‹ Œuvres complètes de Lord Byron Don JuanChapitre 60 sur 98 · MI · texte numérisé non relu

MI

Dieu dit « Que la lumière soitî » et la lumièieiftt. « Que le sang coule ! » dit l'homme, «et il en déborde une mer. Le fiât de cet 'enfeiit '4sM 4e la Ifuit (car le jeur-Be lit jamais ses 'mérites) pouvait produire |i1u8 lie maux «en une faeuie

que n'eussent pu en réparer trente étés brillants, eussentils été aussi beaux que ceux qui mûrirent le fruit d'Édcn : car la guerre coupe non seulement ies branches, mais aussi les racines.

Nos amis les Turcs, qui commençaient déjà à saluer de bruyants « Allahs » 'la retraite des Russes, éprouvèrent un 'nide'Biée«MBplie;oniie fait raiement faute de croire m» ennemi battu, ou ubattu, si tous InsisleK eur la pvq»fiét6 des termes, chose dont je ne m'occupe guère dons le:feu de la eompositton'^; je'disais donc que lesVures toeuA étnngemttit désappolniéB, eux qui, abhorrant le porc» tenaient cependant à sauver leur lard.

Car, le seize, on vit venir de loin deux hommes courant à toute bride; on les prit d'abord pour des Cosaques; leur bagage n'était pas lourd; ils n'avaient que *ro25 chemises à eux deux ; ils étaient montés sur des coursiem de rUkraine. Lorsqu'un put distingtter de pins près ces deux hommes si aimpiesy untecoonut en eux Soawoioff et eon ^ide.

ZLIV.

« Grande joie aujourd'hui à Londres! » s'écrie quelque sot fleffé chaque fois qu'il yak Londres grande illumination, 'de toutes les iàscinatious la premicie pour John BuUj cet

DON JUAN. UUXT Vil. fiSO

habile pentiuiagft; pourvu que les rues soient garnies de verres de couleur, ce sage (le susdit John) livre à discrétiou sa bourse, son âme, sa raison, et même sa déraison, pour satisfaire, comme un gsos papillon de nnit gu'îl est, ce seul et uni^e «0n&«

Il n'a que faire maintenant de « damner ses yeux », car ils le sont déjà! ce jurement célèbre n'a plus pour le diable aucune valeur, car John a depuis peu perdu l'usage de ses deux yeux. 11 appelle les délies une richesse, et les impôts un paradis; la famine au corps maigre et décbarné a beau le-xegaider an lace, iliie*k»voit|MBvoailijiiie9iela£BU!ûine OBt:ÛUedB GéBès.

XBVT.

• Mais je reprends mon histoire : — Grande joie au camp! Joie au Russe, au Tartare, a l'Anglais, au Franrais, au Cosaque, sur lesquels SouwaroiT est venu luire comme une lampe au gaz, présage d'un assaut glorieux j €omme le feu follet qui brille au bord des marais humides conduit le voyageur dans une fondrière, tout le monde suivait, n'importe où, khieiir'Vwillanle de cotétxangfrmétéoœ.

Mais certes, les choses prirent une face diiïérente ; il y eut de l'enthousiasme et force acclamations ; la flotte et le camp saluèrent avec beaucoup de grâce, et tout annonça un prochain succès. L'armée se rapprocha et s'établit h une portée de canon delà place; on construisit des échelles; on répara les imperfeclions des premiers travaux; on en lit de nou* veaux ; on prépara des fascines et toutes sortes de machines bienveillantes.

xtvin.

Cest ainsi que l'esprit d*un seul homme imprime à la

foule une direction commune; ainsi roulent les vagues sous le souffle du vent; ainsi marche le troupeau sous la protection du taureau; ainsi chemine un aveugle sous la conduile de son chien; ain&i^es moulons qui vont au pâturage suivcnlle

bélier au Untament de sa clochette: tel est l'empire des grands hommes sur les petits.

Tout le camp retentissait décris de joie; tous eussiez dit qirils allaient à la noce (je tiens la métaphore pour bonne,

car guerre et mariage amènent du grabuge) ; il n'était pas 3usqu'au dernier goujat qui ne scnlîl redoubler son amour du danger et du pillage ; et pourquoi ? parce qu'un pelit homme \ieux, bizarre, à peine vétu» était venu prendre le commandement.

