‹ Œuvres complètes de Lord Byron Don JuanChapitre 84 sur 98 · XLIX · texte numérisé non relu

XLIX

Mais telle n*est pas ma maxime, sans quoi j'aurais eu des tourments de cœur de moins ; mais n'importe. Je ne voudrais pas être une tortue abritée dans sa dure écaille, a l'épreuve des flots et des éléments. Mieux vaut, après tout, avoir éprouvé et vu ce que l'humanité peut et ne peut pas supporter : cda sert h enseigner le discernement aux âmes sensibles, et h leur apprendre à ne pas épancher leur océan dans un tamis.

Plus horrible que les plus affreux accents de la douleur,

plus sinistre que le chant du bibou et le sifflenu iii de la brise nocturne, est cette phrase lugubre : « Je vous l'avais bien dil| » prononcée par des amis, ces prophètes du passé, qui,

au lieu de vous dire ce que vous devriez faire maintenanl, avouent qu'ils ont prévu votre chute, et consolent voire légère infraction aux « bonnes mœurs » par un long mémorandum de vieilles histoires.

Ia tranquille sévérité de lady Adeline ne se bornait pas à slntéresser h son amie, dont la réputation à venir lui semblait plus que douteuse, à moins qu'elle ne réformftt sa conduite; mais èlie étendait sur Juan lui-même son austérité» mêlée, il est vrai, de la compassion la plus pure ; elle se sentait doucement émue de pitié pour son inexpérience , et (comme il t-lait plus jeune qu'elle de six semaines) pour sa jeimesse.

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Cet avantage de quarante jours qu'elle avait sur lui,— car son âge pouvait affronter le calcul, et dans la liste de la pairie et des nobles naissances, elle n'avait point à redouter rénumération de ses années, — lui donnait le droit d'éprouver une maternelle sollicitude pour l'éducation d'un jeune gentleman, bien qu'elle fût loin encore de cette année bissextile qui, dans l'Age des femmes, en résume plusieurs en une seule.

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Celle époque peut être fixée un peu avant trente ans, — disons à vingl-sept; car je n'ai jamais vu aller au-delîi la femme la plus stricte en chronologie et en vertu, tant qu'elle pouvait encore passer pour jeune. 0 Temps! pourquoi donc ne pas l'arrêter? Ta faux, salie par la rouille, devrait assurément cesser de couper et de trancher; aiguise-la; fauclie plus doucement et lentement, ne fût-ce que pour conserver ta réputation de faucheur I

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Hais Adeline était loin de cet Age mûr dont la maturité

est amcre quoi qu'on fasse; c'était plutôt son expérience ([ui la rendait sage, car elle avait vu le monde et subi ses épreuves, comme je l'ai dit, — j'ai oublié à quelle page ; ma muse dédaigne les renvois, comme vous avez déjà dû vous

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en apercevoir^ mais de vingt-sept ôlez six, et vous aurez, et aa-deUk, la somiae de ses aoBées.

A seize ans elle fut produite dans le monde; présentée, exaltée y elle mit en commotion toutes les couronnes de comte; k dix-sept» elle continua h charmer le monde enchanté de la nouvelle Vénus de son brillant océan; h dix*liuit, bien qu'une hécatombe de soupirants palpitât d'amour à ses pieds, elle avait consenti & créer cet autre Adam appelé € le plus heureux des hommes. »

Depuis lors, elle avait rayonné durant trois hivers bril* lants, admirée, adorée, mais en même temps si sage, que, sans avoir besoin du voile de la circonspection, elle avait mis en défaut la médisance la plus subtile : dans ce marbre modèle on ne pouvait découvrir le plus léger défaut. Elle avait aussi, depuis son mariage, trouvé un moment pour faire un héritier et une fausse couche.

Autour d'elle voltigeaient les mouches luisantes, ces in* -sectes brillants des nuits de Londres; mais nul d'entre eux n'avait un dard qui pût Tattehidre ; elle était hors de la portée du vol d'un fat. Peut-être appdait-elle de ses vœux un plus énergique aspirant; mais quels que fussent ses désirs, sa conduite était régulière ^ et pourvu qu'une femme soit sage, qu'importe qu'elle en soit redevable h sa froideur, à son orgueil ou h sa vertu ?

