CHANT SIXIÈME
« TI est, dans les affaires des hommes, un flux et reflux qui, pris à la marée monlante, » — vous savez le reste*, et la plupart d'entre nous en ont fait p«rlèis Fexpérieiwe; nous eroyons du moins qu'il en est ainsi, quoiqua btcn peu aient saisi le moment aratt qu'il fût passé sans retour. Mais nul doute que tout ne soit pour le nrieuz ; — il ne faut pour
2Î0 CEUVECS I>£ LORD DYRON.
s'en containcre que considérer la fin : c'est qu^elqvefois quand les choses sont au piie qu'elles piennent une £u» plus làTOfable.
ff.
Il est, dans les affaires des femmes, un flux et reflux qui,
pris h la marée monlanle, conduit — Dieu sait où : ce
serait un habile navigateur que celui dont la carte indiquerait tous les courants de celte iiilt; les rêveries de Jacob Behme^ ne sont pas comparables à ses tourbillons et à ses brisants ; les hommes avec leurs télés réfléciiissent à ceci, à cela; les femmes avec leurs cœurs songent..... Dieu sait à quoi!
fil.
Et néanmoins, une femme impétueuse, opiniâtre, entière, jeune, belle, audacieuse, — prête h risquer un trône, le monde, l'univers, pour être aimée à sa manière; h balayer les étoiles dans le iirmament, plutôt que de ne pas être aussi libre que les vagues quand souffle la brise, — une pareille femme ( si toutefois il en existe ) serait assurément un diable, et pourtant elle ferait bien des manichéens.
Trônes, mondes, et ecBtera, sont si souvent bonleyersés par
l'ambition la plus vulgaire, que lorsque c'est la passion qui les renverse, nous oublions volontiers, ou, du moins, nous pardonnons ces écarts de l'amour. Si l'on se souvient encore d'Antoine, ce n'est pas à cause de ses conquêtes; mais Ac- Uum, perdu pour les beaux yeux de Gléopàtre, contre-balance toutes les victoires de César.
n mourut à cinquante ans pour une retne de quarante : je suis fâché qu'ils n'aient pas eu quinze et vingt ans, car à cet âge, les richesses, les royaumes, les mondes, ne sont qu'une vétille; je me souviens du temps où, pour faire ma cour, quoique je n'eusse pas graude abondance de mondes à perdre, je donnais ce que j'avais, — un cœur; du train dont le monde allait, ce que je donnais valait un monde» car le monde en-
DON mif. CHANT Tf. 211
lier ne pourrait jamais me rendre ces purs sentimeuls dis- .parus pour toujours.
C'étail le « denier » de Tadolescent, et peut-éïre, comme celui de la veuve, il m'en sera tenu compte plus tard, sinon maintenant; mais que ces choses-là comptent ou ne comptent pas t tous ceux qui aiment ou ont aimé avoueront avec moi que la vie n'a rien qu'on leur puisse comparer. Dieu est amour, dit-on, et Tamour est un dieu, ou du moins il l'était avant que la face de la tene fût ridée par les péchés et les larmes de — G'estèi la chronologie à préciser l'époque.
vu.
Nous avons laissé notre héros et notre troisième héroïne dans une position plus embarrassante qu'extraordinaire; car il faut bien que les liommes risquent parfois leur peau pour ce funeste tentateur, une femme défendue; les sultans abhorrent par trop cette sorte de péché, et oe sont pas du tout de l'avis de ce sage Romain, de l'héroïque, stoïque et sentendeox Gaton, qui prêta sa femme h son ami Hor^ tensius.
vni.
Je sais que Gulbeyaz était extrêmement répréhensible, je
l'avoue, j'en gémis, je la condamne; mais je délcsle toute fiction, même en poésie : il me faut donc dire la vérité, dussiez-vous m'en blâmer. Sa raison étant faible et ses passions fortes, elle jugea que le cœur de son époux (quand même elle eût eu le droit de le revendiquer) était a peine suffisant, car il avait cinquante-neuf ans» et quinze cents concubines.
