XCI
Fier de ses a écoutez ! » fier aussi de son vote et de la perte de sa virginité oratoire, fier de son érudition (qui suffisait tout juste h lui fournir des citations), il se prélassai!
POU JUAN. CBAHT xni. 417
dans sa gloire cicéronfeime : avec tme mémoire excellente
pour apprendre par cœur, l'esprit de faire un quolibet ou de conter une histoire, ayant quelque mérite et plus d'effronr terie encore, orgueil de son pa^s, il était venu ^ la campagne.
Il y avait aussi deux beaux-esprits, unanimement reconnus pour tels: Longaie** d'Irlande, et Arcfort^^ de la Tweed tous deux aTocats et hommes bien élevés**. Hais Tespril d'Arcfort avait plus de poli; Longarc était doué d'une imagination riche, superbe et bondissante comme un coursier; par malheur, il suffisait souvent d^une pomme de terre peur la faire broncher, — tandis que les bonnes choses d'Arcfort n'auraient pas été indignes de Galon.
xcni.
Arcfort était comme un clavecin fraîchement accordé; mais Longarc avait la sauvage harmonie d'une harpe éolienne que les vents du ciel font vibrer, et dont ils tirent des accords voilés ou perçants. Dans la conversation d'Arcfort, il n'y avait pas un mot à changer; celle de Longarc laissait parfois quelque chose à reprendre; tous deux hommes d'esprit, l'un par sa nature, l'autre par l'éducation; eehii-ci par le cœur, — son rival par la tète.
Si cet assemblage vous semble hétérogène pour une rOunion k la campagne, n'oubliez pas qu'un échantillon de chaque classe est préférable a un insipide lêle-a-tôte. Hélas ! ils sont passés les beaux jours de la comédie, alors que les sots de Congrève rivalisaient avec les bêtes de Molière! un tel niveau a passé sur la société, que les mœurs ne diffèrent guère plus que les costumes.
xcy.
Nos ridicules sont rejetés sur le dernier plan ; — suffisamment ridicules, sans doute, mais ennuyeux aussi ; et puis les professions n'ont plus rien qui les caract^se; l'arbre de la sottise n'offre plus de fruits à cueillir; ce n'est pas que les sols n'abondent, mais ils sont stériles et ne valent pas la T. IV. 27
4fS QnVftBS M LOM BTMNI.
peine qu'on les rauiasse. La société est maintenant une borde civ ilisf^'c, formée de deux, grandes tribus » les en* mtyeux et les ennuyés,
De fermiers devenus glaneurs, nous glanons les épis raresy mais bien battus, de la Térité. Ah! cher lecteur» dans la réeolle des ehoses sensées, soyez Booz; moi jeserai^la modeste Rnth. Je eontinuerak ces ohatioBS, mais FÉerîtiife- Sainte, qui survient n^ me le défènd. Ma jeunesse a gardé une impression profonde des paroles de mistriss Adams, alors qu'elle s'écrie que a les Écritures, hors de l'église, sont des blasphèmes »
Glanons toujours ce que nous pourrons dans ce siècle de paille, dussions-nous ne point recueillir de farine. Je ne dois pas oublier dans ma liste KitrCat, le fameux eauseur, qui, tous les matins, inscriyait dans son carnet les propos qu'il tiendrait le soir. € Écoute , oh ! écoute! » c Htias ! pauvre ombre** 1 » — Quelles calamités subites attendent ceux qui OBl étudié leurs bons mots!
xovni.
D'abord il leur faut, par toutes sortes de détours, amener la conversation k portée de leur ingénieuse étreinte; secondement, ils doivent ne laisser échapper aucune occasion, ne pas céder h leurs auditeurs un seul pouce de terrain, mais en prendre une aune, — et faire une grande sensaliOB, s*il est possible; troisièmement, ils sont tenus de ne pas se dérouter quand un causeur habile les met à Té^ preuve, mais de saisir le denûer mot» qui» à coup sèr» est le meiUear.
ZGIX.