Je dt'teste les motifs, comme une bouteille qui se fait trop longtemps attendre aux mains du maître de la maison, laissant maints gosiers arides appeler en vain le bordeaux , surtout quand la politique est sur le tapis; je les déteste autant que je déteste un troupeau de bœufs qui fait tourbillonner la poussière comme le ^mouti le sable ; je les déleste comme je déteste un raisonnement, une ode de lauréat, ou U vote approbatif d'un pair servile.

ttWAVS M LORO mon

MX.

11 est Iriste de fouiller dans les racines des dioses, tant elles sont mêlées h la terre-, pourvu que l'arbre déploie une agfiéaJ^ v^urc, peu m'iiuporte qu*uQ gland lui ait doaiié MÎitmB. iieoBionlef à la soufce secite àe toutes h» ftoHm, oetecêit «ntfoii knakà pkûtir; mmà «e n'taU i^s h ptéaoïitiBot Élwrn» «I je mû$ numàt m Mge Ooms-

Dans l'intention diaritehle d'é? iter «d Mat et & la dK-

cliesse et au diplomate, lady Adeline, dès qu'elle vil que,

sel(»n toutes les probabilités, Juan ne résisterait pas — (car les étrangers ignorent qu'en AngU'lerre un faux pas a bien plus d'importance que dans les pa>s qui n*ont pas le bonheur de posséder dos jurys, dont le veidict .est coalre cies sortes de péchés un tmèd» cextaia)

Lady Adeline résoIiU d'adopter les mesnm nécessaires pour arrêter les progrès ultérieurs de cette erreur douloureuse. Il y avait sans doute dans un tel projet quelque diose de bien innocent; mais l'innocence est hardie jusque sur le bûcher ; etle est simple dans le inonde, et n*a pas besoin de s'abriter derrière des retranchements, comme ces dames dont la vertu consiste à ne jamais se laisser voir k découvert.

Ce n'est pas qu'elle appréhendât de fâcheuses conséquences. Sa Grâce était un homme endurant, un véritable mari ; on ne pouvait craindre qu'il fit du scandale et allât grossir la foule des clients de Doetors Gommons; mais elle redoutait d'abord la magie du talisman de la duchesse, puis une querelle avec lord Âugustus Fil2-Plantagenef» qui commençait déjà à prendre de Tombrage.

ixm.

D'ailleurs, Sa GrAce passait pour intrigante et quelqutpou méchante dans sa sphf're amoureuse; c'était l'un d<' ces jolis et précieux fléaux qui poursuivent un amant de leurs ten-

ères et donx caprices; qui, cnaqae Jour de llumée Miciense, créent un «ujet de querelle quand eHes n'en ont pas, nous fascinent, nous torturent, selon que leur cœur est de flamme ou de glace , et , — ce qu'il y a de pis, — ne veulent pas nous laisser aller.

En un mot, cVtait une femme h tourner la tôte d'un jeune liomme, et k faire de liri un Werther en finale cmn^. Cornment dès lors s'étonmer qu*une âme plos pure redoalàt pour un ami me cbasle liaison de cette soAe? Kièux f«at cent tm ètie marié on «lorl que de ynm aToe im cMr qu'une femme se platt à déchirer. H est à propos de s'arrêter et de réfléchir avant de prendre son élan, si one honne fortune est réellement bonne.

LTV.

El d'a'bord, dans reiïiision de son cœur, qui était ou croyait olre étranger a loiit artifice, elle prit de temps à autre son mari à part, et l'engagea a donner des conseils h. luan. Lovd -Henry se prit à sourire <de la simplicité de ses plaiis pour arradier don luan aux pièges de la sirène ; il lui fit une réponse d'homme 4!tM tm 'de prophète» si bien qu'elle n'y put rien comprendre.

n loi dit, dU«rd, <r qnli ne se mêlait Jamais des affaires des autres, h l'etceplisB de céiles «du foi ; » emaiite, que « dans ces matières il ne jugeait jamais sur les apparences, à moins de fortes raisons; » troisièmement, que « Juan avait plus de cervelle que de barbe au menton, cl ne devait pas être mené par des lisières; » et, qualrièraemcnl, ce qui n'a jamais besoin d'être dit deux fois, « qu'il était race que d'un bon conseil il résultât quelque chose de bon. »

