, le vin et les femmes, et le rire et la joiej et h demain les sermons et l'eau de Sellz !
L'homme, animal raisonnable, doit s'enirrcr; le meilleur de la vie n'est qu'une ivresse; c'est vers la gloire, la grappe, f amour et l'or que tendent les eapémneesde tous les hemme» et de tooles teialions; sans œttB sèfe, eombiei sonail BU et sAérila eel «fare étrange de k vie,, si fertile paffoî»! llBâs, je le véfète, — • enivm-iNraa oonqilélenieBt, et quand loua TomrévieiUenB avec dea mmai de tfileii'niiili oe qu'il miafimdnfidie:
Sonnez votre valet, — dites-lui de vous apporter sur-le-' champ du vin du Rhin et de l'eau de Seltz; alors vous connaîtrez un plaisir digne de Xercès, le grand roi; car ni le délicieux sorbet a la neige, ni le premier jet d'une source dans le désert, m le bourgogne avec son coloris vermeil, après un long intervalle de voyage, d'ennui, d'amour ou de carnage, ne sancaienl égaler unexasade.de ¥in du fihin et d'eau de Seltz.
CiZXXI.
La côte, » fl me semble q}ie o^étaitla cAle que je décria
DON Wkff, CITAirr It. i&7
Tais tout h l'heure ;^m, c'était )a oôle;-*^ bien! elle était en ce moment aussi calme que le ciel; les sables étaient immobiles, les vagues bleues se taisaient, et tout était silence, hormis le cri de l'oiseau de mer, le bond du dauphin et le léger bruit de quelque petit flol contrarié par un roc ou un récif, et s'impatientaut contre l'obstacle qu'il mouillait h peine.
Ils se promenaient done en l'absence du père, qui, comme je l'ai dit, était parti peur une expédition; et Haidée n'avait ni mère» ni frère, ni surreillant, à Texeeptien de Zoé, qfàf bien qu'elle ne manquÀt jamais de se présenter au lever du soleil pour prendre les ordres de sa maîtresse, pensait n'a- Toirpas d'autre mission que son senrîce journalier, et, en conséquence, se bornait k apporter de l'eau chaude, h tresséir les longs cheveux d'Ilaidée, et à lui demander, de temps à autre» ses robes de rebut.
CLxxxm.
C'était l'heure où le soir répand sa fraîcheur; le disque rouge du soleil s'affaissait derrière la colline azurée, qui aloie semblait la limite du monde, entourant la nature en«tière et d'ombre et de silence; d'un côté s'étendaU en dmicerde l'horizon dès montagnes; do l'aotru, la mer calme» froidé etprofïmdè, et' au-dessus de leur téle le- firmament couleur de rose^ au mOieu duquel brillait une étoile solitaire qu'on eût prise pour un œil.
Ils se promenaient donc en se tenant par la main, marchant sur les cailloux brillants et sur les coquillages, foulant le sable dur et poli; ils pénétrèrent dans les antiques et sauvages profondeurs creusées par les orages, faronnées en sallès, en cellules, en voûtes -cristallisées, comme si c'eût été l'ouvrage de Part; la ils- s'assirent, et les bras- enlaeés» ils s'abandonnèrent au chamer pr<^nd du erépuseule aux teintes pourprées.
Ils regardèrent le ciel , dont la flottait splendeur se dé-
108 cenvRES de lord bytox.
ployait en nappe vaste et brillante» semblable a un ocCan couleur de rose; Us regardèrent la mer qui étincelailaleurs pieds, et d*où commençait s'élever le large disque de la lune; ils écoutèrent le clapotement des vagues, les soupirs de la brise; ils virent leurs yeux noirs se darder mutuellement des flammes brûlantes ; k cette vue, leurs lèvres s'approchèrent et s'umrent par un baiser;
Un long, long baiser, un baiser de jeunesse, cl d'amour et de beauté, se conccnlranl comme des rayons en un foyer unique allumé au feu du ciel ; un de ces baisers qui sont l'apanage de nos premiers beaux jours, alors que le cœur, et l'àme et les sens se meuvent de concert, que le sang est une lave, le pouls un incendie, et que chaque baiser porte ua Aranlement an cœur car, si je ne me trompe, la force d'un baiser se mesure à sa longueur.