Les hétes étaient lord Henry et sa damei les personnes
que nous avons légèrement esquissées étaient venues les visiter dans leur résidence. Leur table eût pu tenter même des ombros, et leur faire passer le Slyx pour trouver un banquet plus substantiel. Je ne m'arrêterai pas h parler de ragoûts et de rulis, quoique toute l'histoice de rbumaniié
atteste que depuis la pomme maogée par Ère, le bonheur de rhomme» — ce péclieur glouloiii «—dépend beanconp de son dîner.
Témoin la terre où « coulaient le lait et le micî, » offerte en perspective aux Israélites affamés; à cela nous avons ajouté depuis l'amour de l'argent, le seul plaisir qui vaille la peine qu'on le recherclic. La jeunesse se fane, et nous laisse après elle des jours sans soleil; nous nous lassons des maîtresses et des parasites; mais, ô céleste métal! ah! qui consentirait à te perdre? A la bonne heure quand nous ne pourrons plus user ni même abuser de toi !
Les messieurs se levaient le malin pour aller chasser à raifùlou il cheval : les jeunes gens, parce (ju'ils aiuiaicntce plaisir-là, la première chose qu'aime un adolesc^'ul, après le jeu et les fruils; les hommes mûrs, pour abréger la longueur du jour; car l'ennui est un produit du sol anglais, bien qu'il n'ait pas de nom dans notre langue ; *— à défaut du mot, nous avons la chose» et laissons aux Français le soin d'exprimer ce formidable bâillement, contre lequel le sommeil est impuissant.
Les vieillards parcouraiinl la bibliothèque, jetaient par terre les livres, ou critiquaient les tableaux, ou arpentaient piteusement les jardins, laissant dans la terre chaude des traces de leur passage; en bien ils montaient un bidet an trot paeiûqoey ou lisaieni les journaux du uuitiny ou, fixant sur la pendule le regard du désir, h Tàge de soixante ans, attendaient impatiemment qu'il fût six heures.
cm.
Mais nul n'était gêné ; le signal de la réunion générale était donné parladocbe du dîner; jusque-là tous étaient maîtres de leur temps, et libres d'abréger, soit en société, soit dans la solitude, le cours de ces heures dont si peu de gens savent fam remploi. Chacun se levait à son heure» donnait
420 CeUTRES DE LORD BTB09.
à sa toilette tout le temps qu'il lui plaisait^ et déjeunait quand, où, et comme il lui convenait.
Les daraes, — les unes fardées, les autres un peu pâles, — affrontaient comme elles le pouvaient le regard du jour : jolies, elles faisaient une promenade à pied ou à cheval; laides, elles lisaient ou contaient des histoires, ou chantaient, ou répétaient la dernière contredanse Tenue de Vétranger, discutaient la mode prochaine, ou réglaient la forme des chapeaux d'après le code le plus récent, on entassaient douze feuilles dans une petite lettre, pour imposer une nou* velle dette k chacun de leurs correspondants.
Car quelques-unes avaient des amants absents; toutes avaient des amis. La terre, et peut-être aussi le ciel, n'ont rien de comparable à une lettre de femme, — car elle ne finit jamais. J'aime le mystère d'une missive féminine qui, comme un article de foi, ne dit jamais tout ce qu'elle veut dire, mais a tout FartifiM du sifflet d'Ulysse, alors qu'il allécha le pauvre Dolon; je vous conseille de ilEdre attention à ce que vous répondrez h une lettre de ce genre. «
Et puis, il y avait des billards, des cartes, mais point de dés; — excepté dans les clubs, un homme d'honneur ne joue jamais; des bateaux, quand il y avait de l'eau; des patins, quand il y avait de la glace, et que les jours embaumés avaient fait place à la rigoureuse froidure; enfin, la pèche à la ligne, ce vice solitaire, quoiqu'lsaac Walton puisse chanter ou dire; ce Tîeux, cruel et ridicule iàt méri» terait bien d'avoir dans le gosier un hameçon tiré par une petite truite.
