‹ Œuvres complètes de Lord Byron DramesChapitre 14 sur 133 · DOCK DE VENISE · texte numérisé non relu

DOCK DE VENISE

TRAGÉDIE HISTORIQUE EîtCINQ ACTEE

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PRÉFACE

La conspiration du doge Uarino Faliero est un des événeaionts les plus rrmarquablea que l'on puisse rencopiicr dans les annales du plus étrange gouverneuient, du plus singulier peuple de l'I^nrope moderne ; elle eut lieu en ISâli). Tout ce qui iouclie à Venise est ou fut extraordinaire ; à la contempler oo croirait Être le jouet d'ua rêve ; son liistuire est un roman. La calasiroplie du doge est racontée dans toutes les clirouiques, et particulièrement détaillée dans les Hes des doges, par ilartin Sanuto, cité dans l'appendice. Son. récit est simple, clair, et peut-êlro plus dramatique en lui-mêmn qu’aucun drame babilement travaille sur ce sujet.

Uarino Faliero parait avoir été un homme de talent et de courage. Je le trouve commaodaut en chef les Torces de terre au siégs de Zara, où il hallit <e roi de Hongrie cl son armée de quatre-vingt, mille hommes, dont il tua huit mille hommes sans cesser de tenir les assiégés en échec. Cet exploit n'a de comparable dans l'hisloirq que celui de César il Alésia cl celui du prince Eugène à Belgrade, Il fut encore, pendant celle même guerre, nommé commandant do la flotte, et pi'ij Capo-d’Istria. H al|p en qualité d ambassadeur à Cènes et à Rome. C'est dans celle dernière ville qu'il reçut la nouvelle de son élection au dogat. Son absence montrait combien U devait peu cct honneur à l'intrigue, car il apprit en miuae Icmp» la mort de son prédécesseur et sa propre élection. Mais il paraît avoir été d'un caractère violent. Sauiilo raconte que plusieurs années auparavant, étaul podestat et capitaine à Xrévise, il donna un soufflet à révêque parce qu’il tardait à apporter l'hostie. Et lù-dessus, Thonnêle Sanuto l’accabla de la prédiction que Tvackum (U k Square dun» Tom loties ; mais U ne nous apprend pas s’il fut puni ou réprimandé par le sénat pour oetle violence. Il semble, d'ailleurs, avoir fuit par la suite sa paix avec l'Ëglise ; car nous le voyons depuis ambassadeur à Rome et investi du flef de. 'Val di Mariao. dans la marche de Trévise, et du litre dfi comte, par Lorenm, qo«iQ-évéf

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que de Ceneda. Pour ces faits, mes autorités sont Sanuto, Victor Sandi, Andrea Navagero, et la relation du siège de Zara, publiée pour la première fois par l’infatigable abbé Morelli dans les JUonumenli veneziani di varia LiUeratura, imprimés en 1796. J’ai consulté tous ces auteurs dans leur langue originale.

Les modernes, Daru, Sismondi et Laugier, sont à peu près d'accord avec les anciens chroniqueurs. Sismondi attribue la conspiration à la jalousie; mais je ne trouve aucun auteur national qui confirme cette assertion. Victor Sandi dit bien, à la vérité : — — • Aliri scrissero clie... dalla gelosa suspizion di esso doge siasi fatto (Michel Sténo) stacrar con violenza ; > — mais telle ne paraît pas avoir été l’opinion générale, et Sanuto ni Navagero n’en disent rien ; Sandi lui-même, un moment après, ajoute que — • Per altre veneziane memorie traspiri, che non il solo desiderio di vendetta lo dispose alla congiura, ma anche la innata abituale ambizion sua, per cul anelava a farsi principe independente. » — Le motif qui le détermina fut sans doute la grossière injure que Sténo écrivit sur le dos de la chaise du doge, et le châtiment disproportionné que les Quarante prononcèrent contre le coupable, qui était un de leurs Ire capi. Il paraît, d’ailleurs, que les galanteries de Sténo s'adressaient à une de$ suivantes de la dogaresse, et non à elle-même, dont la réputation ne semble pas avoir subi la plus légère atteinte, et dont tous vantent la beauté et la jeunesse. Personne n'alïlrme (à moins qu'on ne prenne le bruit rapporté par Sandi pour une alllrmation), que le doge fut poussé par la jalousie ; il est plus probable qu'il n’écouta que son respect pour elle et les soins de son propre honneur, que ses services passés et sa dignité actuelle devaient rendre inviolable. • •

Je ne connais point d'auteur anglais qui ait rapporté cet événement, i l'exception du docteur Moore dans son Coup d’œil sur l'Italie; son récit est faux, prolixe et rempli de plaisanteries grossières contre les vieux maris et les jeunes femmes. Il s'étonne qu’un aussi grand événement ait eu une pareille cause. Qu'un observateur aussi fin et aussi judicieux que l'auteur de Zuleco puisse s'étonner d'un fait aussi simple, voilà ce qui est inconcevable ; ne sait-il pas qu’une aiguièred’eau répandue sur la robe de mistrissMasham priva le duc de Harlborough de son gouvernement, et amena la paix déshonorante d’Utrecht ; que Louis XIV fut entraîné dans une suite d’elfrojables guerres parce que son ministre fut mécontent de lui voir critiquer une fenêtre, et résolut de lui fournir d’autres occupations ; qu'Hélène perdit Troie ; que Lucrèce chassa les Tarquins de

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