‹ Œuvres complètes de Lord Byron Don JuanChapitre 89 sur 98 · XXVI · texte numérisé non relu

XXVI

La dilTérenee efit qu'autrefois les hommes faisaient les

mœurs ; maintenant ce sont les mœurs qui font les hommes, — parqués comme des troupeaux, et tondus dans leur bercail, du moins neuf et neuf dixièmes sur dix. Or, cela doit refroidir la verve des auteurs qui n'ont d'autres ressources que de repeindre des époques déjà beaucoup mieux peintes, ou de se cont^nier éa l'époque actuelle, avec aen cosluma

■IQPM>taML

Noos ferons de notre mieoK pour nous tirer d'alfoire. — En avaat ! en «vaot, iaa anse! si vona ne foulez voler, allés voletant ; quand il ne iqoqs aeia pas possiMe d'être saMime, soyez cingiaiite «a rigide, oonme les édils de noe

hommes d'État. Il est impassible que nous ne découvrions pas quelque chose qui nous paie de n(»s recliurches; Colomb découvrit un nouveau monde dans un cutter, ou brigantin, ou ilùie d'un assez faible tonnage, k une ^oque où i'Aoïé* lique ne comptait point encore^

XXVUI.

Adeline» qui voyait chaque jour croître en die le sentiment des mérites de Juan et de sa situation, éprouvait, aatotal, un intérêt intense, en partie peut-être pareo'qaa c'était une

4o6 OEUTBES DE LOBD BYRON.

sensMIon nouvelle, ou parce qu'il avait un air d'innocence^ ce qui, pour l'innooence» esl une Imible tentation; toutefoiSy comme en définitive les femmes détestent les demi* mesures, elle se mit li réfléchir an moyen de sanver Tàme de Juan,

Elle avait bonne opiniûii des conseils, comme tous ceux qui en donnent cl eu reçoivent gratis; c'est une marchandise dont le prix courant, lors m(tmt qu'il est a son taux le plus élévé, consiste, tout au plus, en remerciements biea faibles ; elle y réfléchit une ou deux fois, et décida, on ne peut plus moralement, que, pour la moralité, la meilleure condition est celle du mariage; et cette question une fois résoluei elle coiiseilla très sérieusement à Juan de se marier.

Juan répondit, avec toute la déférence convenable, qu'il

se sentait porte de prédilection vers ce lien; mais que, pour le moment, eu égard a la position particulière oii il se trouvait, il se présentait quelques difticultés relativement à ses préférences ou a celles de la personne à laquelle ses vœux pourraient s'adresser; qu'en uu mot, il épouserait volontiers telle ou telle femme, si toutes n'étaient déjà mariées.

Après le dioix d'un parti pour elle-même ou pour ses filles, ses frères, ses sœtns, et toute sa parenté, qu'elle classe comme des livres sur le même rayon , il n'y a rien

qui plaise à une femme comme de faire des mariages; elle y met toute la complaisance d'un agioteur qui calcule ses bénéfices : certes, ce n'est pas un péché, mais plutôt un préservatif, et c'est iii, sans doute, la seule raison du pourquoi.

Mais (^cepté, naturellement, une miss non mariée, ou une dame qui ne le sera jamais, ou qui l'est déjk, à son grand regret) toute femme chaste a dans la téte quelque

drame des unités conjugales observées à (able et au lil aussi scrupuleusement que celles d'Arislote, bien que parfois il n'ea résulte que des mélodrames ou des comédies bouiloimes.

ZXXIII.

En général» elles ont en lésenre un fils unique, rhéritier d'une immense fortune» un ami de haut lignage, un joyeux sir John on un grave lord George, menacés de mourir sans

postérité et de voir avec eux s'éteindre leur race, à moins qu'un mariage ne vienne en aide à leur avenir et k leur moralité; en outre, elles ont sous la main un riche assortiment de IraicUes fiancées.

C'est là qu'elles choisissent prudemment k celui-ci une liéritière, k cdui-lk une beauté; à l'un une cantatrice sans dé£uit, k l'autre une compagne qui promet un grand défouement k ses devoirs; k cet autre une dame que nul ne saurait refuser, et dont les perfections constituent k elles seules un trésor; une seconde, que recommande l'excellence de ses relations de famille ; une troisième, parce que c'est uu choix sur lequel il n'y a rien k dire.

XXXY.

