‹ Œuvres complètes de Lord Byron Don JuanChapitre 67 sur 98 · LU II · texte numérisé non relu

LU II

Ce dernier point, bien que parfois il ne soit pas à dédai-. gner, n'était pas très nécessaire avec elle; car on assure qu'elle avait de la beauté, et qu'elle était douce malgré son «>r faroudie ; elle traitait on ne peut mieux ses favoris. Une fois que mM4mez Iranehi Tenceiake éd aoo boudoir, votre fortune était m aaies boft tvaift paitr t anûer le cœur d'un keome » (cmomt iit sir Gites) : our» tnaîta'clle plonge&t toutes les natioiis dans le veuTage» elle aimait rhonome îndî* Tiduellement.

txnr.

Quelle chose étrange que l'homme ! Quelle plus étrançrc encore que la femme ! Quel tourbillon que sa tête ! Quel abîme profond et dangereux que tout le reste en elle ! Épouse ou veuve, vierge ou mère, sa volonté est aussi variable ({ue le vent : ce qu'eUe & dit ou fait n'est point un garant de ce qu'elle dita aa Jasa : — tout isala^ai tàan \iâia» et pourtant c'est toujours nouveau 1 .

O CatlMriaa) «-^ ta«tca ta infeeôeotîflB^

ai les ék! i'appaxtiaaeaaBi -de dioit« en amour comme en guefffe'-M^nala ainguliars fiqi>ievta unissanl antceellies ces pensées huaaiDeft<qui se heurtent dans leur cours! Les

tienneSy en ce moment, se divisèrent en catégories distinctes : ce qui absorba d'abord toû esprit, ce fut la prise d'ismaël; puis la glorieuse fournée des nouveaux chcvaliersi sièmement^ celui qui t'apportait la dépèche!

LXVU

' Sbakspeare noua . parla du a messager Mercure abattant son vol sur unejnoiikapMqm l»aisa le ciel} » illautccotre que qodquo pensée sambtoUe passa 4an8 l'esprit de Sa Majesté pendant qoe non jeune massaeer était agenouillé dçvanl alla. Il M frai que la. montagne était Inen haute pour

320 CEOVMEB VE LOBB BTBOII.

qu'an lieutenant s'aTcnturàl h la gravir ; mais l'art a su

aplanir jusqu'au sommet du Simplon, et, Dieu aidant» avee la jeunesse et la santé, tous les baisers sont des « baisers du ciel. 9

Sa Majesté baissa les yeux; le jeune homme leva les siens; — si bien qu'ils s'éprirent d'amour : — elle, pour sa figure, sa grâce, et Dieu sait quoi encore, car la coupe de Cupidon enivre à la première gorgée : quintessence de laudanum, (c médecine noire » qui porte sur-le-champ k la tète» sans le vil expédient des rasades à plein Terre; car, en amour, l'œil boit et taiit toutes les sources de la vie (les larmes exceptées) ;

• LXTIII.

Lui, de son côté, s'il n'éprouva pas de l'amour, tomba

dans une passion non moins impérieuse, l'amour-propre, qui fait que lorsque quelqu'un au-dessus de nous, par exemple une cantatrice ou une danseuse à la mode, ou bien une duchesse, une princesse, une impératrice, daigne nous distinguer dans la foule et nous manifester (comme dit Pope) une prédilection vive, bien qu'incQnsid^éèy nous avons de nous-mème la meilleure opinion.

D'ailleurs, Il était à cet âge heureux où toutes les femmes ont pour nous le même âge, — alors que nous nous engageons sans y regarder de si près, intrépides comme Daniel dans la fosse aux. lions, pourvu que nous puissions amortir les feux de notre soleil dans le premier océan venu, et y créer un crépuscule , comme les rayons de Phébus s'éteignent dans Tonde salée, ou plutôt dans le sein de ïhélis.

Et Catherine (nous devons le dire en sa faveur), bien que sanguinaire et hautaine, offrait dans sa passion passagère quelque chose d'extrêmement flatteur; en effet, chacun de ses amants était une sorte de roi, taillé sur un patron d'amour ; un royal époux en tout, sauf Panneau de mariage; et comme ce dernier point est ce qu'il y a de plus diabolique

MH JUAN. CHANT tX. 321

dans l'hymen, il semblait qu'on avait le miel de l'abeille, et point son aiguillon»

Ajoutez à cela sa beauté a son midi , ses yeux bleus ou gris, — ces derniers, quand ils ont de Tàme, sont tout aussi bons et même meilleurs, comme le prouvent les meilleurs exemples : ceux de Napoléon et de Marie, reine d'Ëcosse, assurent k cette couleur une supériorité décidée, consacrée encore par raulorité de Pallas, qui était trop sage pour avoir des yeux noirâ ou bleus; —

Lxxn.

Son doux sourire, sa taille alors majestueuse, son embon*

point, son impériale condescendance, sa préférence accordée a un adolescent sur des hommes'd'une tout autre taille (gaillards qu'eût pensionnés Messaline), ses charmes venus à pomt et dans toute leur vigueur juteuse, avec d'autres extrasdont il est inutile que nous parlions; tous ces avantages, ou même un seul» suftisaient pour flatter la vanité d'un jeune homme.

Lxxin.

Et cela suffit, car ramour n'est que vanHéf il est égoïste depuis le oommenconent jusqu'à la fin, excité lorsqu'il n'est qu'une démence, qu'un esprit de vertige, cherchant à s'identifier avec le néant firagile de la beauté, auquel la passion rattache tout son espoir; c'est pourquoi certains philosophes païens ont fait de l'amour le principe de l'univers.

