‹ Œuvres complètes de Lord Byron DramesChapitre 128 sur 133 · WERNER. ACTE IV, SCÈNE 1. 51 S · texte numérisé non relu

WERNER. ACTE IV, SCÈNE 1. 51 S

Ida. Vous n’irez pas.

Ulr. Je n’irai pas?

Ida. Non, ou vous n’êtes point un vrai chevalier. — Venez, cher Ulric ; cédez-moi sur ce point pour aujourd’hui seulement : le temps est incertain, vous êtes pâle, et semblcz mal à votre aise.

Ulr. Vous plaisantez.

Ida. Nullement; demandez à Rodolphe.

Rod. Il est vrai. Seigneur ; depuis un quart d’heure vous avez plus changé que je ne vous ai vu faire depuis des années.

Ulr. Ce n’est rien; mais, dans tous les cas, le grand air me remettra. Je suis un vrai caméléon, jene vis que de l’atmosphère ; vos fêtes dans les salons, vos joyeux banquets, ne nourrissent pas mon âme ; — il me faut la forêt, il me faut respirer l’air libre des hautes montagnes, où j’aime tout c^* qu’aime l’aigle.

Ida. Hormis sa proie, j’espère.

Ulr. Charmante Ida, souhaitez-moi une heureuse chasse, ■ et je vous rapporterai pour trophées huit hures de sangliers.

Ida. Vous persistez donc ii partir? Vous ne partirez pas! venez, je chanterai pour vous.

Ulr. Ida, vous n’ôtes guère faite pour être l’épouse d’un soldat.

Ida. Je ne demande point k l’être ; j’espère bien que ces guerres sont pour jamais finies, et que vous vivrez en paix dans vos domaines.

Entre WERNER devenu comte SIÉGENDORF.

Ulr. Mon père, je vous salue, et je regrette que ce soit pour vous quitter si tôt. — Vous avez entendu le cor; les vassaux attendent.

SiÉG. Qu’ils attendent. — Vous oubliez que demain est le jour fixé pour la fêle par laquelle on doit célébrer, h Prague, le rétablissement de la paix. L’ardeur que vous mettez à la chasse ne vous permettra guère d’être de retour aujourd’hui, ou du moins vous serez trop fatigué pour pouvoir demain vous joindre au cortège des nobles.

SIG QCIVRES DE LORD RYR05.

Ulr. Comte, Toasoccuperex maplaceella vôtre; je n’aime pas toutes ces cérémonies.

SiÉG. Non, ülric. Il ne conviendrait pas que seul entre tous nos jeunes nobles...

Ida . El le plus noble de tous par sa mine et ses manières.

SiÉG. (à Ida). C’est vrai, ma ebère enfant : mais pour une jeune demoiselle, vous mettez dans vos paroles un peu trop de franchise. — Ulric, rappelez-vous notre position; songez que nous ne sommes que depuis peu réintégrés dans notre rang. Croyez-moi, cette absence en une pareille occasion, serait remarquée dans toute autre maison, et surtout dans la nôtre. En outre, le ciel, qui nous a rendu l’héritage de nos aïeux en même temps qu’il a donné la paix au monde, a doublement droit k nos actions de grâces; nous devons le remercier, d’abord pour notre patrie, ensuite pour nousmêmes, de ce qu’il a permis que nous soyons ici pour partager ses bienfaits.

Ulr. {à part). Il ne lui manquait plus que d’être dévot. {A son père.) Eh bien, Seigneur, je vous obéis. (A un Domestique.) Ludvfig, congédiez les vassaux. [Ludwig sort.)

Ida. .\insi, vous lui accordez sur-le-champ ce que j’aurais pu demander en vain pendant des heures entières.

SiÉc. [souriant.) J’espère, petite rebelle, que vous n’êles pas jalouse de moi. Vous voudriez donc sanctionner la désobéissance envers tout autre que vous? Hais rassurez-vous, le temps viendra bientôt où vous exercerez sur lui un pouvoir plus doux et plus sùr.

Ida. Mais je désirerais gouverner dès à présent.

SiÉc. Gouvernez votre harpe qui vous attend avec la comtesse dans sa chambre. Elle se plaint que vous faites inûdélité kla musique; elle désire votre présence.

Ida. Adieu donc, mes généreux protecteurs. Ulric, viendrez-vous m’entendre?

Ulr. Tout a l’heure

Ida. Soyez persuadé que mes chants seront préférables aux sons de votre cor; soyez ponctuel k venir; je vous jouerai la marche du roi Gustave.