Quand l'harmoniste Rapp mit l'embargo sur le mariage * dans son harmonieuse colonie — (qui continue k fleurir

étrangement, sans encombre, parce qu'elle ne procrée que

le nombre de bouches qu'elle peut nourrir, sans recourir à ces douloureux sacrifices qui répriment le besoin le plus doux de la nature), pourquoi a-l-il appelé « harmonie » une société sans mariage? Je tiens maintenant mon prédicateur.

n filut qu'il ait Toulu se moquer, ou de Fhannonie, ou du mariage, en établissant entre eux ce singulier divorce. Mats

que ce soit en Allemagne ou ailleurs que le révérend Rapp ail puisé ses idées, on dit que sa secte est riche, vertueuse, pieuse et pure plus qu'aucune des nôtres, bien que ces dernières procréent sur une plus large échelle. Je biàme sou

458 <EliVA£S A£ LÛIID BIBON.

titre, non aon litael» quoique je m'éloime qg^Uaii passer en usage.

XXXYII.

Mais Rapp est l'opposé des zélées matrones qui, en dépit de Malthus, favorisent la génération; professeurs dans cet arl prolifique, elles palronisenl toutes les parties modestes de la propagation, qui, aprt's tout, prend un tel développement, que la moitié de ses produits s'écoule parla voie de rémigration : Iciste résultat des passions et des pommes de tene,— deux mauTaises herbes qui embarrasseot fort nos CatoDB éoQoomistes.

xxxvm.

Âdelîne avait-elle la Malthus? Je ne saurais le dire. Elle eût bien fait de le lire : son livre n'est que le onzième com* mandement, qm c Tti n'épouseras pas, » si ce n^est aoantageusement ; autant que je puis le comprendre, c'est ce qu'il a voulu dire. H n'entre pas dans mon dessein de discuter les vues ni d'examiner le sens de ce qu'a tracé une « main si éminente*^; » mais on ne saurait contester que sa doctrine ne conduise k la vie ascétique, et ne fasse du mariage une arithmétique.

liais Adeline, présumant sans doute que Juan avait un YMim saftsast, on «n vevewi êàpmré^ eas de séparation léiide;^€Mr^ sooiBe tooie^ il peat «iiiver qœ l'épouiewE^ i^près avoir dûment ^fi|Mnué, jréttogfade quelque pen tes In danse én nariago — > (ce serait, ponr nn pdn^ m mm beau sujet que a la danse de la Blort » d'Uoibein; — mais non, le sujet est le même) ; —

XL

Adeline, donc, décida le mariage de Juan; le décida, <]iâ-je, dans sa sagesse, et c'en est assez pour une femme ; mais à qui le marier? 11 y avait la sage miss Lecture miss Lena ^\ miss Fêlée miss Lemàle et miss Au-Fait sans eompter les deux belles héritières Gouche-d'Or Adeline regardait le mérite de Juan comme au-dessus du commun} c'étaient là des partis on ne peut plus sortabks.

et qui , convenablement montés, comme des montres, pouvaient padàUement passer.

11 y avait miss de l'Étang cahne et unie comme la mer par un jour d'été ; iille unique, ce merveilleux trésor» eUe semblait une vécitable crème d'^atité d'àoe, jusftu'att ■UMnent où «ft réoiémMt; — atois» sous cçite soriace, oi| dtaufsait on nélange de lail et d'eau, el peuUèire ausai une légère teinte de bleu ws» ^'importe? L'avenr est tapageur ; mais le mariage a besoin de repos, el, en sa qualité de poitrinaire» le i^gime du lait lui convient.

fil puis il y avait miss Âudacia Soulier^Fin m, pimpante el riche demoiseUe, dont le qmur visait à un ccaobat ou à wm oovdoo kàm; mais, asît que dans les deisiieffsteMpsilf càtdiselte de lira «oglais. Mit fofelk n'eût |ias touché la ende véritable au aragien de laquelle da idlca sÊBènes aédu»* sent uos grands seigneurs, etta s'aoceattoda dHui cadet étranger, un liusse ou un Turc, — Tun vaut l'autse.

xini.

fit puis il y avait» ^ mais pourri coatinuerais-je, à meius que les dames j^tmemnpeal ici leur lecture? 11 y «Mnl aussi um jeune et augique beauté du plus haut rang» et supérieure enoare h son img : Aueoca Ruby, jeuueéloile qui briOail sur la vie, image trop charmante pour un tel VBkntr^ eréatm adorable, à peine Cornées madeiée; tuae a'ayant pas eneore éployé ses feuiUei ks plus suaves ^

