DES TROIS ACTES DE CAÏN
Cafn fut commeocé A Raveniie, le 16 juillet 1821, acheTé le 9 septembre, et publié dans le même volume que Sardanapait et Ui Veiui Foscari, au mois de décembre de la mime année.
CXÏS. — NOTES. 439
Aacon ouTragede lord Byron n’a peut-être excité autant d’admiration sous le rapport ds la capacité déployée par l’auteur; aucun ne l’a exposé à autant d’attaques et de récriminations.
Mon seulement Catn fut l’objet des critiques les plus sérères dans les journaux de l’époque, mais il donna naissance à un écrit spécial intitulé Remontrancei à M, Uurray sur um publication récente, par un Oxonien.
En apprenant que son éditeur était menacé de poursuites sérieuses par suite de la publication du mystère, lord Byron écrivit & M. Murray ;
« Piee, 8 février 4822. Je devais m’attendre à des attaques; mais je lia dans les journaux que l’on vous attaque également. Comment et de quelle façon pouvez-Tons être responsable de ce que j’écris 7 C’est ce que je suis encore à m’expliquer.
« Si Gain est un ouvrage blasphématoire, U Paradis perdu l’est également, et les expressions du gentleman d’Oxford ( dans l’ouvrage cité }; « Mal, sois mon bien, « sont précisément tirées de ce poème. Lucifer ne dit rien de plus dans mon mystère.
* Gain n’est point une thèse de théologie, mais un drame, et rien que cela. Si Lucifer et Caïn parlent comme l’on peut supposer qu’ont dù parler le premier meurtrier et le premier rebelle, pourquoi les autres personnages ne parleraient-ils pas selon leurs caractères 7 On n’a jamais refusé au drame le droit de faire agir les passions les plus violentes.
« J’ai même évité de faire intervenir la Divinité, comme elle parait dans l’Écriture et chez Milton ( mais à tort, selon moi); je l’ai remplacée par un ange, de peur ds choquer certaines susceptibilités en donnant une idée imparfaite de ce que doit se figurer l’homme le plus prosaïque du langage de Jéhovah ; les asciens mystères le mettaient déjà en scène très fréquemment, j’ai évité cela dans celui de Gain. La tentative d’intimidation qu’ils essaient sur vous, parce qu’ils savent bien qu’elle ne réussirait pas avec moi, me parait une des lâchetés les plus odieuses qui puissent déshonorer une époque. Quoi ! lorsque les éditeurs de Gibbon, Hume, Priestley, Drummond, ont été laissés en paix depuis soixante-dix ans, vous seriez attaqué pour un ouvrage de fiction i II doH y avoir quelque chose au fond de tout ceci, quelque inimitié personnelle; autrement ce serait incroyable.
■ Je ne puis que dire: Jfe adsum qui feci. Renvoyez-moi, je vous en prie, toutes les attaques dirigées contre vous; je veux et je dois les subir toutes. Que si vous avez perdu de l’argent dans cette publication, je vous rendrai l’équivalent de votre déficit, ou la totalité du prix du manuscrit; je désire que vous disiez que vous étiez, ainsi que M. Gifford et M. Hobhouse, opposé à la publication de ce mystère, que moi seul je l’ai voulue, et que moi seul dois en supporter la responsabilité légale, on de toute autre sorte, que l’on voudra m’imposer. Si ces poursuites se continuaient, je viendrais en Angleterre, afin qu’on sût à qui s’adresser ; tenez-moi au courant ; je ne permettrai jamais que vous éprouviez aucun dommage à
410 OEUVncS DE LOBD BtRON.
cause de mol. Faites de cette lettre l’usage que vous voudrez. Bvrov.
« P. S. Je vous écris, à jiropos de cette ébullition de passions mauvaises et d'absurdités, sur les bords de l’Arno,par une lune d’été (car ici notre hiver est plus clair que votre été) qui se réflète dans les eaux du fleuve, sur les ponts, sur les palais. Comme tout cela est calme et limpide! quels atomes nous sommes devant la moindre de ces étoiles ! »
* Sir Walter Scott annonça à M. Murray qu’il acceptait cette dédicace.
* Annalei du Théâtre, de M. Payne Collier. Histoire du Théâtre français, t. II, p. SS.
* On lit ici dans le manuscrit: «Je m’attends It être accusé de manichéisme ou de toute autre hérésie finissant en frme, le tout faisant une formidable figure aux yeux, sonnant d’une façon terrible aux oreilles de ceux qui seraient aussi embarrassés de donner la définition de ces mots que les pieux et impartiaux inventeurs de ces épithètes. Je puis u’ailleurs me justifier de ces accusations : je puis même les rétorquer.»
* Les Mémoires d'Alfieri ont été traduits en français.
* « La prière, » dit lord Byron, à Céphalonie, «ne doit pas consister dans l’action de s’agenouiller ou de répéter certains mots d’une manière solennelle ; la dévotion est une affection du cœur, et je la ressens quand je regarde les merveilles de la création; je m’incline devant la majesté du ciel, et, lorsque je savoure les jouissances de la vie, la santé et le bonheur, j’éprouve delà reconnaissance pour Dieu, à qui je les dois. » — ■ Tout cela est bien, «dis-je; « mais pour être chrétien, il faut aller plus loin.» — «J’ai plus lu la Bible que vous ne le croyez, » me dit-il ; «j’ai une Bible que ma sœur, qui est une excellente femme, m’a donnée, et je la lis très souvent. » Il alla dans sa chambre & coucher, et revint en apportant une Bible de poche bien reliée, qn’il me montra.
Conversatiosis du docteur Kennedy arec lord Byron, p. 135.
1 1l n'y a rien dans Carn, dit lord Byron, contre l’immortalité de l’âme, que je me souvienne ; ce ne sont point là mes opinions ; mais dans on drame, le premier ange révolté et le premier meurtrier doivent parler selon leur caractère. B.
* Les quatre rivières qui coulaient autour de l’Éden, et conséquemment les seuls fleuves que Caïn connût sur la terre.