‹ Œuvres complètes de Lord Byron DramesChapitre 108 sur 133 · C.vlji. ACTE U, SCLNE U · texte numérisé non relu

C.vlji. ACTE U, SCLNE U

LucirtB. Mais assez, cependant, pour être témoin de leur alFection pour ton frère; ses sacrifices sont faToiablemenl accueillis.

Caïn. Qu’ils le soient f Pourquoi me parles-tu de ces choses ?

Lucifeb. Parce que tu ; as déjh pensé.

CaLn. Et quand cela serait, pourquoi rappeler une pensée qui. ... {Il s'arrête en proie à une violente agitation.) Esprit J nous sommes ici dans ton monde; ne parions pas du mien. Tu as dévoilé à mes regards des merveilles : tu m’as fait voir ces êtres puissants, antérieurs à Adam, qui ont foulé une terre dont la nôtre n’est que le débris; tu m’as montré des myriades de mondes lumineux, dont le nôtre est le compagnon obscur et éloigné dans la carrière illimitée de la vie ; tu m’as fait voir des ombres de celte existence au nom redouté, que notre père nous a apportée, — la mort ; tu m’as fait voir beaucoup, — mais pas tout encore; montre-moi la demeure de lébovab, son paradis spécial, — ou le tien; où est-il ?

Locifeb. Ici, et dans tout l’espace.

Caïn. Mais, comme tous les êtres, tu as un séjour qui t’est assigné; l’argile a la terre pour séjour; les autres mondes ont aussi leurs habitants; toutes les créatures douées d’une existence temporaire ont leur élément particulier; et lu m’as dit que des êtres qui ont cessé d’être animés de notre souffle ont pareillement le leur; Jébovab et toi, vous devez avoir le vôtre; — vous n’babitcz pas ensemble?

Lccifeb. Non, nous régnons ensemble; mais nos demeures sont distinctes.

Caïn. Plût au ciel qu’un seul de vous deux existât! Peutêtre que l’unilé de but établirait l’union dans des éléments qui maintenant se combattent. Esprits sages et infinis, comme vous l’êtes, comment avez-vous pu vous séparer? N’êtes-vous pas comme des frères dans votre essence, votre nature et votre gloire?

Ldcifeb. N’es-tu pas le frère d’Âbel ?

Caïn. Nous sommes et nous resterons frères; mais quand

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inême il en serait autrement , l’esprit est-il comme la chair ? Peul- il y avoir désunion entre l'infîni et l’immortalité ? Estil possible qu’ils se divisent, et transforment l’espace en un champ de misère ? — et pourquoi ?

Lucifer. Pour régner.

Caïn. Ne m’as-tu pas dit que vous étiez tous deux éternels?

Lucifer. Oui !

Caïn. Et cet azur immense que j’ai vu, n’est-il pas sans limites?

Lucifer. Oui!

Caïn. Ne pouvez-vous donc régner tous deux? — n’y a-til pas assez d’espace ? Pourquoi êtes-vous divisés ?

Lucifer. Nous régnons tous deux.

Caïn. Mais l’un de vous deux est l’auteur du mal.

Lucifer. Lequel?

Caïn. Toi! car si tu peux faire du bien à l’homme, pourquoi ne lui en fais-tu pas?

Lucifer. El pourquoi celui qui vous créa ne se charge-t-il pas de ce soin? Je ne vous ai pas créés, mot; vous êtes ses créatures, non les miennes.

Caïn. Laisse-nous donc ses créatures, comme tu nous appelles; sinon montre-moi ta demeure ou la 5Ïenne.

Lucifer. Je pourrais te montrer l’une et l’autre; mais un temps viendra où tu habiteras k jamais l’une d’elles.

Caïn. Et pourquoi pas maintenant?

Lucifer. C’est à peine si ton intelligence d’homme est capable de saisir avec calme et clarté le peu que je t’ai fait voir ; et tu prétendrais t’élever jusqu’au grand et double mystère des deux principes , et les contempler face k face sur leurs trônes mystérieux! Poussière ! mets des bornes k ton ambition; car tu ne pourrais voir l’un ou l’autre sans mourir !

Caïn. Que je meure, pourvu que je les voie!

Lucifer. Voilk bien le fils de celle qui a cueilli la pomme ! Mais tu mourrais seulement, et ne les verrais pas ; cette vue est réservée pour l’autre état.

Caïn. Celui de la mort?

Lucifer. C’en est le prélude.

Caïn. Alors je la redoute moins, maintenant que je sais qu’elle mène à quelque chose de défini.

Lucifer. Maintenant je vais le ramener sur la terre, pour y multiplier la race d’Adam, manger, boire, travailler, trembler, rire, pleurer, dormir, et mourir.

Caïn. Et dans quel but ai-je vu les choses que tu m’as montrées ?

Lucifer. Ne demandais-tu pas la science ? et dans ce que je t’ai fait voir, ne t’ai-je pas appris à te connaître?

Caïn. Hélas! il me semble que je ne suis rien.

Lucifer. Et c’est à cela que doit aboutir toute la science humaine : à connaître le néant de la nature mortelle. Transmets cette science k les enfants, elle leur épargnera bien des douleurs.

Caïn. Esprit orgueilleux! tu parles avec trop de fierté; mais loi-même, tout superbe que lu es, tu as un supérieur.

Lucifer. Non! par le ciel où il règne, par l’abîme et l’immensité des mondes et de la vie dont je partage avec lui l’empire; — non! J’ai un vainqueur, — il est vrai, mais point de supérieur. Il reçoit les hommages de tous, — mais aucun de moi; je le combats encore comme je l’ai combattu dans le ciel. Pendant toute l’éternité, dans les impénétrables gouffres de la mort, dans les royaumes illimités jde l’espace, dans l’infini des siècles, tout, tout lui sera disputé par moi. Monde après monde, étoile après étoile, univers après univers, trembleront dans la balance, jusqu’à ce que ce grand débat ait cessé, si jamais il cesse, ce qui n’arrivera que par l’anéantissement de l’un de nous deux ! Et qui peut anéantir notre immortalité, ou notre mutuelle et implacable haine ? En sa qualité de vainqueur, il appellera le vaincu le mal; mais de quel bien est-il l’auteur ? Si j’étais le vainqueur, ses œuvres seraient réputées les seules mauvaises. Et vous, mortels jeunes et à peine nés, quels sont les dons qu’il vous a déjà faits dans votre monde chétif ?

Caïn. Ils sont en petit nombre, et quelques-uns bien amers.

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Llcifer. Retourne donc aTec moi sur la terre, pour y essayer le reste des célestes faveurs qu’il le réserveainsi qu’aux liens. Le bien et le mal sont tels par leur propre essence, et ne doivent pas leur qualité k celai qui les dispense; si ce qu’il vous donne est bon, — appelez-le bon lui-même; si c’est le mal qui vous vient de lai, ne me l’attriboez pas avant d’en avoir vérifié la source; jugez, non sur des paroles, fussent-elles prononcées par des esprits , mais sur les fruil.s tels quels de votre existence. 11 est un bon résultat que vous devez k la fatale pomme: — c’est votre raison; — qu’elle ne se laisse pas dominer par des menaces tyranniques , et imposer des croyances en opposition avec les sens extérieurs et le sentiment intime ; sachez penser et souffrir, — et créez-vous, dans votre âme, un monde intérieur,-- Ik. où le monde extérieur vous fait faute ; c’est ainsi que vous vous rapprocherez de la nature spirituelle, et lutterez victorieusement contre la vôtre. (Il* disparaissent.)

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