‹ Œuvres complètes de Lord Byron DramesChapitre 19 sur 133 · UARINO FALIERO. ACTE I, SCÈNE II. SI · texte numérisé non relu

UARINO FALIERO. ACTE I, SCÈNE II. SI

Bert. Fal. II ne la garderait pas douze heures, si vous me laissiez faire : si vous m’aviez écouté avec calme, vous auriez vu que mon intention n’était pas de laisser l’oiTense de ce scélérat impunie; je voulais seulement vous voir réprimer cette explosion de colère, afin de concerter ensemble les moyens de nous défaire de lui.

Le Doge. Non, mon neveu : il faut qu’il vive, du moins pour le moment. — Une vie aussi méprisable que la sienne serait peu de chose à présent. Dans l’antiquité, certains sacrifices n’exigeaient qu’une victime; il fallait une hécatombe pour les grandes expiations.

Bert. Fal. Vos volontés seront ma loi; cependant j’aurais voulu vous montrer combien j’ai b cœur l’honneur de notre maison.

Le Doge. Ne crains rien, tu pourras le prouver en temps et lieu; mais ne sois pas trop emporté, comme je l’ai été moi-même. Je suis honteux maintenant de ma colère; je te prie de me la pardonner.

Bert. Fal. Je reconnais enfin mon oncle! l’homme politique et l’homme d’Ltat, celui qui commande à la république et à lui-même ! Je m’étonnais de vous voir, b votre âge, oublier b ce point la prudence dans votre emportement, bieo que la cause...

Le Doge. Oui, songe b la cause, — ne l’oublie pas : — quand tu te livreras au sommeil, qu’elle vienne rembrunir les rêves; quand l’aurore paraîtra, qu’elle se place entre le soleil et toi, comme un nuage de mauvais augure dans un jour de fête; — mais pas une parole, pas un mouvement; — abandonne-moi le soin de touf; nous aurons de l’occupation, et tu en prendras ta part. — Mais maintenant, retiretoi; il convient que je sois seul.

Bert. Fal. {relevant la toque ducale et la replaçant sur la table). Avant de partir, je vous prie de reprendre ce que vous avez repoussé , jusqu’b ce que vous le changiez contre une couronne. Maintenant je vous quitte, vous suppliant de compter sur moi et sur mon empressement b faire tout ce que le devoir prescrit b un parent fidèle et dé-

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voué, et k un citoyen et sujet non moins loyal. {Il sort.)

Le Doce. Adieu, mon digne neveu. {Il prend la toque ducale.) Colifichet frivole ! entouré de toutes les épines qui garnissent une couronne, sans investir le front insulté qui te porte do la toute-puissante majesté des rois; jouet doré, inutile et dégradé, je te reprends comme je ferais d’un masque! Comme tu pèses douloureusement sur ma tête! comme sous ton poids honteux mes tempes éprouvent unfe sensation fébrile! Ne pourrais-je te transformer en diadème ? Ne pourrais-je briser ce sceptre de Driaréc que lient un sénat aux cent bras, qui réduit le peuple à rien, td fait du prince un roi de théâtre? Dans ma vie, je^suis venu k bout d’entreprises plus difficiles — exécutées pour ceux qui m’ont ainsi récompensé. — Ne puis-je donc les payer de retour ? Oh ! que l’on me rende une année ou même un jour seulement de ma robuste jeunesse, alors que mon corps obéissait k mon âme comme le coursier généreux à son cavalier! alors je me serais élancé sur eux, et il nè m’eût pas fallu beaucoup d’aide pour jeter bas ces patriciens orgueilleux; il me faut maintenant chercher des bras plus jeunes pour mener k fin les projets do cette tête blanchie;— mais mes plans seront si bien conçus, que leur exécution n’exigera pas des forces herculéennes, quoique ma pensée soit comme un chaos, et ne couve encore que des germes imparfaits; mon inwtginalion est dans son premier travail; elle approche de la lumière les images obscures des choses, afin que le jugement choisisse avec maturité. — Les troupes sont en petit nombre dans... — {Entre Vincenzo).

ViNC. Quelqu’un demande audience k votre altesse.

Le Doce. Je suis indisposé, — je ne puis recevoir personne, pas même un patricien; — qu’il porte son affaire au conseil.

ViNC. Seigneuv, je vais transmettre votre réponse. C’est une affaire de peu d’importance sans doute; ce n’est qu’un plébéien, le patron d’une galère, je crois.

Le Doge. Le patron d’une galère, dites-vous? c’est un

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serviteur de TÉtat. Qu’on l’introduise; il vient peut-être pour un objet relatif au service public. (Vimmzo ^orl.)

Le Doce. Il faut sonder ce patron ; je teux savoir ce qu’il pense. Je sais que le peuple est mécontent ; il a des motifs de l’être depuis la victoire des €énois dans ia journée funeste de Sapienza; il en a d’autres encore depuis qu’il n’est plus rien dans l’État , et dans la Cité moins que rien, simple in*strument condamné à servir les .plaisirs patriciens des nobles. Les troupes, trop souvent bercées de vaines promesses, réclamenfle>long arriéré de leur solde, et mürinurent soiirdemenl.-^Au moindre espoirde changement, elles se soulèveront ; elles se payeront elles-mêmes par le butin. Mais les prêtres... je doute que le clergé embrasse notre cause; il me déteste depuis le jour où, impatienté, je frappai le trop lent évêque de Trévise , pour lui faire acf^^er sa marche sainte Cependant on peut se les côndiiar , du moins le pontife de Rome, par des concessions opportunes ; mais, sur toute ebosO, il me faut de la célérité « je suis au crépuscule de mes jours ; à cet âge il reste à la vie peu de lumière. Si je ^uvais délitret Venise et venger mes injures, je croirais avoir assez vécu > et le moment d’après je ne dananderars pas mieux que de dormir avec mes pèr^ ; s’il n’ten doit pas être ainsi, mieux eût valu que sur mes quatre-vingts années, soixante iùissent déjà où , ^ peu m’importe quand — toutes doivent aller s’éteindre; — mieux eût valu qu’elles n’eussent jamais été, que de m’être traîné jusqu’ici pour devenir ce que ces infâmes oppresseurs voudraient*faire de moi. Voyons, iVy a trois mille hommes de bonn^i ‘troupes cantonnés à... {EntfmtVincento^kfàëiBert^ciù.)

ViNC. Avec la permission de votre altesse, ta patron qi^ je vous ai annoncé est id et «tiend votre bon plaisir.

Le !>ôoe. Vincenzo, lalssez^^nous. Voi®,

avancez ; — que demandez^ous ?

IsR. BERt. Réparation.

Le Doge. A qui?

IsR. Bert. a Dieu et au Doge.

Le Doge. Hélas ! mon ami, vous vous adressez à ce qu’il

y a de moins respecté et de moins influent à Venise; il faut présenter votre réclamation au conseil.

IsR. Bcrt. Ce serait inutile : celui qui m’a outragé en fait

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