‹ Œuvres complètes de Lord Byron DramesChapitre 21 sur 133 · UARINO FALIERO. ACTE I, SCÈNE II. S · texte numérisé non relu

UARINO FALIERO. ACTE I, SCÈNE II. S

Le Doge. Comment ! nous sommes camarades ? — Je n’ai revêtu que depuis peu la robe ducale, et vous avez été nommé commandant de l’arsenal avant mon retour de Rome ; c’est ce qui fait que je ne vous ai pas reconnu. Â qui devez-vous votre place?

Isa. Bert. Au dernier doge; je conserve mon ancien commandement comme patron d’une galère ; mon nouvel emploi m’a été donné en récompense de quelques cicatrices ( ainsi daignait le dire votre prédécesseur). J’étais loin de m’attendre que les fonctions que je devais à sa bienveillance, m’amèneraient un jour devant son successeur en suppliant malheureux, du moins pour une telle cause.'

Le Doge. Etes-vous grièvement blessé?.

IsR. Bert. D’une manière irréparable dans ma propre estime.

Le Doge. Parle ouvertement, ne crains rien ; violemment outragé comme tu l’es, quelle vengeance voudrais-tu tirer de cet homme ?

IsR. Bert. Celle que je n’ose nommer, et que j’obtiendrai cependant.

Le Doge. Que viens-tu donc faire ici ?

IsR. Bert. Je viens demander justice, parce que mon général est doge, et ne laissera pas fouler aux pieds l’un de ses vieux soldats. Si tout autre que Faliero eût occupé le trône ducal, un autre sang eût effacé celui-ci.

Le Doge. Tu viens me demander justice, — imoi! doge de Venise, et je ne puis te l’accorder ; je ne puis l’obtenir pour moi-même. — 11 n’y a pas une heure qu’on me l’a solennellement refusée !

IsR. Bert. Que dit votre altesse ?

Le Doge. Sténo est condamné à un mois d’emprisonne* ment.

IsR. Bert. Quoi ! celui qui osa souiller le trône ducal de ces mots infâmes qui ont honteusement retenti à toutes les oreilles dans Venise?

Le Doge. Sans doute que l’écho de l’arsenal les a répétés ; ils ont accompagné le marteau tombant en mesure, et fourni

S8 (EUVRCS DE LORD BTROE.

un texte de plaisanteries à l'artisan goguenard ; ils ont m£lé leur gai refrain au bruit des ratnes , et les esclaves de nos galères les ont chantés en chœur , en se félicitant de n’êy« pas des radoteurs outragés comme le doge.

IsR. Bert. Est il possible? un mois d’emprisoimemcfit ! et c’est Ik toute le punition de Sténo ?

Le Doge. Tu as appris l’offense, tu connais maintenant le châtiment; et tu me demandes justice, h mot! Adresse-toi aux Quarante, qui ont prononcé la sentence contre Mtcliel Sténo ; iis agiront sans doute de même avec Borbaro.

IsR. Bert. Oh ! si j’osais parler !

Le Doge. Parle,'jc puis tout ædurtn' maintenant.

IsR. Bert. Eh bien! vous n’avez qu’un mol k dire pour punir et venger, •— je ne dis pas mon injure, qui est peu de chose; car qu’esl-ce qu’un coup, quelque honte qui s’y m* Utcbe, qumid l’injure ne s’adresse qu’à un être aussi chétif que moi? — mais le lâche oulra^ fait à votre dignité et à votre personne.

Le Doge. Tu exagères mon pouvoir, qui n’est qu’un pouvoir de parade. Celte toque n’a rien de commun avec la couronne d’un monarque ; ce manteau peut exciter la compassion à aussi juste litre que les haillons d’un mendiant, et même davantage : car les guenilles d’un indigent lui appartiennent, et celles-ci ne sont que prêtées à la pauvre marionnette dont le réle et la puissance s^t limités à cette hermine.

IsR. Bert. Voudrais4u être roi?

Le Doge. Oui, -—d’un peuple heureux.

IsR. Bert. Youdrais-tu être souverain sagùeut de Venise *®?

Le Doge. Oui, à condition que le peuple partageât celte souveraineté, et que ni lui ni moi ne fussions plus les esclaves de celte hydre aristocratique aux proportions gigantesques , au corps venimeux, et dont les têtes empoisonné exhsdent parmi nous des vapeurs pestitentielles.

IsR. Bert. Cependant lu es né et tu as vécu patricien.

Le Doge. Pour mon malheur, je suis né tel; ma naissance, CD me faisant doge, m’a exposé à l’insulte. Mais si j’ai tra-

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