Riche, noble, mais orpheline: fille unique, elle avait été confiée aux soins de tuteurs bons et bienveillants ; et, toutelois, ilyavtttdaaaaouaqpeet^pislquacbesa^lestsalitairel Lesattgn'Mpasdereaa;et<ièv0lre«veffenMOttades sautiments de jeuuesse comme cens que bs mort « détruits, alors que, laissés seuls, aeus sentons dans osa palais déserts qu'il nous manque un foyer, et que nos afibctions les plUs obères sont dans la tombe?

OEinriES ftB LORD BTROR.

Enfant par l'âge, et plus encore par son extérieur, il y avait je ne sais quoi de sublime dans ses yeux, qui brillaient tristement comme ceux d'un séraphin. Tout en elle était jeunesse, et elle semblait hors des atteintes du temps ; radieuse et grave, — comme si die eût plaint Tiiomme déchu, triste, — mais d'un crime qui n'était pas le sien, on eût dit qu'elle était assise h la porte d'Ëden, et pleurait sur ceui qui en étalent exilés sans retour.

Et puis elle était catholique sincère, austère auiant que le lui permettait son cœur bienveillant; et ce culte tombé lui semblait plus cher par cela même peut-être qu'il était tombé; ses aïeux, fiers de leurs exptoits et des temps où leur nom avait retenti glorieux à l'oteille des nations, avaient toujours refusé de fléchir devant le pouvoir nouveau; et comme elle était la dernière de leur race, elle gardait précieusement le dép6t de leur vieille M el de leurs vieilles aiTeclioDS.

Elle regardait un monde qu'elle connaissait à peine, et ue sembUit pas désirer le connaître; silencieuse, solitaire^ comme croît une fleur, elle croissait douenorat, et conservait son cœur oalme dans sa zone. Il y avait une sorte de religieux respect dans l'hommage qu'on lui rendait; son âme semblait assise sur un trAne, à part du reste du monde, et forte de sa propre force : — chose étrange dans un être si jeune.

Or, il arriva que, dans le catalogue d'Adeline, Aurora fût oubliée, bien que sa naissance et sa ibrtune l'eussent placée dans l'opinion fbrt au-dessus des enchanteresses-que nous avons déjà citées; sa beauté, non plus, ne pouvait îam obstacle à ce qu*on la mentionnAt comme dûment qualifiée, par mainte vertu, k fixer l'attention de lout célibataire désireux de doubler son existence.

JUAN. CnA!ST XV. 4G1

Et celte omission, comme celle du buste de Brulus dans le cortège de Tibère, excita, comme de raison, l'étonnement.de Juan. 11 l'exprima d'un air aïoiUé riant, moitié sérieux ; sur quoi Adeline répondit avec une sorte de dé* daifl, et d'un air impérieux, pour ne pas dire plus, qu'elle voudrait bien savoir ce qui avait pu le fraj^er dans une enfant telle que cette affèciée» silencieuse et froide Aurora Raby.

Juan répliqua — « qu'elle était catholique, et, par conséquent, lui convenait mieux que toute autre, comme appartenant à la même communion que lui; car il ne doutait pas que sa mère ne tombât malade, et que le papa ne fiilminAl son excommunication, si... »— Maïs ici Adeline, qui semblait avoir fort k cœur d'inoculer nux autres ses propres opinions, articula, — comme c'est l'usage, — les mêmes raisons qu'elle avait déjà làit valoir.

Et pourquoi non? une raison raisonnable, si elle est bonne, n'en devient pas plus mauvaise pour être répétée; si elle est mauvaise, ce qu'il y a certainement de mieux foire, c'est de revenir k la charge et d'amplifier; vous perdez beaucoup par la concision, tandis qu'en insistant à propos ou hors de propos, vous convainques tout le monde, mOme en politique; ou, —ce qui revient au môme, — on se rend de guerre lasse. Pourvu que vous arriviez au but, qu'importe la route?

LU

Pourquoi Adeline avait cette légère prévention, — car c'était une prévention, — contre une créature aussi pure de vice que la Sainteté elle-même, et joignant à cela tous les

charmes du corps et du visage, c'est pour moi une question beaucoup trop délicate, vu qu'Adeline était naturellement libérale; mais la nature est la nature, et a plus de caprices que je u'ai le temps ou la volonté d'en énumérer.