Je ne suis pas, comme Gassio, « un mathâaoatiden ; » mais il appert de la « théorie des livres, » résumée avec une féminine précision, qu'en iSûsant entrer en ligne de compte l'âge de Sa Hautesse, la belle sultane péchait par inanition ; car, au cas où le sultan se fût montré équitable envers toutes ses bien- aimées, elle ne pouvait réclamer que la
Si2 (EUVREt M LOU> BVBON.
quinze-wttitee piciîe de ce qui doit être un moiiopole»~]e
cœur.
On remarque que les femmes sont litigieuses sur tous les objels de possession légale, et surtout lorsqu'elles sont dévotes, car alors la transgression est double à leurs yeux; elles IIM16 assiègent de i^ooès et de poussuites, comme chaque senioiidet iribunaux en faii foi, pour peu qu'elles soupçomieDt qfÊt d'4Miliiies mâmA m paria^B d'im Ueu auquel la lec le» dosBB nm dralt esdusif
Or, si cela se fait en pays chrétien , les païennes aussi, quoique dans une latitude moins grande, sont sujettes à mener les choses rondement, h prendre ce que les rois appellent une « attitude imposante », et à combattre de pied ferme pour leurs droits conjugaux, quand leurs époux el malires les traitent avec ingratitude; et leonws jjnates iMWliOS ■ont un dfdtquadruple». le tigie a m jutousles «umï Un 9» laTamise.
xn.
Gulbeyaz était la quatrième, et comme je l'ai dit, la favorite; mais qu'est-ce qu'une faveur partagée entre quatre? La polygamie doit être redoutée avec raison, non seulement comme un péché, mais comme une coutume insipide : un homme sage, uni à. une femme modérée, trourera difficilemeut de la pMosoiâue pour xm plus grand ooiribre; et, à moins d'être màhométau, il s'dmtiente de frattsfotmer^i couche nupiiale en uu « lit de VmK s
Sa Hautcssc, le plus sublime des hommes, ainsi qualifié suivant les formes usitées pour tous les monarques, jusqu'au moment où ils sont livrés aux vers, ces funestes et affamés jacobins qui se soiitxc|»us des rois les plus superbes, — Sa Hautesse jeta les yeux sur les charmes de Gulbeyaz, s'atten* dant à un accueil d'anumt (c'est par tout pays un accueil h l'écossaise
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BOH JOAH. cnkinr vi. 223
Or, ilfevtMingiBr iei;car quoique tes Iwlsm, les do»»
ces paroles, les embrassemenls, et ceeUra, poissât simuler—
ce qui n'est pas, ce sont choses qu'on prend et qu'on ôte comme un chapeau, ou plutôt comme ces coiffures que porte le beau sexe; parure dont la léte ou le cœur se décore, mais qui oe iaU pas plus parlie de la 4èle que leurs caresses da cœur.
4Jiie légève roQgetrr , un doux treiMeBieBt, une calme et g«Kve «xprasie» de Umàumiê «staee, naaifeitée moinGdMW lee 9WK qfw par les faqHèRS, q» sUneeest pour CMkar
ce qui reçoit du mystère un cbarme de plus» Toilk (pour un MNmt dtseraO ngw^ les MkiUîMes de rmour, qui n*a pas de CrftnepluselianDaDt que leeeeur dHine Isniiin
sincère; car un excès de chaleur ou de froideur détruit le charme.
Si cette chaleur est fau«;se, elle est pire que la réalité ; si elle est vraie, c'est un feu qui ne saurait longtemps durer; car, excepté dans la première jeunesse, nul ne voudrait se ' fier aux seuls désirs, gage précaire', sujet à être transféré au premier aehelear venvi , au prix d*ua misérable esconpfe;
antre côté, les lenoRs par txop fimdessonl pawahlih iMit Insipides.
Cffl.
CeMMre qne «mue ponfonslear pardoinerlenrmatii»
vais goût; car les amants, tardifs on empFessés, veulent entendre l'aveu d'une flamme mutuelle, et, eussent-ils pour maîtresse la monastique concubine de neige de saint François"^, ils voudraient la voir brûler d'une passion sentimentale;—en un mot, la gent amoureuse doit suivre la maxime horacienne : « Medio tu tutissimus ibis, »
xnii.