Mais cela étaitainsi; tous les piéparatilli se firent avec ao* tivité; la première attaque était composée de trois colonnes» n'attendant que le signal pour s'élancer sur l'ennemii trois autres colonnes étaient destinées b la seconde attaque, et ani> mées d'une soif de gloire qu'un océan de carnage pouvait seul étanclier; la troisième attaque, par eau, n^avait que deux colonnes.

On construisit de nouvelles batteries , et on tint un conseil de guerre; comme cela arrive quelquefois dans les grandes extrémités, on y vit régner Tunanimité, dont la plupart des conseils offrent si rarement l'exemple; et toute difficulté ayant disparu, on vit briller, dans toute sa sublimité» l'astre de la Gloire, pendant que Souwaroff, décidé à la conquérir, enseignait à ses recrues le maniement de la baïonnette.

Lit.

C'est un fait avéré que lui, commandant en chef, ne dédaignait pas de faire manœuvrer, en personne, ses lourdauds de conscrits, trouvant ainsi le temps de faire l'office d'un caporal : c'est comme si vous vouliez accoutumer une jeune salamandre a avaler du feu de bonne grâce. Il leur montrait h monter à une échelle (qui ne resaemblait pas à celle de Jacob) et à franchir un fossé.

LUI

U fit aussi babiller des fascines comme des hommes, avec

Oigitized by Copgle

des lurbans, des cimelcrrcs et des poignards, et fit charger à la baïoiiricilc ces mannequins , comme s'ils eussent iH6 des Turcs Yt'ritaldes; quand ces recnics furent bien exercées à ces combats simulés, il les jugea propres à assaillir les remjMirls; les habiles en rirent et eu plaisantèrent j il les laissa dire, mais il prit la Tille.

nv.

Tel était l'état des choses k la Teille de Tassant; «tout le camp élait plongé dans un profond repos» ce que tous eussiez eu peineàconceToIr; cependant des hommes résolus li tout affronter sont silencieux quand tout est prêt et qu'on n'attend plus que le signal. — Il y aTaitpeu de bruit; car les uns pensaient k leurs foyers et à leurs amis, et les autres à eux-mêmes et à leur dernière heure.

Souwnroiï, surtout, était sur le qui-vivc, inspectant, faisant faire l'exercice, donnant des ordres, plaisantant, méditant; car, on peut l'affirmer en tçute assurance, c'était l'homme le plus extraordinaire qu'on pùtvoir : héros, bouffon, moitié démon, moitié boue, priant, instruisant, ravageant, pillant; tantôt Mars, tantôt liomus, et, la veille d'un assaut, arlequin en uniforme.

Le jour qui précéda l'assaut, pendant qu'il s'occupait h ' exercer ses conscrits, — car ce grand conquérant se faisait

caporal, — quelques Cosaques, rôdant comme des faucons autour d'une colline, rencontrèrent , à la tombi'c de la nuit, une troupe d'individus dont l'un parlait leur langue, — bien ou mal, n'importe : c'était beaucoup que de se faire comprendre ; quoi qu'il en soit, à sa voix, ou Uses paroles, ou à ses manières, ils reconnurent qu'il avait servi sous leur bannière.

Aussitôt, sur sa demande, ils l'amenèrent, lui et ses camarades, au quartier^général. Leur costume était musulman; mais il était facile de voir que c'étaient des Tartares déguisés, et que sous la veste turque battaient des poitrines chrétien-

â62 ocuvr.ES de lord btron.

nés : ce n'est pas la première fois que le christianisme a é&bangé sa grâce intérieure contre la pompe extérieure, ctr donné lieu à d'étranges méprises.

Souwaroff, qui était en manches de chemise, de?ant une compagnie de Kalmouks, faisant manœuvrer, criant, plâisantant, jurant contre les lambins, et donnant une leçon dans

Tart sublime de tuer : — car ce grand philosophe, nCToyant dans l'humaine argile que de la boue, inculquait alors ses maximes, prouvant h toute intelligence martiale que la morl sur le champ de bataille valait une pensioo,

LFX.

Souwaroff, quand il vit cette troupe de Cosaques et leur proie, se tourna, et, dirigeant vers eux son front couvert et son regard perçant :.«D*oî]i Tenez-tons ?.»^« De Gonstantinoplc. Nous sommes des captifs échappés.» — Qui étes-vous?» —a Ge que TOUS voyez. » Ge dialogue était laconique; car celui qui répondait savait h qui il parlait, et était économe de mots.