CLXXXVIt.
Par longueur j'entends la durée; leur baiser dura... Dieu sait combien ! — Sans doute , c'est un calcul qu'ils ne firent
pas; s'ils l'avaient fait, ils n'eussent pu prolonger pendant une seconde la somme de leurs sensations : ils ne se parlèrent pas, mais ils se sentirent invinciblement attirés l'un vers l'autre, comme si leurs âmes et leurs lèvres se fussent appelées; et une fois réunies, elles adhérèrent comme des abeilles qui essaiment;-— leurs coeurs étaient les fleurs d'où provenait leur miel.
cuxxvni.
Us étaient seuls, mais non pas seuls comme ceux gui, s'enfermanft dans une chambre, se croient dans la sditude; la mer silencieuse, la baie réfléchissant la clarté des étoiles,
l'éclat du crépuscule qui allait s'affaiblissant, les sables muets,
et les cavernes profondes qui les entouraient, tout cela les faisait se rapprocher davantage l'un de l'autre, comme s'il n'y eût eu sous le ciel de vie que la leur, et que leur vie ne pût Jamais mourir.
Ils ne craignaient d'être ni vos ni entendus sur ceUe pjage
solitaire ^ la nuit ne leur causait point d'effroi ; ils étaient tout en tout l'un à l'autre; bien que leurs discours ne se composassent que de paroles entrecoupées, ils trouvaient un langage; les paroles de feu que dicte la passion étaient remplacées pour eux par un soupir» fidèle interprète de cet oracle de la nature» un premier amour» — unique héritage qu'Eve, après sa chute» ait légué à ses filles.
Haïdée ne parla point de scrupules, ne fit ni n'exigea de serments; elle n'avait jamais entendu parler d'engagements et de promesses de mariiJge, ou des périls auxquels s'expose une jeune fille qui aime; elle avait tout ce que comporte la plus complète ignorance, et, comme un jeune oiseau» volait ▼ers son jeune ami; l'idée du mensonge ne lui étant jamais Tenue» elle ne prononça même pas le moi de constance. .
CXCf.
Elle aimait et était aimée» — die adorait et était adorée; suivant la loi de la nature» leurs âmes passionnées» absorbées l'une dans l'autre , eussent expiré dans cette ivresse,
si des âmes pouvaient mourir; mais par degrés leurs sens se ranimèrent pour s'anéantir de nouveau, et renaître encore; etllaïdée, sentant battre son cœur contre celui de son bien-aimé, il lui sembla que désormais il ne pourrait plus battre isolément.
Hélas ! ils étaient si jeunes, si beaux» si seuls, si aimants» si ledbles! puis c'était l'heure où le cœur est toiigours plein» où» n'étant plus maître de lui-même» il nous pousse h des actes que l'éternité ne peut effacer» l'étemité qui punit de rapides moments d'erreur par une pluie étemelle de fea» châtiment réservé k quiconque ici-bas cause k son prochain de la douleur ou du plaisir.
Ilélas! pour Juan etHaïdée, ils s'aimaient tant! ils étaient si aimables! depuis nos premiers parents, jamais couple aussi beau n'avait couru le risque de la damnation éternelle. Haïdée» dévote autant que belle» avaity sans nul doute, en-
MO OEIVrBSS DB LOftD BTROlf.
tendu parler des eaux du Styx, de Venfer et du purgatoire; mais c*est justement au moment où il lui eût été le plus utik 4e s'en souvenir qu'elle l'oublia.
Ils se regardent, et leurs yeux brillent h la clarté de la ^iinp^ le Juras d'albâtre d'Haïdée presse la téte de Juan, et le sien est enlacé à sa talUe» perdu dans les flots de sa lon^e chevelure; assise sur ses genoux, elle boit ses soupirs, et Jiii tasgienSyjima'à ce «qu'ilsne forment plus qu'un mur* jwHtt conluftet entrecoupé; dans cette situation, on lespren* draittpmir un groupe jmtûpe demi-n]),toutamoury tout na- Uue^ vraiment grec
Et quand furent passés ces moments d'ivresse profonde et brûlante, et que Juan s'abandonna au sommeil dans ses bras, elle ne dormit pas, mais sa tendre et énergique étreinte continua k soutenir sa tête appuyée sur les trésors de son sein; par inlervaUes, elle tourne ses regards vers le ciel : puis les «leporke sur le pâle visage qu'elle réchauffe sur son iiffiuc; «t es oœnry où déborde la joie, palpite en soi^geant k toiit'ce •qu'élle.a accordé et à tout ce qu'elle aecorde enicore.