Le a tu r> eât de tiop, — uRûs qu'il y feste, le mn Texige, e'est-èrdire loyers anglais, et non FfasKamètre atiqae; mais» «près tout, tln'^adansledemiervtmniiiBeaiBMmireifl
824 OCOTEBS DE LORD BTftON.
était difficile de le foire plus mauTalB, etil n'est là que pour lenniner roctave; traduisez-le» et tous y trouverez une règle de moraley sinon de prosodie.
Si la belle Gulbeyaz se surpassa ce jour-la, je l'ignore; — quoi qu'il en soit, elle réussit, et le succès est beaucoup en toute chose, en affaires de cœur comme dans tout autre ar- , ticle de la toilette des femmes. L'égoïsmc, dans l'homme, dépasse encore l'artiûcc de la femme; elles mentent, nous mentonsy tout le monde ment, ce qui n'empôche pas 4'aimer; et nulle vertu, si on en excepte la fomine, n*a pu encore arrêter cette mère de tous les vices, — la propagation.
Laissons reposer ce royal couple : un lit n'est pas un trône, et peut-^ .dormaient^ils, que. leurs rêves fussent de joie ou de douleur; cependant des joies désappointées sont des
douleurs aussi profondes que puisse en endurer l'humaine argile. Nos moindres afflictions sont celles dont nous pleurons; ce qui use l'àme, ce sont les petits chagrins journaliers, c'est la douleur lombanl gouUe à goutte, comme l'eau sur la pierre.
Une femme acariâtre, un fils morose, un billet àpi^er non aecpiilté, prolesté ou escompté II un taux ruineux, un enfant maussade, un chien malade, un cheval fovori devenu hoir teux au moment où vous le montez, une méchante et vieille douairière foisant un testament plus détestable qu'elle, qui vous frustre de la somme sur laquelle vous comptiez, — ce sontlli des tiagatelles, et cependant j'ai vu rarement quel* qu'un qui n'en fût pas aÛccté.
Je suis philosophe ; j'envoie tout au diable, billets, bêles, hommes et... — non! j'en excepte les femmes! Dans une bonne et franche malédiction s'exhale ma bile, et alors, mon stoïcisme ne me laissant plus rien qu'on puisse appeler douleur ou peine, mon àme peut se livrer tout entière aux travaux delapenséejquoique j'ignore ce que c*est queTàme
et la pensée, leur origine, leur mode d'existence que le diable les emporte Tune et Taulre!
Quand on a bien lancé l'anatlième sur toutes choses, on se sent soulagé, comme lorsqu'on a lu la malédiction d'Alhanase, qui a tant de charmes pour le vrai croyant ; je doute que de nos jours on pût en adresser une pire à son plus moriel ennemi agenouillé devant soi, tant elle est solennelle, positive et bien formulée! Elle bhlledans un livre de prières, comme l'are- en-ciel dans une atmosphère qui vient de s'édaircir.
Gulbeyaz et son époux dormaient, ou, du moins, l'un des deux. — Oh! que la nuit est longue pour les épouses coupables qui brûlent pour un jeune bachelier, alors que sur leur couche douloureuse elles soupirent après la clarté de l'aube grisâtre, épient ses premiers rayons à travers les jalousies obscur, s'agitent, se retournent, s'assoupissent, se raniment, et tremblent que leur trop légitime compagnon de lit ne s'éveille!
XX?
n s'en trouve sons le ciel de ces femmes, et aussi sous les
ciels de lits a quatre colonnes et h rideaux soyeux, où les riches cl leurs moitiés reposent leurs têtes dans des draps aussi blancs que la neige que le vent chasse dans les airs, comme disent les poêles. Fort bien ! c'est une loterie que le mariage. Gulbeyaz était impératrice : mais peut-être avaitelle été aussi malheureuse que la reine d'un paysan.
XXTt.
