‹ Œuvres complètes de Lord Byron Don JuanChapitre 78 sur 98 · LXV · texte numérisé non relu

LXV

Car c'est un pays de stupidité eldeba<^sesse, un paysdejournaux et de procès , où un jeune couple du mMe âge ne peut

388 CEOVRES DE LOBD B¥RON«

86 lier d'amitié sans que le moude n'y melte obsUide. Et puis vient le Tulgaiie expédient de ces maudilsdommages et intérêts! Un arrêt douloureux pour ceux qui le provoquent-*

forme un triste complément aux romanesques hommages; sans compter ces agréables harangues des avocats^ et ces dépositions qui divertissent les lecteurs.

Hais c'est un piège oii ne tombent que des débutantes inexpérimentées; un léger vemis d'hypocrisie a sauvé la réputation d'innombrables pécheresses de haut parage, les plus charmantes oligarques de notre gynocratie; on peut les voir à tous les bals et à tous les dtners, parmi les plus fiers de noire aristocratie, tant elles sont aimables, gracieuses, charitables et chastes, et tout cela, parce qu'elles ont du tact en même temps que du goût.

Juan, qui n'était pas dans la classe des novices, avait encore une autre sauvegarde : il était dégoûté, ce n'est pas dégoûté que je veux dire; mais enfin il avait déjà pris une telle dose d'amour bien conditionné, que son cœur était devenu moins facile a émouvoir : — voiik tout ce que j'ai voulu dire, sans avoir le moins du monde l'intention de déprécier l'île aux blancs rochers, aux blanches épaules, aux yeux bleus, aux bas plus bleus encore; la terre des dîmes, des impôts, des créanciers, et des portes à deux coups de marteau.

Mais jeunes, après avoir vécu au milieu de spectacles et de contrées romanesques, où c'est la mort et non un procès que la passion doit affronter, et où la passion elle-même tient du délire, don Juan, transporté dans un pays où l'amour n'est guire qu'une affaire démode, lui trouvait un caractère moitié pédantesque, moitié mercantile, quelque estime qu'il pût avoir d'ailleurs pour cette morale nation : en oatre (hélas ! excusez et plaignez son manque de goût! ), il ne trouva pas d'abord les femmes jolies.

DON Jt'AN. CHANT XII.

Je dis (Tahord, — car il reconnut à la fin, mais par degrés, qu'elles l'emportent de beaucoup sur les beautés plus brillanles nées sous l'influence de l'étoile d'Orient : nouvelle preuve que nous ne devons pas juger k la légère ; et pourtant ce n'était pas faute d'expérience qu*il manquait de goût; ^ la vérité est, si les hommes voulaient en convenir, que les nouveautés phisitU moins qu'elles ne frappent.

LTX,

Bien que j'aie voyagé, je n'ai jamais eu le bonheur de remonler ces fleuves insaisissables de l'Afrique, le ISil ou le Niger, jusqu'à l'inabordable Tombouctou, lieux où la géographie ne trouve personne qui veuille lui olTrir une carte exacte et fidèle : — car l'Europe trace en Afrique son sillon, €omme un bœuf paresseux ; mais si j'avais été à Tombouctou, on m'y aurait sans doute affirmé que le noir est la couleur de la beaulé.

Gela est en effet, le ne jurerai pas que le noir est blanc; mais je soupçonne fort qu'effectivement le blanc est noir, et que ce n'est qu'une question d'optique. Interrogez un aveugle, qui est le meilleur juge en cette matière. Vous attaquerez peut-être cette nouvelle proposition;— -mais j'ai raison; ou, si j'ai tort, je ne me rendrai qu'à bon escient. Il n'est pour l'aveugle ni nuit ni aurore; mais pour lui tout est noir j et vous, que voyez-vous? une douteuse étincelle.

Mais voilà, que je retombe dans la métaphysique, ce labyrinthe dontla clef est de la même nature que tous ces remèdes pour la guérisonde la phthisie hectique, ces papillons de nuit voltigeant autour d'une flamme expirante. Cette réflexion me ramène au physique pur et simple, et aux charmes d'une l»eauté étrangère, comparée à ces perles transparentes et précieuses, véritables étés polaires, tout «o2et7, et quelques-unes de glace.

Ou plutôt, disons que ce sont de vertueuses sirènes, fem-

390 CEUVRES DE LORD BTRO>.

mes jusqu'à la ceinture» poissons pour tout le reste ; — non qu'il ne s*en trouve un certain nombre qui aient pour leur volonté un respect fort honnête; pareilles aux Russes, qui, au sortir d'un bain chaud» se précipitent dans kneige, elles sont vertueusfss au fond, alors même qu'elles sont- vicieuses; elles s'échauffent dans d'imprudents écarts, mais ont toujours soin tle tenir eu réserve le remords, pour s'y plonger au besoin.

Mais cela n'a rien de commun avec leur extérieur. Je disais donc qu'au premier abord, Juan ne les avait pas trouvées jolies; car ime 'belle Anglaise cache la moitié de ses attraits, — sans doute par pitié; elle aime mieux -se glisser paisiblement dans votre cœur que de 'le prendre d'assaut comme on s'empare d'une ville ;*maîs une 'fois qu'elle est dans la place (si vous en doutez, essajez^en, je vous prie), elle la garde pour vous en fidèle alliée.