^VERNER. ACfE IV, SCÈNE I.

ÜLR. Pourquoi pas celle du vieux Tilly?

Ida. Ce monstre ! jamais ! je croirais tirer de ma harpe des gémissements, et non de l’harmonie, si je le prenais pour sujet de mes chants. — liais venez promptement; votre mère sera heureuse de vous voir. (Ida sort.)

SiÉG. Ulric, je désire vous parler en particulier.

Ulr. Mon temps vous appartient. (Bas, à Rodolphe.) Rodolphe, éloigne-toi; fais ce que je t’ai dit, et que j'aie une prompte réponse de Rosemberg.

Rod. Comte Siégendorf, avez-vous quelques ordres a me donner? je pars pour un voyage au delà de la frontière.

SiÉG. (tressaille). Ali! où? quelle frontière?

Rod. La frontière de Silésie, pour me rendre... (Bas, à Ulric.) Où lui dirai-je que je vais?

Ulr. (Bas, à Rodolphe.) A Hambourg. (A part.) Ce mot suffira, je pense, pour mettre un terme à son interrogatoire.

Rod. Comte, pour me rendre à Hambourg.

SiÉG. (agité.) A Hambourg? non, je n’ai rien à faire de ce cété-là ; je n’ai aucun rapport avec cette ville. Ainsi, que Dieu vous soit en aidel

Rod. Adieu, comte de Siégendorf. (Rodolphe sort.)

SiÉG. Ulric, cet homme qui vient de partir est un de ces étranges compagnons dont je me proposais de vousentrclcnir.

Ulr. Seigneur, il est de noble naissance, et appartient à l’une des premières maisons de la Saxe.

SiÉG. 11 ne s’agit pas de sa naissance, mais de sa conduite. On parle de lui d’une manière peu favorable.

Ulr. C'est ce qui arrive à la plupart des hommes. Le monarque lui-même n’est pas à l’abri de la médisance de son chambellan ou de l’ironie du dernier courtisan dont il a fait un ingrat en le comblant d’honneurs.

SiÉc. S’il faut parler clairement, il court des bruits plus que fâcheux sur ce Rodolphe; on dit qu’il fait partie des bandes noires qui infestent la frontière.

Ulr. Ajoutez-vous foi à ces on dit?

SiÉG. Dans ce cas, oui.

Ulr. Dans tous les cas, je croyais que vous connaissiez

CECVRES DE LOBD BTROÎI.

ggex le monde pour ne pas considérer une accusation ^otnnie une senlemte définitive.

SiÉG. Mon fils, je vous comprends, tous voulez parler de... Vais ma destinée a leUemenl jeté sur moi ses filets, que, geinblablc k la mouclic que l’araignée a prise dans sa toile, le ne puis que me débattre, sans pouvoir les briser. Prenez carde, blric; vous avez vu où les passions m’ont conduit;

> ingt longues années d'indigence et de malheur n’ont pu les ^orlir. Vingt mille ans encore de moments pareils à ceux que j’ai passés, et qui seraient des années si la Douleur était cjiargée de les compter, ne pourraient efîaeer ou expier la (jénience et la bonté d’un instant. Ulric, écoutez les avis de ^olre père ! — Je n’ai pas écoulé le mien, et vous me voyez !

Dlr. Je vois Siégendorf heureux et chéri , en possession jjes domaines d’un prince, honoré de ceux qu’il gouverne, ainsi que de ses égaux.

SiÉc. Peux-lu bien me dire heureux, quand je crains pour chéri, quand tu ne m’aimes pas? Tous les cœurs, hormis un seul, peuvent éprouver de l’afiFecUon pour moi ; — 0jais si celui de mon üls reste froid....

ÜLR- 0*^* ose dire cela ?

SiÉG. Nul autre que moi ; je le vois, — je le sens plus douloureusement que ne sentirait votre glaive dans soiT cœur l’adversaire qui oserait vous tenir ce langage. Mais mon cœur gurvil k sa blessure.

Ulr. Vous vous trompez; mon caractère n’est pas accoutuniè k des manifestations extérieures de tendresse ; séparé mes parents pendant douze années, comment pourrait-il être autrement ?

SiÉG. Et moi, ne les ai-je point également passées, ces jouze années, dans la douleur de votre absence ? Mais c’est go vain que je vous parlerais ; des remontrances n’ont jajïiais corrigé la nature. Changeons de sujet de conversation; considérez, je vous prie, que si vous continuez k fréquenter ges jeunes nobles violents, connus par de funestes exploits (oui, des plus funestes, s’il faut en croire le bruit public),

jls vous conduiront....