Don luan, sons son déguisement de femme, s'était, avec le
long cortège des demoiselles, humblement incliné devant le regard impérial ; au signal accoutumé, toutes avaient repris le chemin de leurs chambres, dans ces longues galeries du sérail, où ces dames reposaient leurs membres délicats, c'est là que des milliers de cœurs soupiraient après Tamour» comme Toiseau prisonnier après les champs de Tair.
T. iV. tS
CEinrfiES BE LORD BTMM,
Tairne le toui sexe» cftj'ai été, par wm—te» teaté ét
retourner le Yoeu da lyran qviîmhaitait que le genre humain jk'eùx qu'une tôle^ afia de rahaUne d'un seul cou^ lion vœu n'est pas moins tmI^ niais pas tout à lail si méchani, et, somme toute, oeaucoup plus tendre que cruel : je désirais
donc (non pas maintenant, mais quand j'étais adolescent) que l'espi cc femme tout ciilièrc n'cùL qu'une seule bouche de rose, alia de les baiser louies a la loiSj, du nord au midL
0 trop heureux Briarée! de posséder tant de tôles et tant de bras, si tu avais tout le reste dans la même proportion ! — Mais ma muse recule k la pensée gigantesque d'être la fiancée d'un géant, ou de voyager en Patagonie $ retournons donc en LSUiput» et guidcms notre héros dans le làbyrînâte d^amour oiï nous Favons laissé quelques figues plus haut.
xzix.
n sortit avec les cliannantes odaBsques et se joignit li leur cortège au signal donné ; malgré tous les périls qu'il courait,
et bien que les conséquences de telles escapades soient pires que tous les dommages-intérêts que les messieurs paient dans la morale Angleterre, où la chose a son tarif, il ne put s'empêcher, tout en marchant, de jeter par-ci par-là un coup d'œil sur leurs charmes» et de lorgner et leur gorge et leur taille.
zxz.
Néanmoins il n'oublia pas son rôle ; — dles contfaraakiU à s'avancer le long des galeries et de sailè en saUe, traite virginale et éditante» flanquée par des eronquee, pendant qu'à leur téte marchait une matrone chargée de maintenir la discipline dans les rangs femelles» et d'empêcher dans leurs évolutions qu'aucune ne s'écartât ou ne parlât sans sa permission. Son Litre était « la mère des vierges. »
J^gnore si elle était a mère », et si celles qui lui donnaient ce nom étaient « vierges « ; mais au sérail c'est Ik son titre, venu 4ene sais d'où, mais tout aussi hon qu'un autres
1»0N JHAN. CHANT YI* 227
GaBlemir^ ou de Tott* pourra tous le diie; ses fanctions coDsislaient à écarter «u & étouffer tout penchant répréhen-
sible parmi quinze cents jeunes ûUes, et k les punir quand elles étaient en faute.
Excellente sinécure, sans doute, mais rendue plus facile par l'absence de tout autre homme que Sa Majesté, — qui, avec son aide, et au moyen de gardes, de verroux, de murailleSy et d'au léger exemple par-ci par-là, seulement pour faire peur au reste, léussissait à maintenir, dans cette tanière de beautés, une atmosphère aussi froide que celle d'un couvent d'Italie» où foutes les passions n'on^ hélas ! qu'uno seule issue.
xnui.
Et quelle est-elle ? La dévotion, cela va sans dire ; — comment pouvez-vous faire une telle question ? — Hais continuons. Comme je le disais, cette longue (ile de demoiselles de tous pays, soumises à la volonté d'un seul homme, s'avançait d'un pas lent et majestueux, comme des nénufars flottant sur un ruisseau, ou plutôt sur un lac, — car les ruisseaux ne coulent pas lentement, — Cette tcou|^ dis-je, marchait d*un air virginal et mélancolique.
Mais lorsqu'elles iurent arrivées dans leurs appartements, Ih, comme des oiseaux, des écoliers ou des fous de Bedlam qui ont la clef des clumps ; comme des vagues ^ la marée haute, ou des femmes^ en général, alfiranchies de leurs entraves (qui, après tout, ne servent pas à grand'chose), ou comme des Irlandais à la foire, leurs surveillantes étant parties, et une sorte de trêve établie entre elles et l'esclavage, elles se mirent à chanter, à danser, h. babiller, à sourire et à folâtrer.