Elle n'a priint la démarche du coursier arabe, ou de la jeune Andaluuse qui revient de la messe; elle n'a point dans sa mise la irràeo des Franeaiscs, et la flamme de l'Ausouie ne brûle point dans son regard; sa voix, bien que douce, n'est point propre à gazouiller ces airs de brtwuras que j'apprends encore k aimer, quoique j'aie passé sept ans en Italie, et que J'aie une ordlle qui me -serve asseï bien); —

Elle ne saurait faire ces choses, non plus qu'une ou deux

autres, avec celte aisance et ce piquant qui plaisent tant,

pour donner au diable son dù; elle est un peu plus avare de ses sourires, et ne termine pas tout dans une entrevue (chose très louable, et qui économise le temps et les Iracas); — mais, quoique le terrain exige du temps et des soins, bien cultivé, il vous paiera avec usure.

Et, en effet, s'il lui arrive de s'éprendre d'une grande passion, je vous assure que c'est une chose fort sérieuse;

neuf fois sur dix ce sera caprice, ïnodc, coquetterie, enYie de inrimer, orgueil d'un enfant tout «fier de sa ceinUite neuve/ott désir de fiiiie saigner ie'oœur d'oae rîTale; mais la dixième fois sera un ouragan, car dans ce cas il n'est rien dont ces dames ne soient capables.

cxxvtti.

La raison en évidente : s'il surrient un ^clat, elles ont

le sort des parias, et sont immédiatement d<''sliérilées de leur casle; et lorsque la loi, dans sa susceplibililé, a rempli les joiirnauv de mille commentaires, la sociôlé, celte porcelaine sans défaut (l'hypocrite!), les bannit comme Marius, et les eUToie s^sseoir sur les ruiAes de leur faute; car la répntation eftt une Cartilage qu'on ne'rebàtit ^de «it6t.

Peni-élre doit-il en être ainsi ; — c^est le commentaifo de ce passage de rÉrangile : « *Ne péchez plus, et que vos péeliésTOtts soient parddiiiiés; »*«^-mais, à cet égard, je laisse les saints solder entre eux leurs comptes. A l'étranger, quoique assurément on ail grand torl, une femme qui a failli trouve une poric plus large'pour revenir à la Vertu, — comme on appelle reiUî dame, qui devrait être ioiyours au logis pour tout le monde.

Pour moi, je laisse la question où je la trouve, sachant qu*nne vertu si susceptible-n^altoutit qu'à donner aux gens milleifois plos d'indifférence pour ëUe, et qu'à les reftdie •beaucoup moins effrayés du péeiiéen lut^mème ^ne de sa pnMicilé. Quant à la ehaslttt, tomes les lois'commentéas par les «plus Yigounutt légistes ne l'eaeàaliietont jasmîs; elles ne fbnt qu'aggrater le crime qu*eltes n'ont pu empêcher, en poussant dans le désespoir celles qui^^peut-être, se seraient repenties.

Bfais Juan n'était pas casuiste, et n'avait point médité les leçons morales du genre humain; d'ailleurs, sur plusieurs centaines qu'il avait vues, il n'avait pas rencontré une seirie dame complètement à son foût. Il é4ait<un peu Uasé;

— il ne faut pas s'étonner que son cœur fût maintenant plus difficile à entamer j ses succès passés ne l'avaient pas rendu plus vain, mais sa sensibilité avait indubitablement diminué.

LZXXII.

Ajoutez à cela que divers objets, nouveaux pour lui, avaient distrait son attention : il avait visité le parlement et maint autre lieu ; il avait assisté, sous la galerie aux dé- .bats de cette chambre des communes, où fiilminaient (elles

ne fulminent plus) des voix éloquentes, alors que le monde étonné fixait ses regards sur ces lumières du Nord, dont l'éclat s'étendait jusqu'aux lieux où broute le taureau portemusc^^; il avait aussi, de temps a autre, pris place derrière le irune mais Gre^^^ n'était pas encore, et Ghatam n'était plus*^

Toutefois, il vit à la clôture de la session ce spectacle majestueux, quand la nation est vraiment libre, le spectacle . d'un roi assis sur un tréne constitutionnel, le plus glorieux

de tous, vérité ignorée des despotes, — jusqu'au jour où les progrès de la liberté auront complété leur éducation Ce qui, dans ce spectacle, frappe de respect les yeux et le cœur, ce n'est pas la splendeur toute seule, — c'est la coniiance du peuple.

Il vit aussi (quel qu'il puisse être aujourd'hui) un prince, alors le prince des princes*', riche d'espérance, h la fleur de l'âge; il y avait jusque dans son salut une fascination magique; bien que le signe de la royauté fût écrit sur son front, il avait alors le mérite, rare dans tout pays, d'être, de la téte aux pieds, et sans mélange de fatuité, un gentleman accompli.

Et Juan fut reçu, comme je l'ai dit, dans la meilleure société; alors il lui advint ce qui, je le crains, n'arrive que trop souvent, quelque posé et débonnaire qu'on soit : — ses talents, son humeur agréable, son air si parfaitement dislin-

DON lUAN. CHANT XII. 393

gué, Tcxposèrent naturellement k des tentations, bien qu'il en évitât lui-même 1 occasion.

Mais quoi, où, avec qui, quand et pourquoi, ce n*est pas chose qui puisse se dire k la hàle ; et comme j'ai un but moral (quoi qu'on en dise), il est probable que les yeux de pas un de mes lecteurs ne resteront à sec ; j*aUaquerai leur sensibilité jusque dans ses derniers retrandiements, et j'élè- ¥eraî, dans le pathétique, un monument colossal comparable à celui que le fils de Philippe se proposait d'ériger avec le mont Âth<fô*'.

tXXXVII.

Ici finit le douzième chant de notre introduction. Quand le corps du poëme sera commencé, vous lui trouverez une forme toute difTérente de ce qu'on prétend qu'il sera quand je l'aurai terminé j le plan se mûrit encore; je ne puis, lecteur, vous obliger à lire ; c'est votre affaire, non la mienne : un homme qui se respecte ne doit ni rechercher le dédain» ni le craindre.