En conséquence, sans doute pour confirmer la vérité de ce dernier axioBMb il «OMeilia à sa femme de laisser les parties h elles^némes, autant du moins q«e le permettrait la bienséance; igootant que le temps eonrigeriÉt les délhuts dejemMsse de Ivan; que les jeunes gens disaient

4iù cei;vn£S de lord dyron.

rarement des vœux monastiques, que les obstacles ne font qae resserrer un attactiement. — Mais ici tin messager lui apporta des dépèches :

Et comme il ùûsait partie de ce qu'on nomme le conseil privé, lord Henry se rendit dans son cabinet, afin de donner

k quelque futur Tite-Live roccasion de raconter comment il avait réussi a réduire la delte nationale, et si je ne vous donne pas tout au long le contenu des dépêches en question, c'est parce que je ne les connais pas encore ; mais je les consignerai dans un court appendice qui prendra place entre mon épopée et son index.

Hais, avant de sortir, il igouta encore quelques légères obserrations, un ou deux de ces lieux communs qui ont cours dans la conyersation, et qui, sans rien avoir de neuf, passent néanmoins , fàute de mieux ; puis il ouvrit sa dépêche pour en connaître le contenu ; après y avoir jeté un coup d'reil rapide, il se relira, et en parlant il embrassa tranquillement Adeline, comme on embrasserait, non une jeune épouse, mais une sœur âgée.

C'était un homme honorable et froid, un excellent homme, lier de sa naissance, fier de toute chose; un esprit approprié à un conseil d'Ëlat, une de ces figures taillées tout exprès pour marcher devant un roi; grand» majestueux, fait pour guider le cortège des courtisans, les jours de naissance royale, en étalant ses cordons et ses crachats ; le vrai modèle d'on chambellan; — et je compte bien aussi lui donner ce poste quand je régnerai «

Mais il lui manquait quelque chose, après tout, — je ne sais quoi, et conséqucmnicnt je ne puis le dire : — ce que les jolies femmes, — douces âmes ! — appellent 4me. Certes, ce n'était pas le corps; il était bien proportionné, droit conune un peuplier ou un pieu, un bel homme, enfin, cette humaine merveille; et dans toutes les circonstances, en

Digitizc^ ^

MH mN. CRART XIV. 4 il

amour comme en guerre» il avatt consenré sa perpendiculaire.

Quoiqu'il en soit, comme je l'ai dit, il lui manquait quelque chose, cet indéfinissable je ne sais quoi qui pourrait bien avoir conduit a l'Iliade dllomt're, puisque ce fut lui qui arracha l'Èvc grecque, Hélène, a la couche du Spartiale, et l'amena dans Troie; bien qu'au total le jeune Dardanien fût, sans nul doute, de beaucoup inférieur au roi Ménéias; — mais c'est ainsi que certaines femmes nous trahissent.

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n est une diose fort mbarrassante et bien faite pour nous

intriguer, à moins que, comme le sage Tirésias, nous n'ayons tous fait par expérience l'épreuve des différents sexes; aucun des deux ne peut dire clairement comment il veut tire aimé. Le sensuel ne nous attache que par un lien passager; le sentimental se vante d'être impassible; mais tous deux réunis forment une sorte de centaure sur le dos duquel il est sage de ne pas s'aventurer.

LZXIT.

Ce que le beau sexe ne cesse de chercher, c'est quelque chose qui tienne au cœur lieu de tout; mais ce vide, comment le combler? Lh réside la difficulté, — et c'est Ik que se montre la faiblesse de ces dames. Frêles navigateurs, h la merci des flots, sans carte ni boussole, elles courent sous le vent dans une mer houleuse, et lorsque après bien des \icissiiudes elles touchent au rivage, ce rivage n'est souvent qu'un rocher.

Il est une fleur nommée a l'amour dans l'oisiveté*» » TOir h ce Biiûet le jardin toujours fleuri de Sliakspearc; je ne veux point affaiblir son admirable description, el je demande pardon h sa divinité britannique si, dans ma poétique détresse, je touche h tme seule ièuille du parterre confié h sa garde; mais quoique la fleur sdt difiérente, je m'écrie avec le Français ou le Suisse Rousseau : t FaHà lapenmt^! b

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