CTII.
Le soir ramenait le banquet et le vin, la conversation,
le duo chanté par des voix plus ou moins divines (leiir seul souvenir me donne des palpitations a la lele ou au cœur). Les quatre miss Dufront brillaient surtout dans un allégro;
mais les deux sœurs cadettes préféraient la harpe, — parce
L^iy -i^uu Ly GoOgl
DON IUàH. chant XIII. 4âl
que, aui charmes de la musique, elles joignaient de gracieuses épaules, des bras blancs et des mains blanches.
Parfois la danse offrait Toccasion d*admirer des tailles de sylphides; mais il élait rare que cola eût lieu les jours de chasse; car, ces joiirs-lh, les messieurs étaient un peu fatigués ; puis on avait la causerie, la galanterie, mais avec décorum, en se bornant à louer des charmes qui méritaient ou ne méritaient pas d*étre admirés. Lescliasseurs recommençaient, dans leurs récits, leurs chasses au renard, pms se reliraient sagement ~ k dk heures.
en.
Les politiques, dans un coin écarté, discutaient Tunivers et réglaient toutes les sphères; les beaux diseurs épiaient le
moindre interstice, pour y introduire, de pied en cap, un bon mot; point de repos pour ces gens qui visent h l'esprit; un mol heureux peut exiger des années avant que l'occasion se présente de le faire passer , et alors même il suffît d'un fâcheux pour le leur faire perdre.
ex.
Mais, dans la réunion dont nous parlons, tout était bienveillant et aristocratique; tout était lisse, poli et froid, comme une statue de Phidias taillée dans le marbre attique. Nous n'avons plus d'écuyer Western comme autrefoii"; nos Sophiessont moins emphatiques, quoique tout aussi belles et même plus belles à voir. Nous n'avons point de vauriens ac* complis comme Tom Jones, mais des gentlemen en corset, roides comme des pierres.
On se séparait de bonne heure, c'est-à-dire avant minuit, —qui est le midi de Londres ; mais à la campagne, les dames se retirent un peu avant le coucher de la lune. Paix au sommeil de ces fleurs qui ont fermé leur calke I —Puisse la rose retrouver bientôt ses couleurs naturelles! Le repos est le meilleur coloriste d'une belle joue, et fait baisser le jrix du fard, — du moins pour quelques hivers.
CCUVEfiS DB LORD B1R0N.
NOTfift MJ CHANT TRBiy«lÈMK,
* Monsieur, J'aimc un homme qui hait bien. JoB?(SOif. <Mephistophélès est le nom du diable dans le Paust OE Goltuë.
* GervaMat «Biled Spain'i ehiwlrj vwvf, jRiMii^ voiidr»detr«diaifeo0T«n. N,éiàTrQd*
^ M. Speoce, l'auteur d'un iogénieux voyage en Espagne, parait eroire
qœ CerTan tes écrivit son livre pour ridiculiser la chevalerie errante, et que, mallicuretiscnient pour l'Espagne, sa satire devint à la mode et étoufFa non setilement l'esprit chevaleresque, mais eiin,ie l'osprii religieux. D'uburd nous fcrous ob.'^ct ver (|uu la ciicvolcn^ ei lauie uvuit cessé d'exister longtemps atant l'époque o\x parut Don Qu£cAall« ; ensuite nous remarquerons que, loin de chercher à ridicnllser l'héroïsme, Cerranteaa eu soin, an contraire, d'établir tonjonrs nne distinction entre les folies du cbetaliM* errant et les généreux élans du dievalier : à tel point que don Quichotte lui-même, malgré toutes ses foUea, nous inspire cc^odaat dtt r^pcct et de la compassion. Lockai\t.
* Mut des Juy^usfs Commères de H'tnd^or, par Shakspeare. f Uavus tiwn,non Œdipu$. Tbr.
t Gtatleo da CMon d'Addisea.
* lins «Mb ente, espression consacrée poiir dire le vinistère et Toppo-
si tien. N.du Trad.
