I.XIX
Souw aroff, qui avait très peu d'égard pour les larmes, et pas beaucoup de sympathie pour le sang, ne vit pourtant pas sans une légère ombre de sensibilité ces femmes, les cheveux épars, en proie à de sincères douleurs; car, bien que l'habiuide endurcisse contre les souffrances de millions d'hommes les cœurs qui font leur mélier du carnage, parfois une douleur isolée pourra toucher même des héios, et Souwaroff l'était.
11 dit du ton kalmouck le plus tendre : a Parbleu, Johnson,
comment diable ave/.-vous pu amener ici des femmes? 11 k'ur sera témoigné toutes les allenlions possibles, et elles seront conduites eu sûreté jusqu'aux fourgons; par le fait^
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DON JVAN. CBANT TII. 2^
ce n'csl que Ik qu'elles peuvent èlre en sûrelé. Vous auriez dû savoir que celle espèce de bagage ne convient pas: îi moins qu'elles n'aient un an de ménage, je liais les recrues marines. » \
— «f N'en déplaise h Voire Excellence, » répondit noire Anglais, « ce sont les femmes d'aulrui et non les nôtres. Je suis trop au fait du service pour en enfreindre les règles, en amenant une femme k moi dans un camp; je sais que dans une charge rien ne tourmente le cœur d'un héros comme de laisser après lui une petite famille.
« Hais TOUS Toyez ici deux dames turques, qui, après avoir, ainsi que leur domestique, favorisé notre fuite, nous ont accompagnés dans ce déguisement à travers mille périls. Pour moi ce genre de vie n'est pas nouveau; pour elles, frêles créatures, c'est une position pénible. C'est pourquoi, si vous voulez que je combatte libre de toute préoccupation, je demande qu'elles soient traitées avec égard. »
Pendant ce temps-lk, ces deux pauvres filles, les larmes aux yeux, semhlaient ne trop savoir quelle confiance accorder b leurs protecteurs; leur surprise n'était pas moins grande ni moins juste que leur douleur de voir un-vieillard, plu^fou que sage dans son aspect, simplement yétu, couvert de poussière, habit bas, avec un gilet qui n'était pas très propre; de le voir, dis je, plus redouté que tous les sultans du monde.
Eneiïet, comme elles pouvaient le lire dans tous les regards, tout semblait obéir a son moindre signe. Or, accoutumées qu'elles étaient k considérer le sultan comme une sorte de dieu, k le voir, resplendissant de pierreries, se prélasser dans toute la pompe du pouvoir comme un paon impérial (le paon, ce royal oiseau dont la queue est un diadème), elles ne pouvaient se figurer que le pouvoir pût se passer de cet accompagnement.
(EUTBES M LOBD BTROV.
John Johnson, voyant leur embarras 'extrême^ bien que
peu versé dans la sensibilité orientale, leur offrit des consolations Il sa manière; don Juan, beaucoup plus sentimental, jura qu'elles le reverraient à la pointe du jour, ou que toute Tarmée russe s'en repentirait. Chose étrange! elles trouvèrent dans cette assurance quelque consolation, ~ car les femmes aiment Tezagération.
Puis, après beaucoup de larmes, de soupirs^ et quelque» légers baisers, ils se séparèrent pour le moment, — oelleMi' pour attendre, selon que Taitillene porterait juste ou fàxa, œ résultat que lUt sagesT nomment hasard, profidence ou destin — (l'inoertitnde est un des aombieax bieniiyts hypothéqués surlee domaine» de Fluimasilé), tandis que leuis chers amis allaient' s*armer pour brûler une Yilleqm ne leur avait jamais fait de mal.
LXXVIÎ.
SouwarofT, — qui ne voyait les choses qu'en gros, trop grossier lui-même pour les voir en détail; qui ne faisait pas ^us de cas de la vie que d'un fétu, qui ne voyait que du ?ent dans les gémissements d'une ntion en<deuil, et, pourvu que la vietoire lui restât, se se- souciait pas plus de la perte de son armée que la femme et les'iiBis de lob ne s'occm* paient de. ses mam; — > qu'éluoniHie pour la» qie Im san*^ glots de deux finnmes ?
Rien; —cependant PœuTre de gloire se conItnuaîNbmrleB:
préparatifs d'une canonnade aussi terrible que celle d'Ilion,
si Homère avait eu des obusiers sous la main; mais ici, au lieu de tuer le fils de Priam, nous ne pouvons parler que d'escalade, de bombes, de tambours, de fusils, de bastions, de batteries, de baïonnettes, de boulets ; mot& rudes que le gosier délicat de la.Muae a peine à prenoocer;
txxix.