46t OEimiES W LORD BTMOR.

LUI

Peut-êire n*aimak-elle pas l'air d'indiff<'Tence avec lequel Aurora regardait ces futilités qui charment presque toujours dans la jeunesse : car il est peu de choses <pe supporlent plus impatiemment les hommeis^ el les feame» aussi, s'il Bomestpennisée te dife^^ederar leur géns ainsi d»- AiBé, eomme celui d'Anloi&e par César**, par le petit nombre de ceux qui les regardent eomme ils te méiîteirt.

LIT

Ce n'ttait pas renvic, — Adeline en était incapc^ble; son rang et son caraclère la menaient bien au-dessus d'un pareil sentiment. Ce n'était pas le mépris, — qui n'eût pu s'adresser h une personne dont le plus grand défaut était d'en laisser tcO|p peu à reprendre. Ce n'était pas la jalousie, ()ue je sache; mail cessona de suivre ainsi 4 la piste les feux folleU du genre bmnaia. Ce n'était pas, — hélas! il est plus aisé die dife ooqna eenf était pas qpiode dire ce que c'était*

ty.

Aurora était loin de soupçonner qu'elle fût le sujet d*une discussion de ce genre. Elle faisait partie de la société réunie chez Adeline; vague charmante et plus pure que toutes les autres, dans ce brillant fleuve de grandeur elde jeunesse qui coulait pour un moment sous l'éclat des rayons passagers que le Temps reilcle sur toute crête radieuse; si elle Tavait su , elle eût souri avec calme ; il y avait en elle tant ou si peu de la nature de Tenfant !

L'air fier et délibéré d*AdeIine ne lui en imposait' pas t elle la voyait resplendir à peu près comme elle 'eût vu briller un ver luisant, puis aurait repâné ses regards vers les astres pour leur demander dé plu& doux rayons, loan était pour

elle quelque chose qu'elle ne pouvait deviner, n'ayant pas des yeux de sibylle pour sonder les voies de ce monde nou^ veau ; toutefois, Téclat de ce météore ne Téblouissait pas, attendu qu'elle ne se fiait pas exclusivement aux traits du visage.

Sa réputation même, — car il avait cette sorle de réputalion qui fait parfois un immense rafngfrchei lesfeiimies; masse hétérogène de blÀme glorieux, méhmge composé denii-Tertas et de Tice» entiers; défiuits qai plaisent par leur vinvcité; loSes si MHamiBeitt attifées ipi'elles ébKm»sent : ees cachets sur sa dre ne fiisaieiit aucune hn* pressioiiy tant die aivait de firoideor ei'^empm sur ellemême.

Juan ne comprenait rien h. ce caractère ; — c'était une âme haute, et cependant elle ne ressemblait pas à cette Haïdée, qu'il avait perdue; néanmoins toutes deux rayonnaient dans la sphère qui leur était propre; la jeune insu* kire, élevée aux bords de la mer solitaire, plus chaleureuse, aussi charmante, et nen moins sincère, était l'enfiBurt de la natorê; Aarora ne pouvait et n'aurait pas TOUla être tdle: û 7 aTait entre eUes la différence qu'il y a «itie une fleur el une pierre précieuse.

LR.

Après cette comparaiscn sublime, je puis, ce me semble,

poursuivre notre récit, et, comme dit mon ami Scott , « je vais entonner mon chant de guerre**; » Scott, le superlatif de mes comparatifs , Scott, fjui sait peindre les chevaliers chrétiens ou sarrasins, le serf, le seigneur et l'homme, avec un talent qui serait sans rival si le monde n'avait pas eu un Shakspeare et un Voltaire; ii semble, en effet, a(VOHrfeeuei& rhéritage de Tun d'eux, ou même de tous deux.

LZ.

Je pais, dis-je, continner, à ma foçon Insère, à me jouer h la surface de firamaiité. le décris le monde, et me soucie

fort peu que le monde me lise; du moins, je ne puis, à ce prix, épargner sa vanité. Ma muse, par ce griffonnage, m'a créé, el me créera probablement encore de nombreux ennemis ; quand je le commençai, je me doutai qu'il en serait . ainsi ; — maintenant, je le sais, — ce qui n'empêche pas que je ne sois, ou n'aie été, un assez joli poète.

CEUVAES DE LORD DTHOSt.

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