GXG¥I.
Le nouveau né qui regarde une lumière, l'enfant qui boit
à la mamelle, le dévot au iiiouienL de Télévalion de l'hostie, l'Arabe donnanL l'hospitalité a un étranger, le matelot qui voit le vaisseau ennemi baisser pavillon, l'avare qui remplit son coffre-fort, éprouvent un ravissement; mais leur joie n'égale point h iioaheur de ceux qui ¥oieat dormir ce qu'ils aiment.
CXGTU.
Car il repose avec tant de calme, cet objet bien-aimé ! Tout oe qu'il a de vie s'identifie avec la nétre; fl est là gracieux, immobile, déseumié, insensible, ne se doutant pas de lafêli^ «îlé qu'il BOUS donne; tout ce qu'il a senti ou fait sentir, y souffert ou fait souffrir, est caché dans des profondeurs impénétrables au regard qui le coaicii\ple; là repose l'objet
Ml mM, OÊnm tu fit
aimé avec toutes ses fautes «t tous «es dwrmes, comme la mort désarmée de ses terreurs.
cxcrni.
Haïdée contemplait te sommeil 4e mi amant, «t» «ente avec l'amour, lamiit et POcéan» cetle*tripte iaàam» re»pfissait son conir. Panm tes «aMes «lideB -et les loes «aii- Tages, cHe et son jenne naufragé «fateal fiint leur beveeaa fk où rien iie"poavaU*¥eirir'|ronlAer leur tenâfesse; et ee« étoiles innombrables qui remplissalenl le bleu firmament, n'éclairaient point de félicité comparable k celle qui éclatait sur son visage,
CXCTX.
Hélas ! Tamour des femmes, on le sait, c'est une chose h tefeîs éhiynttaiitB-et<nâoiitable ; toute leur destinée-est placée sur cette eaiieiUBqq»; «•eUas perànl, 'te vie m*a ploB à leur oflHr qne te«peisto^e4éri0oii»iki fâiséyft tear visigeanee est eomme te bonétla tigre, mOTteUe, prompte, écsasente; elles ressentent, âetenr-edlé, des tortores non moins réelles^ ce qu'elles infligent, elles réprouvent.
ce.
Elles ont raison, car l'homme, souvent injiMe envers rhomme, Test touûoitrs envers te femme; te mtoie sort leur -est réservé àtoutes; eto nepeavent oompter «fve w*te IraliîBon : <A>ligées de tenir leo» émotions Miètes,4ilte« aôneat en silenee et sons «speir, jiisqa% œ que, ,e«avaitéeo par «Poputenee, en achète leur "main; — et ators qu'onMles là attendre? un époux ingrat, puis un amant déloyal, puis la toiletj^e, les enfants, la dévotion, et c'est tout.
CGI.
Les unes prennent un amant, d'antres boivent, d'autres se font dévotes; celles-ci s^)ocnpentde leur ménage, celleste se livrent h te dtssipatioii. n m est qui s*teifiiient du domteile eoiyugal; ces demièreB ne font «ine changer €e
soucis, et peittent les avantages d'une position vertueuse; le
changemeni améliore rarement leurs affaires : dans l'ennuyeux palais comme dans la ohaumière infecte, leur silua-
CBUVEES MB LORD BTROH»
yon esl fause; quelques-unes s'émancipent^ puis écriTeot un roman.
Haïdée était la fiancée de la nature, et elle ignorait tout cela; Uaidée était l'enfant de la passion, née sous un climat OÙ le soleil darde une triple lumière, et rend brûlant jusqu'au baiser de ses filles aux yeux de gazelle; elle n'était faite que pour aimer, que pour sentir qu'elle était à celui dont elle avait fait choix; tout ce qu'on pouvait dire ou faire ailleurs n'était rien pour elle. — îct battait son cœur; hors de là elle n'avait rien It craindre, k espérer, h souhaiter ni h aimer.