Leur babil, comme de coutume, roula principalement sur la nouvelle arrivée, ses formes, ses cheveux, son air, enfin toute sa personne; quelques-unes étaient d'avis que sa robe ne lui allait pas bien; on s'étonnait qu'elle n'eût pas de boa*
des d'oreilles ; plusieurs disaienl qu'elle s'approchait de Télé de son âge; d'autres soutenaient qu'elle n'était encore que dans son printemps ; il y en avait qui la trouvaient un peu masculine dans sa taille, pendant que d'autres souhaitaient qu'elle le fat tout à fait.
Mais personne ne doutait qu'elle ne fût ce' qu'annonçait son costume, une demoiselle jolie^ fratehey « excesslTement belle » et comparable aux plus raTissantes Géorgiennes ; elles s'étonnèrent aussi que Giilb^az fût atoez simple pour acheter des esclaves qui, le cas adrenant oh Sa Hautesse se lasserait do son épouse, pourraient partager sou \xùaQ, sa puissance et le reste.
XXXVIÎ.
Mais, chose étonnante dans celle réunion virginale, quoique la beauté de leur nouvelle compagne fût assez grande pour leur donner du dépit» le premier examen terminé, elles trouvèrent en elle beaucoup moins à reprendre qu'il n'est d'usage chez le beau sexe, pour qui toute nouTeUe venue» regardée avec des yeux chrétiens ou païens» est toujours c la plus laide créature du monde. 9
Et cependant dles avaient, comme les autres» leurs petites
jalousies ; maïs en celle occasion, soit qu'il existe en effet des
sympathies involontaires, soit par toute autre raison, sans avoir pu pénétrer le secret de son déguisement, elles éprouvèrent toules une sorle de concaténation, comme le magnétisme, ou le diabolisme, ou ce qu'il vous plaira : — nous no disputerons pas sur le mot.
Mais il est certain qu'elles ressentirent pour leur nouvelle compagne quelque chose de|»lus nouveau encore : une sorte d'amitié sentimentale et pénétrante» extrêmement pure» qui leur faisait désirer & toutes de l'avoir pour sœur» h l'excep* tion de quelques-unes qui souhaitaient d'avoir un frère jus* temcnl comme elle, un frère que dans leur patrie, la douce Gircassie» elles eussent préféré au padisba ou au pacha.
Parmi celles qui se sentaient le plus disposées h cette amitié sentimentale, il y en avait trois surtout : Lolah, Kalinka*^ et Doudou"; afln d'être bref, et pour épargner au lecteur les descriptions, j'ajouterai qu'au dire des rapports les plus authentiques, elles étaient belles autant qu'on peut l'être, bien qu'à des degrés divers; dilTérentes entre elles de taille et de teint, par suite de la différence de leur âge et de leur patrie, toutes trois s'accordaient à admirer leur nouvelle connaissance.
Lolah était brune comme l'Inde, et aussi ardente; Katinka* était une Géorgienne au teint de lis et de rose, avec de grands yeux bleus, de beaux bras, une belle main, et des pieds si mignons qu'on eût dit qu'ils n'étaient pas faits pour fouler la terre, mais pour efUeurer sa surliaces les charmes de Doudou semblaient n'ayoir pas de meilleur encadrement qu'un lit, ear elle avait un certain air d'embonpmnt, d'indolence et de langueur; mais elle était d'une beauté ^ vous faire tourner la tête.
Doudou semblait une sorte de Vénus endormie, quoique très propre à « tuer le sommeil » de ceux qui contemplaient le céleste incarnat de sa joue, son front attique, ou son nez digne du ciseau de Phidias; il est vrai que ses formes offraient peu d'angles, et qu'elle eût pu être plus svelte sans y rien perdre; et cependant, après tout, il eût été difficile de dire ce qu'on ei^t pu retrancher en elle sans nuire à chacun de ses charmes pris à part.