‹ Œuvres complètes de Lord Byron DramesChapitre 127 sur 133 · WEHNER. ACTE IV, SCÈNE I. S · texte numérisé non relu

WEHNER. ACTE IV, SCÈNE I. S

Ulr. Scrait-il vrai ?

Ida. Mais non ; le voilà qui se répand de nouveau, comme un torrent, sur votre front.

Ulr. {se remettant). S’il s’est retiré, c’est que votre présence l’a fait refluer vers mon cœur qui ne bat que pour vous, charmante cousine.

Ida. Encore cousine!

Ulr. Eh bien! je vous appellerai ma sœur.

Ida. Ce nom me déplaît encore davantage. — Plût à Dieu que nous n’eussions jamais été parents !

Ulr. (d’un air sombre). Plût à Dieu !

Ida. O ciel ! pouvez-vous proférer un tel vœu ?

Ulr. Chère Ida, ma voix n’a été que l’écho de. la vôtre.

Ida. Oui, Ulric; mais je n’ai point accompagné mes paroles d’un regard comme le vôtre, et je savais à peine ce que je disais. Mais que je sois votre sœur ou votre cousine, tout ce que vous voudrez, pourvu que je vous sois quelque chose.

Ulr. Vous serez tout pour moi, — tout...

Ida. Vous l’étes déjà pour moi ; mais je puis attendre.

Ulr. Chère Ida!

Ida. Appelez-moi Ida, votre Ida; car je veux être à vous, et à vous seul. — El, en effet, il ne me reste plus que vous depuis que mon pauvre père.. (Elle s’arrête.)

Ulr. 11 vous reste le mien — et moi.

Ida. Cher Ulric, combien j’aurais dé.siré que mon père pût être témoin de mon bonheur, auquel il ne manque plus que sa présence !

Ulr. Vraiment?

Ida. Vous l’auriez aimé; vous lui auriez été cher, car les braves s’aiment l’un l’autre ; ses manières étaient un peu froides, sou âme était fière : c’est l’apanage de la naissance; mais sous cet extérieur de gravité... — Oh! si vous l’aviez connu, si vous aviez été près de lui pendant son voyage, il ne serait pas mort sans un ami pour alléger la solitude de set derniers moments.

Ulr. Oui dit cela?

Ida. Quoi ?

T. iii. 33

!>i4 (EUVBES DE LORD BTRON.

Ulr. Qu’il est mort dans l’isolement ?

Idâ. La rumeur publique, la disparition de ses serviteurs qu’on n’a jamais revus. Elle devait être bien redoutable la maladie qui les a tous moissonnés!

ÜLR. Puisqu’ils étaient près de lui, il n’est donc pas mort seul et sans secours.

Ida. Hélas! qu’est-ce qu’un valet a notre lit de mort, alors que l’œil, prêt h se fermer, cherche vainement un objet aimé ! On dit qu’il est mort d’une fièvre.

ÜLR. On dit! cela esL

Ida. Je rêve quelquefois autre chose.

ÜLR. Tous les rêves sont faux.

Ida. Et, pourtant, je le vois comme je vous vois.

ÜLR. Où?

Ida. Dans mon sommeil, — je le vois couché, pâle et sanglant, et un homme tenant un couteau levé sur lui.

ÜLR. Vous ne voyez pas son visage?

Ida (le regardant). Non! O mon Dieu! et vous,, le voyezvous?

ÜLR. Pourquoi celle question ?

Ida. Parce que vous avez l’air d’un homme qui voit devant lui un assassin.

ÜLR. (agité), Ida, c’est un enfantillage; votre faiblesse me gagne, je l’avoue h ma honte; cela vient de ce que tous vos sentiments sont partagés par moi. Veuillez, ma chère enfant, changer...

Ida. Enfant! en vérité! j’ai compté ma quinzième année.

(Un cor résonne.)

Rod. Seigneur, entendez-vous le cor?

Ida. (avec humeur à Rodolphe), Pourquoi le lui dire? ne peut-il l’entendre sans que vous lui serviez d’écho?

Rod. Pardounez-moi, belle baronne.

Ida. Je ne vous pardonnerai pas, à moins que vous ne m’aidiez à dissuader le comte ülric de se rendre aujourd’hui à la chasse.

Rod. Madame, vous n’avez pour cela nul besoin démon aide.

ÜLR. Je ne puis m’en dispenser.

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