LXXZVIII.

Et si mon tonnée îeÀi long feu, rappelez-YOUs, lecteur» que je tous ai d^à donné la plus terrible des tempêtes et la bataille la mieux conditionnée qu'on ait jamais brassée à l'aide des éléments et du sang, sans compter le plus sublime des... — Dieu sait quoi encore; un usurier n'en saurait exiger davantage. — Mais mon meilleur chant, après celui qui traitera de l'astronomie^ sera consacré à a Téconomie politique. A

C'est par là maintenant qu'on monte à la popularité; au jourd'hui qu'il reste h peme un échalas à la haie publique» enseigner au peuple le meilleur moyen de hi franchir est devenu un acte de charité patriotique; mon filon (mais je le tiens secret, ne fût-ce q^e pour me singulariser) sera très oertainement goûté. ISn. attendant» lisez tous les écrits des amortisseurs de la dette nationale» et dites-moi ce que tous pensez de nos grands penseurs.

394 (IIJVai6 BC UN» BVBOll.

NOTES BU CHANT BOfJZlÈnB.

mil

I Les chants XII, XUletXlVptroraiilàLoiidrwtDiiOfWiU^

s Les DcscamiMdos.

9 La Chine.

* Die and endow a collège, or a cat. ' POf B.

• V«fftde Wtittr Seolttea £i.X<ilite'IMMfM. *lIotâeToiiog.

V Merveilleux, incroyables, dandys par «xeeUence. N. du Trad,

8 Paulo majora canamus. — Virc, Eg. N. du Trad.

8 Allusion à VHttlotredu moyen dje, par Hallam. M'dWTféd,

>0 La saison des soirées ei des bals. N. du Trad.

II Misiery monsieur. Le titre d'/ionorabZe se donne aux cadets des fa* milles nobles. Pf. du Trad,

is TantttnèanimiseœlsstilMttrs! Tiio.

ttfiiiitkftsld«st, 'à LsDdres, ieisaiieliéaiKrlMMlattfflD ytoltanssl qoelqucrois des hommes du peuple mettre leur femme en Tente. CtsI «M sorto tic divorce économique, contre lequel la loi sévit, et non un usaga "consacre, comme quelques étrangers affectent de le croire. A", du Trad.

** Le mémo sentiment qui fait désirer au peuple français de conserver les tableaux et les statues des autres nations, ftûfc natarellement désirer ans antres» natSaos ie.Matrer en posssaaion de -leose biens, aajonrdlmi que ta victoire a^est dédarâe poor ellea. Dana non opinion, non aenlement il serait injuste qne les souveraine alliés gratifiassent la France de ce qui ne lui appartient pas, mais la mesure serait impolitique, en ce qu'elle ferait perdre Toccasion de donaerà la.franoe «tM grands if(Of» morale. Wellington, Paris, 4815.

iB Enfin, partout la bonne société règle tout. Voltaire. Formule sacramentelle dea tories. On aalt que le roi d'Angleterre elt,twtà'telbta,eliefspiritnei et pelltiqiie» ioc'ienans éaiaeonatitiitien. N.Aifnid.

t^A.laChaBBbBadeaGommunes,tdfQblioesliiMia4anwuie galerie snpérieure. C'est sous cette galerie, et consdquemment dans l'enceinte législative mcmo, que sont admis les étrangers de distinction. N. du Trad.

18 Voyez le Voyage de Parry à la recherche d'un passage par la mer du Nord.

19 C'est à le.ChambM dea .Larde qœ t» eeaafens #<Nment et en eloaent par le roi en personne. Le trône y reate en permanencOb Gîest der> riftre ce trône qne prennent place quelques apeetatenrs prUilégiés.

N.^ Trad.

so Charles, second comte Grey, entra à la Chambre des Pairs en 1807.

SI William Pitt, premier comte de Chatam, mourut en mai 4778, aprôs avoir Clé transporte, mourant, hors de la Chambre des Lords, où il venait de prononcer un remarquable discours sur la guerre d'Amérique.

"S* ia nature Ini emit prodigué tona aea dona : n1M>le jusqu'à la famtU»riié, gai, bienTeUlant,inatmit»il était pfelMblemitrteBiaUiériiier royal.

DON niAN. CVAlfT xin.

en Eoropet capable de lire dans lenr propre langue les hietorleiia gvees et rattains^-sabeane était «ifirte à teulea les.infiBrtniieset ne Ait Jamais

fermée pour le talent.

*8 Un sculpteur offrit à Alexandre de tailler le mont Athos en une statu qui tiendrait dans une de ses mains une ville, et une ri>ière dans l'autre. Mais Alexandre est mort, et le mont Atiios ne tanierapasy je reapdre» % voir k ses pieds un peuple libre.

CHANT TAËIZIËIIË.

Blaintenant j*entencls ^tre çrrave; — il le faut bien, puisque de nos jours on trouve le rire trop sérieux. Une plaisanterie de la vertu contre le vice est réputée crime, et considérée comme dangereuse par la critique; d'ailleurs, le trisle est une source de sublime, bien qu'un peu fatigant quand il se prolonge ; mon poume va donc prendre un essor imposant et -ftoleiiBdy raine.imnâen Hn^Téiluit à ime

•Ledy Aiélioe AmtuuleYille (c'est un momnonMuidiqiie pMnrent rotfouvtr dans lestgènéahigfeB ctox vpii explorent les éemicrs^dumpi de eestemin folfaique) était deihaat

lignage, riche par le testament de son pèfë, «et Mie «même

en celle île où les beautés abondent, dans celte Angleterre, — re^:^ardée avec raison, par les patriotes, comme le sol qui produit ce qu'il y a mieux en corps et en âmes.