* Soho-Square, l'une des résidences de l'aristocratie. N. du Trad. 10 Promenade d'Iiyde-Park, oU figurent les équipages. iV. du Trad. U Arcades ambo. Virgile.
ts Ainsi voyagent les riches.
i^lcê it$nt»-4UufaHieki tioniUOnâo de l'Église anglicane. Antrefofs, nul ne pouvait occnper nne fluietlon dvlle el politique sans jurer ces arti-' dea. On en a dispensé depoia» dPibord tM eatlnîk|Ms« paie lia diaal>
dents. N. du Trad»
*♦ Slap-Dash.
>* Sous ce nom, l'auteur va décrire l'abbaye de Ncwstead.
<6 La façade de Newstead est pleine de majesté; elle est bâtie dans la forme de la partie occidentale d'une cathédrale, et orné« de riches sulp* tares.
iff la beaa paie dalbiiatMUU qoi contenait deux mille aept cents datais tt un nombre infini de superbes chênes, est maintenant partagé eo
fermes. Description du comté dê Nottmgkam»
18 Voir VEpitre à Augusta.
J9 Celte cbanibn; esi api)o!ée la chambre d'Edouard 111, qui y psasa^ dit-on, une nuit. £lle possède un écho très remarquable.
M |je cloître ressemble exactemeot à celui de l'abbaye de Westtninster.
st Nom d'un peintre da diz-septième siècle, dont en vell plnsieu» t»* Ueanx au cbâtean de Windsor. N. «1» Ti^
M Imitation grotesque d'to vers de Gray.
DON JlUN. KOT£& DU GJUNT XIII. 423
*5 En Assyrie.
«* Voir le Quarterîy Revietc, t. XLVII, p. 216.
25 Tous les noms qui suivent servent h caractériser ceux qui les portent. !Nous avons cru devoir les traduire par des équivalents» atin de leur coMMwe 1« MM qoe l'anlrar leur « domé. If. dm Trai,
M Goontess Cndà^.
Lady Seîlty pour SiUy.
>8 Lad y Busty pOUf £ujy.
<9 Miss Macstay, de Mac, déaineoce placée entête de bMDOonp^ noms irlandais, et de stay (cortet). M Miss O'Tabby.
Si Mistriss Sleep.
9* Maebetht de SbeUpeare.
FéMteiii de St'riiM» et la eeoetsUation du Gbien. Né 4u Trad. s> Abstnteês,<^e%i le nom sous lequel on désigne leaprepriétairee irian* dais qui vivent hon de l'Irlande. À. du Trad. >6 Rackrhyme.
•*î Sir John Bottlcdecp.
M Thê dulu of Dash„ «MissKavbold.
40 Dick DttbioQS.
♦1 Sir Henri Silvercup.
*>AiBéiicaiaa. yeitiwieetleeemipCioo-ttidriCiiBe du mot Englith,
N. du Trad.
*3 George Hardinge, M. P., un dç^ juges welches, mourut en 4816. Sfs œuvres ont été réunies en <818.
Au jeu d'échec, les Angtait Bomnent MfBMt ce que nous appelons lés foui; leurs /V<|»enteoBt nés leen. JV. dm Traà,
43 Au parlement anglais, au lieu d'applaudir l'ereteor, en rtpèiet m Écoutez ! » ( Btufl ) i\r* du frod.
*•» Longbow.
♦7 Strongbow.
48 C'est-à-dire d'Écosse. La Tweed est une rifière qui séperaFÉcosse de l'Angleterre. N. du Trad, 4S CurranetErskine.
M HistrisB Adams répondit à H. Adams qàe c'était un Uasphème de pailer de l'tvaègfle bors de Féglise. Jossra AiniaBWS. il Ces mots sont tirés d'une eeène admirable d'Hamkl eaifV le pltoM
de Daneœarck et l'ombre de son pôve. iV. du Xrad» i* Voir le roman de Tom Jontt,
CEinrRSS DE LOKD ttTBim.