Ulr. (avec impatience). Je ne me laisserai jamais conduire par personne.

SiÉG. J’espère aussi que vous ne conduirez jamais dè tels hommes; afin de vous arracher, une fois pour toutes, aux périls de votre jeunesse et de votre audace, j’avais jugé convenable de vous faire épouser Ida Stralenbeim, — d’autant plus que vous paraissiez l’aimer.

Ulr. J’ai dit que je me conformerais li vos ordres, quand vous m’ordonneriez d’épouser Hécate; un flls peut-il en dire davantage ?

SiÉG. Un flls qui parle ainsi en dit trop. Il n*est point dans la nature de votre âge, de votre sang, ni de votre caractère, de parler si froidement, ou d’agir avec tant d’insouciance, dans une matière qui couronne ou détruit la félicité d’un homme; car il n’est point de repos sur l’oreiller de la Gloire si l’Amour n’y appuie point sa tête. Quelque penchant impérieux, quelque sombre démon s’est mis à votre service pour égarer le mortel qui le croit son esclave, et pour asservir toutes ses pensées; autrement, vous m’auriez dit sur-lechamp ; « J’aime la jeune Ida! et je Tépouserai; » ou bien : a Je ne l’aime pas, et toutes les puissances de la terre ne me la feront jamais aimer.» — C’est ainsi, moi, que j’aurais répondu.

ÜLR. Mon père! vous vous êtes marié par amour.

SiÉG. C’est vrai; et c’est Ih que j’ai trouvé mon unique refuge dans bien des infortunes.

Ulr. Ces infortunes n’auraient jamais eu lieu sans ce mariage d’amour.

SiÉG. Voilà encore un langage contraire à votre âme et à votre nature. Qui jamais à vingt ans a fait pareille réponse?

Ulr. Ne m’avez-vous pas recommandé de ne pas suivre votre exemple ?

SiÉG. Jeune sophiste ! en un mot, aimez-vous ou n’aimezvous pas Ida ?

Ulr. Qu’importe, si je suis prêt à vous obéir en l’épousant?

SiÉG. Pour vous, la chose peut être indifférente; mais pour elle, il y va de sa vie tout entière. Elle est jeune, elle est

:>20 (EDVBES DE lOBD BTBOÜ.

belle, elle vous adore; — elle est revêtue de tous les dons qui peuvent répandre sur vous le bonheur et faire de votre vie un rêve ineflable, ce je ne sais quoi que les poêles ne peuvent peindre, et que la philosophie pourrait échanger contre la sagesse si la sagesse ne consistait pas h aimer la vertu ; celle qui donnera tant de bonheur en mérite un peu en retour. Je ne voudrais pas voir son cœur se briser pour un homme qui n’aurait point de cœur à briser, ou se flétrir sur sa tige comme la rose pâlissante, abandonnée par l’oiseau qu’elle prenait pour le chantre des nuits, comme disent les contes d’Orient. Elle est....

Ulb. La fille de Stralenheim, votre ennemi. Néanmoins, je l’épouserai, quoique, b dire vrai, en ce moment je ne sois pas violemment épris d’une telle union.

SiÉG. Mais elle vous aime.

Ulb. Je l’aime également; c’est pour cela que je voudrais y penser deux fois.

SiÉG. Hélas! c’est ce que l’Amour n’a jamais fait.

Ulb. Alors, il est temps qu’il commence, qu’il ôte le bandeau de ses yeux, et qu’il regarde avant de prendre son élan; jusqu’ici il a agi eu aveugle.

SiÉc. Mais vous consentez à cet hymen?

Ulb. J’y ai consenti, et j’y consens encore.

SiÉG. Fixez donc le jour.

Ulb. L’usage et la courtoisie veulent que ce soit la dame qui le fixe.

SiÉG. Je m’engagerai pour elle.

Ulb. C’est ce que je ne voudrais faire pour aucune femme; et comme je voudrais ne plus rien voir changer à ce que j’aurais une fois décidé, quand elle aura donné sa réponse, je donnerai la mienne.

SiÉG. Mais il est de votre devoir de faire les avances.

Ulb. Comte, ce mariage est votre œuvre; chargez-vous donc de tous ces soins ; mais, pour vous complaire, je vais maintenant offrir mes devoirs à ma mère, auprès de qui, vous le savez, Ida se trouve en ce moment. Que voulez vous de moi ? vous m’avez défendu d’aller me livrer b do mâles

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