Je n'irai pas à Rencontre; ce n'est pas mon affaire; je fausse èr ces gens Itmr goût, sans nul doute excellent; des yeux sont des yei»; peu impotte ([u'iis aoîeBl noirs ou bleuS) poum qu'ils fsnetlomianft; c'est ^sottise cpe de disputer sur la couleur; — les plus tendres sont les meilleu». Le beau sexe doit toujours dtie beau ; et nul homme, avant la trentaine, ne doit supposer qu'il y ait an monde une seule femme laide.

odC CCGTRES DE LOED BTHOIf

Et après celte époque tranquille et fiant soit peu insipide,

cet oniiuycux passage a des jours plus calmes où notre lune * n'est plus dans éon plein, nous pouvons nous aventurer à critiquer ou îi louer; car Tinditrérence commence k endormir nos passions, et nous marchons dans les voies de la sagesse; et puis, notre tournure et notre visage nous avertissent qu'il est temps de céder la place aux jeunes.

n en esty je le sais, qui voudraient reculer cette époque^ résignant à regret leur poste, comme tous les gens on place : mais c'est pure chimère de leur part, car ils ont passé Téquateur de la vie ; il leur reste encore le bordeaux et le madère pour arroser la sécheresse du déclin ; ils ont aussi pour se consoler les meetings de comté, et le parlement, et les délies, et que sais-je encore ?

N*ont-ils pas la religion, la réforme, la paix, la guerre , les impôts, et ce qu'on appelle la a nation, » la lutte, a qui dirigera dans l'orage le vaisseau de TËtat, les spéculations agricoles et linancières? N'ont-ils pas, pour se tenir en ha* leine» les joies d'une mutaelle haine, substiuit de l'amour, qui n'est qu'une hallucination? Or, la haine est de beaucoup le plus durable des i^aisirs : on se presse d'aimer, on se déteste à loisir.

Ce bourru de Johnson, ce grand moraliste, déclarait ouvertement a qu'il aimait un franc haïsseur*; » — c'est la seule vérité dont on ait fait l'aveu depuis mille ans et plus. Peut-être n'était-ce qu'une plaisanterie de ce vieillard accompli; — pour moi, je ne suis qu'un simple spectateui et je porte mes regards partout où il y a des palais et des chaumières, à peu près à la manière du M^histophélès de Goêthe*.

Mais je ne mets d^excès ni dans l'amour ni dans la haine, quoiqu'il n'en ait pas toqjours été ainsi. Si je raille parfois

non JUAN. CHANT XIII. 397

c*est parée que je ne puis guère m'en empêcher , et que de

temps à autre mon vers s*en accommode. Je ne demanderais pas mieux que de redresser les torts des hommes, et au lieu de punir les crimes , je préférerais les réprimer, si Cervantes, dans sa trop véridique histoire dQ DonQuichoUe, n'avait démontré i'inuiililé de tels eiTorts.

De toutes les histoires c*est la plus triste, — d'autant plus triste qu'elle vous fait sourire; son héros est dans le vrai, et suit le droit chemin:— dompter les méchants» voitit son but unique ; combattre à forces inégales» voilà sa récompense; c*tet sa vertu qui constitue sa folie. Mais c'est un douloureux spectacle que celui de ses aventures : —et plus douloureuse encore est la moralité enseignée èt tout ce qui pense, par cette épopée si vraie.

Redresser les torts, venger les opprimés, secourir la beauté , exterminer la félonie, lutter seul contre la force coalisée, affranchir du joug étranger les peuples sans défense, — hélas ! faul-il donc que de nobles vues soient, comme de vieilles ballades, destinées seulement à foumur matière aux plaisirs de Timagination, une plaisanterie, une énigme, un moyen comme im autre d'arriver h la gloire? Socrate lui-même ne serait-il donc que le don QuichoUe de la sagesse?

Cervantes tua par le ridicule la chevalerie espagnole il suffit de son rire pour abattre le bras droit de sa pairie ; — a compter de ce jour, les héros en Espagne ont été rares. Placé sous le charme de l'enthousiasme chevaleresque, le monde faisait place a sa brillante phalange ; l'œuvre de Cervantes a donc été funeste, et la ruine de la patrie a chèrement payé la gloire de l'écrivain

Me voilà encore dms mes vieilles lunes *, — les digres* sions, et j'oublie lady Àdeline AmuUdevilIe, la plus fatale

beauté que Juan eût jamais rencontrée, bien qu'il n'y eût

en elle ni méchancelc ni mauvaise intention ; mais la Destinée et la Passion tendirent le piège (notre volonté trouve dans la .destinée une excellente excuse ), et ils y furent pris ; qve ne prennenUelles pas? mais je. ne suis p^ un Œdipe» et o^est un éSpjitnx que Ja.vie,

Xlfl.

Je raconte la chose comme elle m'a été racontée, et je ne

me permets pas de hasarder ime solution; « Davus sum^l » Uevenons maintenant au couple en question. La charmante Adeline, au milieu du gai bourdonnement du monde, était la reine abeille, le miroir de tout ce qu'il y a de beau; ses cbarmes faisaient parier tous les hommes^ et rendaient muettes tojites .les femmes. Cette dernière circonstance, est UAJniracle«^.étaU.e8iiinée teUe^,ilne &'«st lyis. renouvelé depuis.

Elle, était.chaite jjisqu'à. désespiSrer l!envie, et mariée à uaiiomme qu'elle. aimaittfort; homme connu dans les conseils de la mition,. froid et tout à fait Anglais, imperturbable, bien qu'il sût ai^ir avec vigueur dans roccasioji, lier de lui-même et de sa femme; le monde ne pouvait riuii articuler contre eux , et tous deux paraissaient-tEammiiies,.—- elle. dADâ.sa Yerta,4tù4ajis saiiauieur.