Outre l'amour platonique, outre l'amour de Dieu, l'amour sentimental, l'amour d'un couple fidèle — (il faut que je rime à tourterelle ; la rime, ce bon vieux bateau à vapeur destiné à remorquer les Ters contre la raison ; — la raison n'a jamais été camarade avec la rime, et s'est toujours beaucoup moins occupée de perfectionner les sons que le sens) ; — outre tous ces préteitda3 amours, il y a ce qu'on nomme ks sens,

txxv.

Ces mouvements qui nous agitent, ce désir du mieux, qui

322 CEUVItES 18 ÏM9 VfMII«

fait que nom aipirons à quiUeriiotM sabloHiîèra pour «Rit

identifier avec une déesse: car telles, SMar QOHfarecKt, sont

tonles les femmes au premier abord. Quel admirable moment! combien singulière est la fièvre qui précède le langoureux désordre de nos sensations! quel curieux procédé pour donner aux âmes leurs vêlements d'argile!

La'pii» mébkt espèce d'amour, c*est l'amour platonique, soit pour commeofieiv aaitpour finir; puis vient celui qu'on peut appeler l'amour canonique, paiee ifua le eleigé l'a pus dans ses attributions ; la troisième espèce à noter dans notre chronique, et qu'on voit flétrir ém tons ta pays da la dirétieBté, c^eal loraque de eliasies motranes, à tara an- Ires liens ajoutent ce ^u'on peut nommer un mariage dé-

Lxxvn.

Fort bien, nous ne poursuivrons pas celte analyse; — il faut que notre histoire s'explique par elle-même. La souveraine se sentit éprise, et Juan on ne peut plus fkJUé de se voir l'objet de son amour ou de sa luxure; ~ les mots une fois écrits, je m puis m'arrèter à les biflér; —or, ces deux choses sont Idlement mêlées h la poasaièie humaine, ^en ■ommanl Tubom on risque de les désigner tontes deux $ mais, dans ces matières, la puissante impératrice de Rwie en agissait comme une simple grisette.

n se fit dans la cour un chuchotement général; chacun parla àToreille de son voisin; les rides des vieilles douairières se crispèrent h celte vue; les jeunes femmes se lancèrent mutuellement des œillades, et, en communiquant leurs observations, on vit soarive maintes lèvres charmantes; mais des larmes de jalousie parurent dans tes yeux attristés de toute Tmée en permanence qui était là rangée.

axxix«

Les ambassadeurs de toutes les puissances demandèrent qui était ce tout nouveau jeune homme qui promettait d'être grand dans quelques heures, ce qui est bien prompt (quoi-

que la vie sdt si courte). Déjà ils voyaient dans son cabinet tomber les roubles en pluie argenlfne et press^ sans compter 1^ décorations et le cadeau de quelques milliers de paysans.

LTXX.

Catherine était géïK^reuse ; — toutes ces femmes-là le sont : Tamour, ce prand ouvreur du cœur et de toutes les voies qui y conduisent de près ou de loin, par en haut ou par en bas, par les barrières h péage petites ou grandes; — Tamour (bien qu'elle eût une maudite passion pour la guerre et ne fût pas la meilleure des épouses, à moins que nous ne donnions ce titre h Glytemnestre, et pourtant peut-être vaut-il mieux que fun des ^ux même que si tous deux traînaient leur chaîne] ;

L'amour avait porté Catherine à faire la fortune de chacun de ses amants; en cela elle difTérait de notre derai-chaste Élisabeth , dont ravarice répugnait à toutes espèces de débours, si l'histoire, celte menteuse fieffée, a dit vrai; et quand il serait aréré que la douleur d'avoir mis à mort uu favori eût abrégé sa vieillesse, sa coquetterie vile el ambiguë, ainsi que sa ladrerie, font bonté . à son sexe et à son rang.

uxxu.

Mais, quuid le lever impérial M teminé, et ^e le cercle fut dissous, tous les amimssadenrs se pressèrent autour du jeune homme , et lui offrirent leurs félicitations; il se vit

aussi effleuré par les robes de soie de ces génies dames qui

se font uni: récréation de spéculer sur les jolies figures, surtout quand elles peuvent conduire à de hauts emplois.

Juan, qui, sans trop savoir pourquoi, se voyait l'objet de l'attention générale, répondit en s'i&clinanl avec grâce, comme s'il fût né pour le métier mhnstériel; quoique modeste, sur son front ouvert la nature avait écrit ; a Homme comme il faut » U pariait peu» mais tm^ours k propos, et les grâces de ses mani^ flottaie&tanlonrdekiicommeles plis d'une bannière.

324 CEtITEES DE LORD BTftON.

Un ordre de Sa Majesté confia noire jeune lieutenant aux soins attentifs des premiers dignitaires de l'État; le monde se montrait pour lui plein de bienveillance (c'est aiifti qu'il en agit quelquefois au premier abord ; la jeunesse ferait bien de se le rappeler); telle aussi se montra miss Protasoff» que ses mystiques fonctions avaient &it surnommer « réprouyeuse» » terme que la muse ne se chargera pas d'expliquer.

txxxv.

Avec elle donc, ainsi que son devoir l'exigeait, Juan se retira. — Je vais en faire autant, jusqu'îi ce que mon Pégase soit las de toucher la terre. Nous venons maintenant d'arriver à une « montagne baisant le ciel ; » elle est si haute, que je sens la tète qui me tourne et mes idées tourbillonner conmie les ailes d'un moulin ; c'est pour mes nerfs et mon oenreau un aYortissement d'aller, avec ma monture , me promener au petit pas dans quelque vert sentier.

Page 1