‹ Œuvres complètes de Lord Byron Don JuanChapitre 31 sur 98 · CHANT TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHANT TROISIÈME

Salut, Muse! et cœtera. — Nous avons laissé don Juan endormi, ayant pour oreiller un sein blanc et heureux, veillé par des yeux qui n'avaient jamais connu les larmes, aimé I»ar un jeune cœur trop plein de son bonheur pour sentir le poison qui se glissait en lui, et pour savoir que celui qui reposait là était un ennemi de son repos, avait souillé la source de sa vie innocente, et changé en larmes le pluspursangde ce cœur si pur.

0 amour! pourquoi dans ce monde est-il si fatal d'être aimé? Pourquoi U tes berceaux entrelaces-tu des branches de cyprès ? Pourquoi Ion plus fidèle interprèle est-il un soupir ? La femme qui aime les parfums cueille des fleurs, et les place sur son sein, où elles vont mourir. Ainsi ces frêles créatures , objet de notre adoration, ne sont pressées sur notre son que poury trouver la mort.

Dans sa première passion, la femme aimc son amant; dans toutes les autres, ce n'est que l'amour qu'elle aime; l'amour devient une habitude dont elle ne peut se défaire, qu'elle quitte et reprend h volonté comme un gant souple, comme vous vous en convaincrez en la mettant h Tépreuve. D'abord un homme unique a le privilège d'émouvoir son cœur; plus lard die préfère Thomme au nombre pluriel» et ne . trouva aux additions aucun inconvénient.

Je ne sais si c'est la faute des hommes ou la leur, mais ce qui est certain, c'est qu'une îemme plantée Ik— h, moins qu'elle ne se jette pour le reste de ses jours dans la dévotion — doit nécessairement, après un intervalle décent, être courtisée; sans doule^ c'est à sa première aûaire d'amour que son

cœur est donné sans partage ; cependant, il en est qui prétendent n'en avoir jamais eu aucune, mais celles qui en ont eu ne s'en tiennent jamais k une.

Une chose douloureuse» et qui est un redoutable indice de la fragilité, de la ff je et de la penrersité humaine, c'est que l'amour et le mari' ge, bien que nés tous deux dans le même

climat, sont rarr jient réunis ; le mariage vient de l'amour comme le vinai^ /e du vin ; c'est un breuvage de tempérance, peu agréable e' âpre, à qui le temps a fait perdre son céleste bouquet, pou' le transformer en boisson de ménage, insipide et comfiâune.

n y a une sorte d'antipathie entre le premier et le second état de la femme ; on emploie avec elle une flatterie peu honorable jusqu'au moment où la vérité lui apparaît trop tard. — Que faire alors, sinon désespérer? Les mêmes choses changent si vile de nom ! Par exemple, la passion est applaudie dans un amant^ dans un mari, ce n'est qu'un ridi* cuie coAjugal.

Page 1