XF.

Il advint que des matières diplomatiques » des relations d*affaires le mirent fréquemment en rapport avec don Jiian, . dans^rexerricerift lenoufonctions respectives. Bionique réservé, et petL. sujet À .se laisser prenidre k. des. dehors spécieuXy la jeunesse de Juan, sa patience, ses talents^ firent impression sur, cet esprit altier, et jetèrent la base de cette estime qui finit par rendre lesiiommes amis, comme on dit en st^ le courtois.

Lord Henry, aussi circonspect qu'on pouvait l'attendre de sa réserve etiie son orgueil, était lent . k ju^ les hommes; •^mais son jugemoit une foisportésuriu ami ou un ennemi, qu'il fut juste. 041 iiyusle, avait toute Topiniàtr^de l'orteil.

dont l« flo(diiip6neBziie ooBiMdt point dojrefiux» et ne siiiti dans sa haine, comme dans son amour, d'autre guide quela loi de son bon plaisir.

Aussi ses amitiés et ses aversions, bien que souvent fondées», ce qui le oosLÛrmail eiieorej davantage dans ses préoccupa** • lions, étaient irnévoeablestcomm leftieis deaDersaas et des Mèdse» U tùKmi paa-daniMS!8eiHimeiilsoBB ^étimq^aeoèa dia4kflèoliens43oiniaiiDea>qitt}fM^ déplen ea dont on démit jm^ ose iiileimttteBoee4eliêîâeftde lièvre tierce qui constitue la maladie de Testime publique.

XVIIÏ.

«Il n'est pas donné aux mortels décommander le succès^; Fais fJsiiWî, Sempronius, 7»e le mérite pas ^ » et, orois^oiai» tu n'eu ^araa-pastpowrcek plus jnal partagé. Sois eircen»pect, ^pie.lei mement propice , et mets-le toi^ours pi^t; cède^doimmentf^iuuidlaivrefisioAiestto^ pour, cocqui est de U.ceBett«ne0|.iWrcîuis;seBleBeBtèiragueirir;: car, cûmm on cheval,de eouise oniia bMeur quiis'exeroe» couYenablement préparée, elle mtnok à ftwe.d» gEaadiflfr forts sans fatigue.

Lord Mmy^ aiBiait.aussi a {primer} il en est.de même de^ tous les hoBUDMS». leaipetits comme les^grandaj les plus ehétits-trouTent^fiQcoieunjinférieuryils leftensentdumoins, sur lequel ila^exercenl leur domination; car rien n'est.plus lourd à. porter que TnigueU solitaire; c'est, un poids acca* blant/dont oa aime généreusement à se décharger sur les autres, tout en continuant soi-même à faire route h cheval.

I/égal de Juan par la naissance, le rang:et la fortune, il ne pouvait réclamer aufiune prééminence; il a?att sur lui la supérioffité de l'Age,. et aussi «de la patrie, comme il lei croyait, parce que les-tes BrelOM^OBt la liberté de la ' langue et de la.plume, liberté à laquelle visem toutes les nations modernes ; et lord Ueury était ua grand orateur, el

400 OBUTMS DB LOI» BTfiOll.

peu de membres de la chambre prolongeaient plus tard lea débats.

XKI.

C'étaient là des avantages; et puis il pensait, — c'était son faible, et il n'y avait pas grand mal h cela, — il pensait être mieux que personne au fait des mystères de cour, attendu qu'il avait été minislie; il aimait k enseigner ce qu'il avait appris; il brillait surtout quand la politique Tenait h s'échauffer; en un mot, il réunissait toutes les qualités qui parent l'homme, patriote toujours, homme en place quel* quefois.

Il aimait pour sa gravité le gentil Espagnol ; peu s'en fallait qu'il ne l'honor&t pour sa docilité, parce que, quoiquejeune, il acquiesçait avec douceur, ou contredisait avec une noble humilité. Il connaissait le monde, et ne voyait aucune dépravation dans des &utes qui ne sont le plus souvent que l'indice de la fertilité du sol, pourvu toutefois que les mauvaises herbes ne dqjassent pas la première récolte, — car alors elles sont bien difficiles à extirper.

Et puis ils parlaient ensemble de Madrid, de Gonstantinople, et autres lieux lointains où les gens font ce qu'on leur ordonne, ou font ce qu'ils ne devraient pas, avec une grâce étrangère. Ils parlaient aussi de chevaux; Henry,

comme la plupart des Anglais, Olait bon cavalier et grand amateur des courses de chevaux; Juan, en vrai Andalou qu'il était, savait conduire un cheval comme les despotes un Russe.

Ainsi s'accrut leur intimité dans les raouis de la nMiMe, aux dîners diplomatiques, ou h d'autres encore ; — car Juan; comme un îthte de haut grade dans la franc-maçonnerie, était bien avec les ministériels mtranU et sorku^*. Sur ses talents, Henry n'avait aucun doute ; ses manières révélaient en lui le ûls d'une noble mère , et on aime h faire preuve

d'hospitalité envers celui dont l'édacation marche de pair avec sa Gondition.

XXY.

Au square trois étoiles... — car ce serait \ioler les règles que de nommer les rues : les hommes sont si niOdisants , 81 portés k semer de rivraie dans le bon grain d'un auteur, si empressés de trouver des allusions particulières et peu honorables auxquelles on ne pensait pas, dans des affaires d'amour qui ont été, sont, ou doivent être un jour notoires! e*est ce qui fSait que je prends la précaution de déclarer que l'hétel de lord Henry était situé dans le square trois étoiles.