«Vosnoms?» — «Le mien est Johnson; celui de mon camarade, Juan ; les deux autres sont des femmes ; le troisième n'est ni homme ni femme. » Le général jela sur la troupe un coup d'coil rapide, puis dit: « J'ai déjà entendu votre nom; le second est nouveau pour moi ; il est absurde d'avoir amené ici ces trois autres personnes; mais n'importe. Il me semble avoir entendu Totre nom dans le régiment, de Nikolaiew. » — « Précisément. »

— > Tous avez servi à Vl^in?» — « Oui. » — t Viôus con* duisiez l'attaque?» » « Cest vrai. » — « Qu'étes-vous dcTenu depuis? B — - « Je le sais à peine. » — «Vous étiez le premier

sur la brèche? » — « Du moins je n'ai pas été lent à suivre ceux qui pouvaient y ôlre.» — «Ensuite?» — «Uneballem'étendit par terre, et l'ennemi me fit prisonnier. » — « Vous serez vengé, car la ville que nous assiégeons est deux fois aussi forte que celle où vous avez été blessé.

£sn.

f 0Ù mlflMmn smir?» — Oà ^« tondreE. » « le

sais que vous préférez les postes les plus périlleux, et je ne doute pas qu'après les maux que vous avez endurés, vous, ne soyez le premier h. attaquer ri nnemi. Et ce jeune homme au menlon sans barbe, aux vêlements déchirés, de quoi estil capable? » — « Ma foi, général, s'il réussit en guerre comme en amour, c'est lui qui devrait m&akr le premier à l'assaut. »^

Lxiir.

«-«H fo ftra, 8^11 Vos9. » loi, luan s^ioditta aussi pvofoii-^ démsBt que 1» conpliiiimt le méritait. SomanSt coatiana : « far un htursiis hasard^ oPest nataarégâaaiilr qui dmlde^ iBaki> Mr pautr4tre ce soir, ■umteP'la pnmierà Tassaut. J'ai promis à dirers saints que, sous peu, la charrue ou la hmfi passera sur ce qui fut Ismaëli sans être arrêtée par la plus superbe de ses mosquées.

€ Ainsi donc, mes entants, a la gloire! » Cela dit, il se retourna, et se remit à commander l'exercice dans le russe le plus classique, jusqu'à ce que lous les cœurs héroKiues brûlassent d'une noble ardeur pour le i)illage et la gloire : on eût dit un prédicateur qui, méprisant noblement lous les biens de la terre» bormis pourtant les dîmes» les exhorlait à attaquer et Urimmoler ces païens, qui avaient l'audace de insister aux armées4ieGatheiiiks» l'iiBfiéfafariea olvétome.

unr.

MiDson» qui, paf eelo]ig'eoiieque^c»mpniqfL'iljélaîtdaaf fes bonnes grftoes da général» se décida h «dresser. encoreJa parole à Senwaroff, bien qu'il le Tlt absorbé- de nouYeau par

son amusement favori. « Je suis on ne peut plus reconnaissant qu'on veuille bien m'accorder de mourir l'un des premiers ; mais si vous aviez la bonté de nous assigner à tous deux notre poste, mon ami et moi nous saurions quels devoirs nous aurons h remplir. »

ULVI.

— « C'est juste 1 j'étais rnupé, et j'oubliais. Yoiis» vous

2CA (KUVaES DE LOfiD BYRON.

rentrerez dans votre ancien régiment, qui doit ôlre mainte^ aant soug les armes. Holà ! 4£atsJ(off ( ici , il appela un aide* de-camp polonais), — conduisez monsieur à son poste, je TCttx dire au régiment de Kikolaiew. Le jeune étranger pourra rester avec moi; c'est un beau garçon. On peut envoyer les femmes aux bagages ou h l'ambulance. »

Mais ici commença une espèce -de sc^ne. Les dames, qui n*élaicnt pas accoulum(''es h ce que l'on disposât d'elles d'une manière si nouvelle, bien que leur éducation de harem les eût prédisposées sans doute li la plus vraie des doctrines, l'obéissance passive, levèrent alors la tête, les yeux enflammés et pleins de larmes; et, pareilles à la poule qui étend ses ailes sur ses poussins, elles étendirent leurs bras

LXTIII,

Sur les deux brayes ainsi promus et bonorés par le plus grand capitaine qui ait jamais peuplé l'enfer de béros immolés, ou plongé une proVînce ou un royaume dans la douleur. 0 mortels insensés, pour qui l'expérience est vaine! 0 laurier glorieux en cfTet, puisque, pour une seule feuille de cet arbre prétendu immortel, doit couler une mer sans reflux, une mer de sang et de larmes !

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