WERKER. ACTE III, &CÈ.NE IV
s’en doute, ce n’est qu’un soupçon , et il n’est qu’un imbécile; d’ailleurs sa sottise sera si occupée, que force lui sera d’oublier l’inconnu Werncr, afin de songer à des intérêts plus importants pour lui. Les lois, si elles ont jamais été en vigueur dans ce village, sont toutes suspendues b la suite de la guerre de Trente Ans ; c’est a peine si elles s’élèvent lentement de la poussière où les armées, dans leur marche, les ont refoulées. Slralenheim , quoique noble, est inconnu en ce lieu, si ce n’est à ce titre, sans domaine, sans autre influence que celle qui a péri avec lui. 11 est peu d’hommes dont l’autorité se prolonge au delh des huit jours qui suivent leurs funérailles, k moins que ce ne soit par l’intermédiaire de parents mus par l’intérêt; ce n’est pas ici le cas : il est mort isolé, inconnu ; —une tombe solitaire, obscure comme ses mérites, sans écusson, c’est tout ce qu’il obtiendra, et tout ce dont il a besoin. Si je découvre l’assassin, tant mieux; — sinon, croyez que nul autre ne le découvrira; tous ces laquais pourront hurler sur sa cendre, comme ils faisaient autour de lui quand il allait périr sur l’Oder; mais ils ne remueront pas plus aujourd’hui qu’alors. Partez ! partez ! je ne dois pas entendre votre réponse ! — Voyez , les étoiles ont presque disparu , et une teinte blanchâtre commence k altérer la noire chevelure de la Nuit. Ne me répondez pas : — pardonnezmoi si j’use d’autorité ; c’est votre flls qui vous parle, votre fils si longtemps perdu , retrouvé si tard ! — Appelons ma mère, marchez rapidement et sans bruit, et laissez-moi le soin du reste; je réponds de l’événement en ce qui vous regarde; et c’est Ik le point principal; c’est mon premier devoir, et j’y serai fidèle. Nous nous verrons au château de Siégendorf; nos bannières s’y déploieront encore avec gloire ! Pensez k cela seulement, et abandonnez-moi tous les autres soins ; ma jeunesse saura faire face k tout. — Parlez ! et que votre vieillesse soit heureuse ! — Je vais embrasser ma mère une fois encore ! et qu’ensuite le ciel vous soit en aide !
Wern. Ce conseil est prudent; — mais est-il honorable?
Ulr. L’honneur d’un fils consiste, avant tout, à sauver son père. {fis sort&it.)
tîOS OEUVRES DE LORD DTROS,