Il est encore une autre raison pieuse qui me fait garder Fanonyme au sujet des squares et des rues : il ne se passe guère d'hiver qui ne voie une trahison domestique frapper au cœur quelque grande maison ; sorte de sujets que la médisance se platt à mettre sur le tapis : or, à moins de connaître d'avance les squares \e$ plus chastes, il pourrait m'ar^ river, par mégarde» de tomber sur Tune de ces résidences funestes.

11 est vrai que je puis choisir Piccadilly, endroit où les peccadilles sont inconnues; mais, sages ou soUes, j'ai mes raisons pour laisser là ce sanctuaire de pureté. Je ne veux donc désigner nominativement square, rue ni place, jusqu'èi ce que j'aie trouvé im lieu ou il ne se soit rien passé de déshonnête, un vrai temple virginal de Tinnoc^ce du cœur; tels sont... — mais j'ai perdu la carte de Londres.

Or donc, à l'hôtel de lord Henry, au square trois étoiles, Juan était le bienvenu, et très reclierché, comme l'étaient aussi maints rejetons de nobles souches, et d'autres qui n'avaient pour titre de noblesse que le talent, ou la richesse, qui est partout un excellent passe-port, ou seulement la mode, qui est effectivement la meilleure des recommanda-

402 CEUVfiEfi I»E LOftD BYBON.

fions : mà» qa'iMaiMeceoiRielite Peiiq^orte fort souveiH 8ur loui le resle.

Et puisque a il y a sûreté dans une multitude de conseillers, » comme dit gravement Salomon, ou comme on le lui fait dire; — en effet, nous en voyons journellement la preuve dans les sénats, au barreau, dans les luttes de la parole, l^ioiil OÙ pfittt se dô|)lo^ la sagesse colleolive; el c'ist aussi la seule cause qu'on puisse doxHiQr4ed'€puleMie6i4e la lâUoilé4Kl»eUe de la aDde-BreUigne; —

xsx.

Si donc, « pour les hommes, il y a salut dans le nombre des conseillers, » — de mc*me, pour le beau sexe, une société nombreuse empêche la vertu de s'endormir; ou si elle vient à chanceler, elle se trouvera embarrassée par la diiliculté de faire on cboix^ — la vanétéfDéine deviendra un obstacle, âu miUea 4*un grand nonabre d'écoeik, «oas Tedcmblons depréeatftio» contre lenaiifiNige; il en est ainsi des feni- WBs : dût i^anour-pieffe de fpieXif&obwnb â^tatkSénser» Il j a sûreté dans une fbulo'de fids.

Biais Adeline n'avait pas le moins du monde besoin d'un tel bouclier, qui ne laisse que bien peu de mérite à la vertu proprwent dite, ou k la bonne éducation. Sa principale iessonrce était dans sa noble fierté, qtxi appréciait le genre kmnain à sa valeur; quant h, la coquetterie, elle dédaignait d'en faire usage. Sûre de Tadmiration qni renUnirait» elle n'en ét«t que faiblement émue^ c'était pour elle une possession de tous les jours.

Envers tous elle était polie sans affectation; à quelquesuns elle témoignait cette attention qui flatte, de cette fla^ lerie qui ne peut laisser après ^ de traces dont une épouse on une vierge ait à rougir; douce et généreuse courtoisie envers le mérite réel ou supposé, ne fûfr-ce que pour coih soler l'homme illustre des ennuis de niiustration.

DON lUAK. COANT Xttt, 403

•QfA esfiOfisHflflisIe» tapiHMrtB, \'pm d^eït»0ms près, un triste et ennnyéiDe Apanage. -Ct^ntismplez les ombrer âe

ces hommes distingués qui furent ou sont encore les marioniicUes de la gloire, la gloire tic la persécution; contemplez ensuile les plus favorisés : à travers l'auréole dont le soleil couchant entoure ces fronts couronnC's de launors» cpie recoBBftiiwftK-voM ? — - «tu fiu«ige iioré.

XSK1V-.

Comme 4e raison, il y «vak aussi ^ dans les manières d'AMiae^ iMlte itoNtoBse ealme ^ toute |»atricidiiie> 'qui» dans l'expression des sentiments de la nature, ae dépasse jamais la ligne équinoziale. <G'€st ainsi qu'un mandarin ne trouve rien de beau; *— du moins, sen air ne laisse pas deviner que rien de ce qu'il voit puisse beaucoup lui plaire. Peut-être aYuûs-nuUs» emprunté cela aux Chinois, —

On peut-cire h Horace; son a Nil admirari » était ce qti'il appelait « l'art d'être heureux; » art sur lequel les artistes ne sont pas d'accord, et qui n*a pas fait, entre leurs mains, de très grands progrès. Cependant, il est bon d'être prudent ; certes, TindiiTérence ne saurait rendre malheureux, et, dans la bonne société, un fol enthousiasme n'est qu'une ivresse morale.

Hais Âdeline n'ëlail pas indlïfl'éren'te ; car (un lieu commun maintenant ) , de même que sous la neige le volcan

couve dans sou sein une lave brûlante, — et cœtcra! Continuerai-jc? — non! je déleste de courir après nne métaphore usée; laissons donc la le volcan si souvent mis eu réquisition. Pauvre volcan ! combien de lois, moi cl d'autres, nous l'avons attisé jusqu'à ce que sa fumée nous étouHàl !

XXXVIt.

J'ai une autre comparaison à votre service : — que vous lemble d'une bouteille de champagne?Le firoid l'a oongclée en une glace vineuse qui n'a laissé intactes que qudques gouttes de la rosée immortelle -, cependant, au centre même.