0 toi, éternel Homàra! qni sus charmer toutes les oreilles, et même les plus longues, tous les âges, bien qu'ils soieni ai
courts, uniquement en maniant d'imhras poétique des armes dont les hommes ne féront plus usage, h moins que la poudre ne se montre beaucoup moins meurtrière que ne le souhaitent toutes les cours ai^ourd'hiii liguées pour détruire la jeûné Liberté; mais elles ne trouveront pas dans la Liberté une nouvelle Troie
0 loi, éternel Homère! j'ai maintenant à décrire un siège où plus d'hommes furent immolés avec des engins pins redoutables et par des coups plus prompts que dans la campagne dont tu as rendu compte dans ta gazelle grecque; et cependant je dois reconnaître, comme tout le monde, que vouloir aller de pair avec loi serait aussi insensé h moi qu'à un ruisseau de rivaliser avec l'Océan ; ce qui n'empêche pas que nous auties modernes, aous ne vous égaltonsdans le carnage;
• Sinon en poésie, du moins en fait : et le fait, c'est la vérité, ce grand desideraUim^ dont il faut pourtant retrancher quelque diose, toute fidèle et minutieuse que soit la Muse h décrire chaque acte. Maintenant, la ville va être attaquée; de
grandes. actions se préparent, . — comment les raconterai-je? Âmes des généraux immortels! Pli cbus n'attend plus qfievos défiches pour en colorer ses rayons.
0 vous, grands bulletins de Bonaparte ! ô vous, liste longue et moins pompeuse des lués et des blessés ! ombre de Léonidas, qui combattiez si vaillamment alQn»q|ie ma. pauvre Grèce était, comme aujourd'hui, cernée par ses ennemis! ô Commentaires de César! ombres glorieuses! pour que je n'y perde pas mon latin, conmiuniquez & la Muse une portion des teinta& si belles, si pa,saagèras,.de votre pàlissani crépusculej.
Quand j'appelle a pâlissante » Timmortalité des armes, je
veux dire que chaque sK cle, chaque année, et presque chaque jour, est malheureusement forcé de donner naissance U quelque héros à la mamelle ; lorsque nous venons à calculer
SCS OEUVRES DE LORD DYROIf.
la somme des actes les plus utiles à la félicité humaine, oe héros n'est plus qu'un boucher en grand, qui a su en imposer à de jeunes cervelles.
Médailles, grades, rubans, dentelle, broderie, écarlate, sont choses élcrnellement irihérenles k l'homme immortel, comme la pourpre à la prosliluée de Babylonc ; un uniforme est pour les jeunes gens ce qu'est un évenlail pour les femmes ; il n'est pas de t^oujal en habit rouge qui ne se croie le premier à l'avanl-L'arde de la gloire. Mais la gloire est la gloire; et si vous vouiez savoir ce que c'est,—- demandez-le au pourceau qui voit le vent !
Du moins il le sent^ et quelques-uns disent qu'il le voit^ parce qu'il court devant lui comme un pourceau; ou, si la simplicité de cette phrase vous déplaît, disons qu'il file devant lui conmie un brick, un schooner, ou... — mais il est temps de terminer ce chant, avant que ma Hnse se sente fatiguée. Le suivant donnera un branle k mettre tout le monde en émoi, comme le bourdon d'un clocher de village.
Enlendez-vous, à travers le silence de la nuit froide et lugubre, le mouvement des armées qui forment leurs rangs? Voyez ces masses noires qui se glissent sans bruit, et prennent position le long des remparts assiégés et de la rive hérissée du fleuve armé, tandis que la lueur incertaine des étoiles scintille h travers les sombres vapeurs qui se déroulent en pittoresques flocons. — Bientôt la fùmée de l'enfer les couvrira d'un voile plus épais.
LXXXVIf.
Arrêtons-nous ici pour un moment; imitons cette pause
courte, mais terrible, qui, séparant la vie de la mort, glaça un mstant le cœur de ces hommes, dont plusieurs milliers respiraient leur dernier souffle! Un moment! — et tout redeviendra plein dévie: la niarclie, la cbarce, les cris des deux fois rivales, hourra! et aiiahl — et le moment
ton JUAir. NOTES mi cbant 169
d'après» le cri de mort étouifé dans le mugissemenl de la
bataille.