IVAN. CHANT VI
tresses, comme les rameaux du saule pleureur, balayait le marbre où posait son siège, ou plutôt son sofa (car c'était une basse et moelleuse ottomane, toute garnie de coussins). Le noir désespoir soulevait et abaissait son sein, comme une vague qui se précipite sur une ciMe dont les rochers anêtent sa course, mais reçoivent ses assauts.
Sa têle était penchée , et sa longue chevelure tombante cachait ses traits mieux que n'eût fait un voile; Tune de ses mains reposait sur Fottomane, inanimée, blanche comme la cire, pâle comme Talbâtre. Que ne suis-je peintre î Que ne puis-je grouper ce qu'il fàut qu'un poêle énumère longuement ! Que mes parôles ne sont-elles des couleurs t Hais leurs teintes pourront peui^tre servir d'esquisse ou d'indications rapides.
« ex.
Baba, qui savait par expérience quand il fallait parler et quand il fallait se taire, garda alors le silence attendant que la crise de Gulbeyaz fût passée, n'osant contrarier ni ses paroles ni son silence. Enfin, elle se leva, et se mit a parcourir la chambre k pas lents, mais toujours silencieuse; et son front s'éclaircil, mais non son regard troublé : le vent ne soufflait plus, mais la mer était encore houleuse.
Elle s'arrêta» et releva la tète pour parler, — puis attendil encore, puis se remit à marcher, tantôt k grands pas, tantôt lentement; ce qui est toujours l'indice d'une profonde émo* tion.~Votts pouvez en quelque sorte deviner un sentiment dans chaque pas, comme Salluste l'observe au siyet de Gatilina, qui, agité par les démons de toutes les passions, les laissait voir h sa manière de marcher.
Gulbeyaz s'arrêta, et, faisant signe k Baba : «Esclave! amène les deux esclaves ! » dit-elle d'une voix basse, mais que Baba ne se sentit pas d'humeur à braver ; pourtant il tressaillit, nuinifesta quelque hésitation, et, feignant de ne pas avoir compris, supplia Sa Hautesse de vouloir bien lui dire
2iG ŒUVRES DE LORD BYftON.
de quels esclaves elle voulait parler, <iAn& la craUita d'une méprise |>areiUe à la deriii^.
« La Géorgienne et son amint» » répondu l'impériale épouse;— elle ejonta : c Que le lialeau soU prêt du c6té de la porte secrète du sérail; tu sais le leste, » Elle parut ne prononcer ces paroles qu'avec èflbrt, en dépit de son amour
offensé et de son farouche orgueil ; Baba le remarqua avec empressement, et la conjura, par tous les poils de la barbe de Mahomet, de révoquer Tordre qu'il veoaii d'euteadre. *
<r Entendre, c'est obéir », dit-il, a néanmoins, sultane, songez aux conséquences; non que je ne sois prêt à exécuter vos ordres dans kur sens le plus rigoureux ; mais tant de précipitation peut avoir des suites funestes, même aux dépens de Votre Majesté; je ne veux pas parler ici de votre raine et de voIdb posîlîea erUiqueen ces d'une découieite prénatuiéey
CXT.
ff Mais^tos propres emtiments. Leie même que tout ce
secret resterait caché sous les vagues dans leurs funestes abîmes, qui ont déjà enseveli tant de cœurs palpitants d'amour, — vous aimez ce jeune homme , ce nouvel hôte du sérail, et si vous recourez k ce remède violent... — excusez la liberté que je prends, mais je vous assure que le XttQ^ende vous i;uôiiir n'est pas de le tuer. 9
a — Que connais'tu de l'amour et du seaiiment? — misélaUel Va-t'en ! * s'éciia-lreUey les yeux enflammés de courii«z; — c fa-^en, et eséeute mes ordxes! » fialMt disparu^ car pousser plus loin ses leflMntaiee^c'étftîl, îlnerîgno* rait pas, s'exposer à devenir nen propre bourreau; et, bien qu'iiéfisMt beMcouf sortir de eelte fâeheuse afiairesans qu'il en résultât aucun mal pour autrui, cependant il pré£é-> rait sa léte à celle des autres.
Il courut donc remj^ sa commission , aonââus mur-
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