404 Oeuvres de lord byron.

il reste encore un verre d'un liquide inestimable , le plus énergique qu'ait jamais exprimé, dans sa maturité la plus luxuriante, la grappe la plus généreuse.

xxxvtn.

C'est tout l'esprit de la liqueur, réduit h sa quintessence; c'est ainsi que les physionomies les plus froides peuvent, sous un aspect glacial , receler un secret nectar. Le nombre de ces personnes est grand ; — mais je n'ai en Yue que celle à propos de laquelle je déduis maintenant ces leçons morales, qui ont toujours été dans le domaine de la Muse. Les personnes firoides sont inappréciables une fois qu'on a brisé leur glace maudite.

C'est une sorte de passage du nord-ouest pour pénétrer dans l'inde brûlante de l'âme; et, de même que les habiles navigateurs chargés de cette mission n'ont point encore exploré le pôle d'une manière exacte (bien que les efforts de Pany soient d'un heureux augure), de même on court risque d'édiouer ; car si le péle est fermé, ou gelé ( et la chose n'est pas impossible), c'est un voyage ou un vaisseau de perdu.

Les jeunes novices feront bien de commencer par croiser paisiblement sur l'océan de la femme; quant à ceux qui n'en sont pas à leur début, ils doivent avoir le bon sens de gagner le port avant que le Temps, avec son gris pavillon, ne leur fasse le signal d'amener, avant que nous ne déclinions le prétérit, le lugubre « /Utmus, » de toutes les dioses de ce monde, pendant que Jious dévidons le iil fragile de la vie» entre notre héritier qui bAille et la goutte qui nous ronge.

Mais il faut que le ciel s'amuse^; ses amusements sont parfois, il est vrai, un peu cruels; — mais n'importe : le monde, au total, mérite qu'on dise de lui (ne fût-ce que par manière de consolation) que tout y ^st pour le mieux. La maudite doctrine des Persans, celle des deux principes, laisse

1K>N IDAM. CHANT XUf. 405

après elle plus de doutes qu'aucune autre doetrine qui ait

jamais embarrassé ou l^rannisé la foi.

L'hifer anglais»— se terminant en juillet pour recommencer en août, — > Tenait de finir. A cette époque» paradis des postillons» les roues tourbillonnent» les routes soiit sillonnées dans toutes les directions» à. l'est» au sud» au nord» It l'ouest. Mais qui plaint les choTaux de poste? LÎiomme s'apitoie sur lui-même, ou sur son fils, pourvu, toutefois, qu'au collège le susdit dis n'ait pas fait plus provision de dettes que de science.

L'hiver de Londres finit en juillet» — quelquefois un peu plus tard. En ceci je ne me trompe pas ; quelques autres méprises que l'on mette sur mon compte» je dois ici donner à ma muse un brevet de météorologie; car le parlement est notre baromètre. Que les radicaux s'attaquent tant qu'ils voudront à ses autres actes» il n'en est pas moins vrai que ses sessicms forment notre unique almanach.

Quand son vif-argent descend à zéro, — voyez partout en mouvemoLt carrosses» chariots» bagages» équipages! Les loues volent du palais de Carlton-Soho*; heureux ceux qui peuvent obtenir des chevaux! Les barrières sont obscurcies par des torrents de poussière; Rotten Row est veuf de la brillante chevalerie de notre âge; et les fournisseurs» avec de longs mémoires et des figures plus allongées encore, soupirent en voyant des postillons se succéder comme l'éclair.

Eux et leurs mémoires» arcadicns au même titre sont renvoyés aux calendes grecques d'une autre session. Héhis]! privés de l'argent comptant qu'ils attendaient» quel espoir leur reste? La possession complète de l'espoir, ou un billet généreux accordé par grâce à longue échéance, — jusqu'à ce qu'ils le fassent renouveler» — puis escomplé avec une

406 CEUVRC8 DE LORO 9YR0N.

perte plus ou i^oiu;» ^mUe^ ajoutez-^ la coQSoUUioa d'avoir surfail.

Mais ce sont bagalcllos. Assis dans son carrosse auprès de miiady, milord salue d'un signe de tôle et part au grand galop. Fouette, cocher! « Des relais ! » s'écrie-t-on de toutes parts; et les chevaux sont changés aussi promptement (^ue les cœurs après le mariage ; l'Obséquieux aubergiste a rendu la monnaie; les postillons ont reçu un bon pour-boire; mais avant que tes roues arrosées recommençât à rouler en sifflant, le garçon d'écurie demanda U son tour qu'on ne Toublie pas.

Accordé; Te valet, ce genili*rntiii des lords et des gentlemen , nionle sur le si(V<3 de, derrit're, avec la femme de chambre de madame, pateline, attifée, mais plus modeste que ne saurait rexprtmcr la plume d^m poetie*, ^«'^Oi»» vktggi ano i riceki! ^ » Excusez- s'il m'éobappe, par^» pai^lk» quéltiues mot» étrangers, qnané ce^ ne aeraii qii# pour montrer que j'ai TOjagé. (l^lt quoi ser¥i«aitde*vo9a*ger, je vous prie» si cela ne nvustmettait à même de citer et dfeigolQr?)

L'hiver de Londres et i clé de la campagne touchaient a,, leur lin. Quand la nature porte la robe qui lui sied le mieux,, peut-être ost-il dommage de perdre les meilleurs mois de l'année à suer dans une ville, et d'attendre, que le rossignol ait ciMé de chanter^ pour écouU»r de« détot^ qpi m sonk ni trèft.8a9B6 ni très. spiritoftto^ jlisqu'att* mamiPJb.où il scra^ loisible aux patriotes de se rappeler leur patrie véritable*: — mais (sauf les grouses) il n'^ a rien à chasser jusqu'en aeptembnii.