Ah! combien ces battements du cœur nous coûtent cherl et cependant ils sont si doux dans leurs causes comme dans leurs efîets! hà sagesse, toiyours aux aguets pour dégager la joie de son alchimie et pour redire de belles vérités; la sagesse, dis-je^ et la conscience elle-même, ont une rude tâche pour nous faire comprendre toutes ces vieilles et bonnes maximes; si bonnes, en effet, que je m'étonne que Castlereagh ne les ait pas frappées d'un impôt.
C'en est fait! — ils ont engagé leur cœur sur ce rivage solitaire; les étoiles, flambeaux de leur hymen, ont versé leur belle lumière sur tant de beauté; ils ont eu l'Océan pour témoin, la caverne pour couche nuptiale; leur union, sanctifiée par leurs sentiments, n'a eu pour prêtre que la solitude, et voilà qu'ils sont époux, et ils sont heureux; car, à leurs jeunes yeux, chacun d'eux est un ange, et la terre un paradis.
6 amour 1 qui eus le grand César pour courtisan, Titus pour maître, Antoine pour esclave, Horace et Catulle pour écoliers, Ovide pour précepteur, et la sage Sapho pour femme savante (puissent plonger dans sa tombe celles que tenterait sa neutralité en amour! le promontoire de Leucade domine
encore les flots)! ô amour! tu es le dieu du mal, car, après toul, nous ne pouvons l'appeler diable.
Tu rends précaire la chasleté de Téiat conjugal ; tu décores en riant le Iront des plus grands hommes ; César» Pompée» Ifahomety Bélisaîre, ont donné bien de Toccupation li la plume de l'histoire ; leur Tie et leur fortune ont subi bien des iricîssitudes; les siècles s^écouleront sans nous ramener* leurs pareils ; et pourtant il y a trois choses dans lesquelles ces quatre grands hommes se sont ressemblés : ils ont tous été héros, conquérants et cocus.
Tu fais des philosophes, par exemple, Épicure et Aristippe, gens matériels qui veulent nous entraîner à une conduite immorale par des théories on ne peut plus praticables, s'ils pouvaient seulement nous assurer contre le diable, comme elle serait agréable cette maxime qui n'est pas tout k fait nouvelle : c Mangez, buvez, aimez; que vous importe le reste? » Ainsi disait le royal sage, Sardanapale.
CGVIII.
Mais Juan! avait-il donc tout k fait oublié JuliaFet devait-
il donc l'oublier si tôt? J'avoue que pour moi la question est assez embarrassante; mais sans doute que c'est la lune qui produit en nous ces changements-là ; el toutes les fois qu'une palpitation nouvelle fait baltre notre cœur, c'est assurément son ouvrage; sans quoi, comment diable se fait-il qu'un nouveau visage ait tant de charmes pour nous autres, pauvres créatures humaines ?
GCIS.
Je hais Tinconsiance : — je méprise, je déteste, j'abhone, je condamne, j'abjure le mortel tellement pébri de vifargent que son cœur ne peut conserver aucun sentiment
permanent. L'amour, l'amour constant a constamment été mon hôte; et pourtant la nuit dernière, dans un bal masqué, je vis la plus jolie créature, fraîchement arrivée de
Milan; eh bien! sa vue me lit éprouver des sensations de scélérat.
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Mais bienU^t U philcmopliie vint à mon secours, el me dit tout bas: a Songe aux liens sacrés qui t'encbatnent! » • (Test ce que je ferai, ma chère philosophie, » répondis-je. ft Mais quelles dents ! et puis, 6 ciel I quels yeux !' Je vais seukfnent m^informer si elle est femme ou demoiselle, ou ni rnne ni l'aulre... pure curiosité. — «Arrête!» me cria la philûsûphic d'un air tout à fait grec (bien qu'elle fût alors masquée en Vénitienne);
GCXI.
« Arrête! » Je m'arrêtai donc. — Mais revenons & ce que ]e disais : ce que les hommes nomment inoonstani» n^t
que la juste admiration que nous éprouvons pour quelqua
objet privilégié à qui la nature a prodigué jeunesse et Leaulé; et de même que nous ne pouvons nous empêcher d'adorer une ravissante statue dans sa niche, celle admiration pour la réalité n'est autre chosô qu'un senlimeui plus- Tif du beau idéaL