XXXII
« Je ne tarirais pas, » dit riiislorien, a si je voulais rap- [jorlcr tout ce que les Russes firent de mémorable dans celte journée ; il me faudrait composer plusieurs volumes, cl j'aurais encore beaucoup de choses h. ajouter; » ce disant, il n'en parle plus, mais se borne h faire sa cour à quelques étrangers de distinction présents à ce combat : le prince de Ligne, Langeron et Damas, noms aussi grands qu'aucun de ceux que la gloire ait jamais inscrits dans ses fastes.
Nous pouvons Toir, par cet exemple, ce que c'est que la gloire; car combien de lecteurs Yulgaires ignorent jusqu'à l'existence de ces trois preux chevaliers ! (Ils vivent peutêtre encore, qui sait?) La renommée est un but qu'on atteint ou qu'on manque; il y a du bonheur jusque dans la gloire, il faut le reconnaître. Il est vrai que les mémoires du prince de Ligne ont pour lui entr'ouvert le rideau de l'oubli.
Voilà donc des hommes qui ont vaillamment combattu et se sont comportés en héros; mais» perdus dans la mulliplicité d'événements semblables, il est tare que leurs noms se retrouvent, et plus rare encore qu'on les diercbe. C'est ainsi qu'une gloire méritée est sijûette à subir de tristes mutilations, et s'éteint plus tôt qu'elle ne le devrait : sur chaque bulletin de nos modernes batailles je vous défie de vous rappeler dix noms.
Bref, cette dernit;re attaque, loule glorieuse qu'elle fût, fit voir qu'il y avait quelque i)art quelque chose qui n'allait pas, et l'amiral Kibas (connu dans l'histoire de Russie) conseilla fortement un assaut. Jeunes et vieux combattirent celte pro* position, qui fit naître un long débat. Mais il faut que je m'arrête; car si je rapportais le discours de chaque guerrier, je doute que beaucoup de lecteurs voulussent monter à la brèche.
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Wm JUAN. CHAUT VII.
XWVI.
11 y avait un homme, si toutefois c'était un homme ; non que sa virilité pût être mise en question; car, s'il n'eût pas été un Hercule, sa carrière, au temps de sa jeunesse, aurait été aussi coitrte que le fut sa dernière maladie, causée par une indigeslion, alors que, pàle, épuisé et maudit, il mourut 8008 un arbre» 8ur le sol de la verte province qu'il avait dévastée, comme mie sauterelle dans le champ qu'a flétri sonpassage;
xxxvu.
Célait PotemkiD, — grand homme dans an temps où la grandeur était le prix de Fhomicide et de la débauche; si
des décorations et des litres donnaient droit h la gloire, la sienne eût égalé la moitié de sa fortune. Cet homme, haut de six pieds , lit naître un caprice proporlionné à sa taille dans le cœur de la souveraine des Russes, qui mesurait les hommes comme on mesure un clocher.
Pendant qu'on était dans l'indécision, Ribas envoya un courrier au prince, et réussitè^ faire régler les choses comme il rentendaii. Je ne puis dire comment il s'y prit pour plaider sa cause; mais il eut promptement lieu d'être satisfait Pendant ce temps, les travaux des batteries avançaient, et bientôt, sur le bord du Danube, quatre-vingts canons ouvrirent un feu des plus vifs, auquel il fut convenablwent répondu.
Mais le treize décembre, lorsque déjà une partie des troupes était embarquée, et qu'on allait lever le siège, un courrier, venu à franc-élrier, ranima le courage de tous les aspirants à la gloire de gazette, de tous les dileltanti dans l'art- de la guerre; il remit une dépêche conçue en termes électrisants, annonçant la nomination au commandement de l'armée de cet amant des batailles, le feld-maréchal Sottwaroff.
La lettre du prince au maréchal eût été digne d'un Spar-
Miale si la cause qu'il fallait servir eût pu sourire à un noble cœur, s'il eût été question de défendre la liberté, la patrie ou les lois; mais comme il n'y avait d'autre mobile que l'ambition du pouvoir, jalouse de dominer tous les fronts de lM>ii front superbe, cette lettre 4i'a rien qui la tecommandey «auf le ^yle; <m ii^ >li8ait que «m malê: « ^êos jxeoàùi