J'ai fini ma tirade. Le monde était parli ; les quatre mille individus pour qui la terre est faite avaient disparu pour:

cherrlier ce (ju'ils api)ellenl la solitude, c'est-à-dire avec

trente domc&U(iue$ poux parade , cl. auUnl ^ niéme plu&

encore de visiteurs qui trouvent chaque jour leur couvert mis. Que nul n'accuse rhos])iUililé de la vieille Angleterrej ( — la quanUté s'est condensée dans la qualité. |

t. ' Lovd Heniy et. lady Âdeline» imitant Texemple de leurs pairsv les membres de la paine, partirent pour se rendre une migoifique réaidenee , uda- Babel gothique , vieilla da * millaaas; Bul ne pouvaii se vanter d'une généalogie plusanoienna que fat lew; aueuae n'avait brillé d'un plua grand nonbce de hém at d'illuMres beautés. Se» chênes aussi ▼îenv que leur race rendaient témoignage de leurs aïeux j chaque arbre signalait une tombe.

Dans tous les journaux, un paragraphe annonça leur départ; telle est la gloire moderne; c'est dommage qu'elle ne s'appuie que sur une annonce ou autres moyens semblables^ avant que l'encre ait séché dans la plume, le nom esl ou-^ blié i le Monmg^PoH fut le premier à proclamer la nouvelle en ce» tenues : •âi^auud'hui sont partis pour Uni» campagne lofd Heniy Âmundeville etdady Adeline.

LU

• On- assure que ce lord opulent se proposa da neevoir, cet automne, une société choisie et«Bombreuse de ses nobles

amis; nous tenons de source certaine que le duc de D — doit y passer la saison de la chasse avec beaucoup d'autres personnages illustres et fashionables, ainsi qu'un étranger de haute distinction^ l'envoyé chargé par la Russie, d-una mission sacrète. »

un.

Nous voyons par là, qui peut mettre en doute les dires du Mming^^t? (ses wtioles- lessemblent aux « Irentennif aitidia ^^», que s'«empressent le plus da jurer ceux qui. y cRoeat le plus finmemeni) ; — nous vtqpons,. dis-je,. que notre joyau Rnsso-fispagnol était appelé h briller du reflet dè Féclat de son hôte avec ceux qui-, comme dit Pope, «osant beaucoup, dînent;» — c'est un fait bizarre, mais vrai, — que, pendant la dernière guerre, la liste de ces

40B OBUVRES DE LOEÙ ETBO».

dtnen tenait plus de place dans les journaux que celle des tués ou des blessés. ~

En voici un échantillon : « Jeudi dernier, il y a eu un grand dîner, auquel assistaient lords A. B. C. » — Ici le nom des comtes et des ducs était annoncé avec non moins de pompe que celui d'un général vainqueur. Puis, immédiatement après, et dans la même colonne, on lisait, sous la rubrique de Falmouth : t Nous ayons eu ici le Royal Tout* à-Bas cet illustre régiment qui a fàit des pertes douloureuses dîans la dernière action; les postes vacants sont remplis; voir la gazette. »

Le noble couple est parti pour Norman Abbey jadis vieux monastère, et maintenant résidence plus vieille encore; — son architecture otîrait un riche et rare mélange de gothique, auquel, de l'aveu des arlisles, peu de monuments pouvaient être comparés peut-être le château est-il situé un peu trop bas, car les moines l'avaient adossé à une colline» pour abriter du vent leur dévotion.

n était encadré dans un heureux vallon couronné de glands bois, parmi lesquels, semblable à Caractaeus rallianl son armée, le chêne druidique dressait contre les éclats de la foudre ses grands bras étendus; de dessous son feuillage

on voyait, au lever du jour, sortir les liabitants des forêts; et le cerf aux rameaux ailiers, suivi de son troupeau, venait se désaltérer dans l'undc d'un ruisseau dont le murmure imitait le gazouillement d'un oiseau

Devant le château était un lac limpide *S large, transparent, profond; Tonde en était renouvelée par une rivière dont les flots calmes traversaient sa nappe paisible; dans , les buissons et les joncs de là rive, l'oiseau sauvage faisait sa couvée et suspendait son nid liquide; la forêt descendait en pente jusque sur ses bords, et mirait dans son cristal sa face verdoyante.

LVIH.

La rivière, au sortir du lac, s'élançait en cascade écumeuse et bruyante; puis ce fracas faisait place à des bruits plus aigus, — et enfin» comme un enfant qui s'apaise. Tonde transformée en ruisseau coulait avec plus de douceur, tantôt brillante comme une glace, tantôt cachant son cours sinueux dans les bois, tantôt claire, tantôt azurée, suivant la manière dont le firmament jetait ses ombres.

Un débris glorieux du gothique édifice (alors que c'était une église consacrée au culte de Rome) s'élevait un peu à l'écart; c'était une voûte grandiose qui avait autrefois couvert les ailes de la nef. Ces ailes avaient disparu, — malheu-' reusement pour l'art; la voûte se déployait encore avec fierté au-dessus du sol, et, en contemplant cette arche vénérable, on se sentait ému, et on se prenait à gémir sur la puissance du Temps et les ravages des tempêtes.

Dans une niche, auprès de son pinacle, on voyait autrefois douze saints de pierre; mais ils avaient été abattus, non lors de la chute des moines, mais dans la guerre qui détrôna Charles, quand chaque maison était une forteresse, — comme nous l'apprennent les annales de plus d'une race illustre, alors détruite, — vaillants cavaliers qui combattirent en vain pour ceux qui ne surent ni abdiquer ni régner.

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