‹ Œuvres complètes de Lord Byron DramesChapitre 27 sur 133 · SCÈNE n · texte numérisé non relu

SCÈNE n

La maison on se rassemblent les conspiratewrs,

PAGOLÎNO, DORO, RERTRAM, FEüELE TREVISANO, CALENDARO, ANTONIO DELLE RENDE, etc., etc.

Cal. Tous sont-ils ici ?

Dag. Tous, k l’exception des trois qui sont k leur poste, et de notre chef Israël que nous attendons d’un moment k l’autre.

Cal. Où est Bertram?

Bert. Me voici !

Cal. Êtes-vous parvenu k compléter votre compagnie?

Bert. J’avais jeté les yeux sur quelques hommes ; mais je n’ai pas ose leur confier le secret avant d’être assuré qu’ils méritaient ma confiance.

Cal. Il n’y a rien k leur confier : excepté nous et nos ca-

88 a:tITBES DE LORD BTRON.

marades les plus sûrs, nyl n’esl complélemenl instruit de nos intentions, lis se croient secrètement engagés au service de la Seigneurie pour châtier quelques jeunes nobles plus dissolus que les autres, et qui, par leurs excès, ont bravé l’autorité des lois; mais une fois qu’ils auront marché, que leurs épées seront teintes du coupable sang des sénateurs les plus odieux, ils n’hésiteront pas b en sacrifier d’autres, surtout quand ils verront leurs chefs leur donner l’exemple ; et pour ma part, je leur en donnerai un si bon, que, dans l'intérêt de leur gloire et de leur vie, ils ne s’arrêteront pas que tous n’aient été exterminés.

Bert. Que dites-vous, tous?

Cal. Qui voulez- vous épargner?

Bert. Moi! épargner! je n’ai le pouvoir d’épargner personne. C’était seulement une question que j’adressais, pensant que, même parmi ces hommes criminels, il pouvait s’en trouver que leur âge ou leurs qualités pourraient désigner à la pitié.

Cal. Oui, une pitié comme celle que méritent et qu’obtiennent les tronçons séparés de la vipère coupée en morceaux , alors que dans la dernière énergie d’une vie venimeuse, ils tressaillent au soleil d’un mouvement convulsif. Moi en sauver un seul ! j’aimerais autant épargner une des dents du serpent.: ce sont tous les anneaux d’une même chaîne; ils ne forment qu’une masse, qu’une vie, qu’un corps; ils boivent, mangent, vivent et procréent ensemble; ils prennent leurs ébats, mentent, oppriment et tuent de concert : — qu’ils meurent donc comme un seul homme!

Dac. S’il en survivait un seul , il serait aussi dangereux qhe la totalité; ce n’est pas leur nombre, qu’on le compte par dizaines ou par milliers , c’est l’esprit de cette aristocratie qu’il faut déraciner ; s’il restait du vieil arbre un seul rejeton vivant, il prendrait racine dans le sol, et produirait encore un lugubre feuillage et des fruits amers. Bertram, il faut de la fermeté.

Cal. Prends-y garde, Bertram ; j’ai l’œil sur loi.

Bert. Qui se méfie de moi ?

UARINO FALIERO. ACTE III, SCÈNE II. 8t)

Cal. Ce n’est pas moi ; car si cela était, lu ne serais pas ici & nous parler de confiance: c’est de ta sensibilité, et non de ta fidélité qu’on se méfie.

Bert. Vous qui m’écoutez, vous devriez savoir qui je suis et ce que je suis : je me suis voué comme vous à renverser l’oppression ; j’ai un cœur sensible, j’en conviens, et plusieurs d’entre vous l’ont éprouvé. Quant h, ma bravoure, lu dois en savoir quelque chose, toi, Calcndaro, qui m’as vu a l’œuvre ; pour peu qu’à cet égard il te reste des doutes, je suis prêt à les éclaircir .sur la personne.

Cal. Je ne demande pas mieux, dès que nous aurons mis à fin notre entreprise, que ne doit pas interrompre une querelle particulière.

Bert. Je ne suis point querelleur; mais je suis homme à me conduire devant l’ennemi aussi bien qu’aucun de ceux qui m’écoutent; sans cela m’aurait-on choisi pour faire partie des principaux conjurés ? Cependant j’avouerai ma faiblesse naturelle ; l’idée d'un égorgement général me fait tressaillir ; la vue du sang ruisselant sur des télés blanchies n’est point pour moi un spectacle de triomphe, et dans la mort infligée à un ennemi surpris je ne vois point de gloire; je ne sais malheureusement que trop que nous sommes forcés de commettre de tels actes sur ceux qui ont soulevé de tels vengeurs ; mais s’il eût été possible, dans l’inlérét de notre propre ' gloire, d’excepter quelques têtes de celle proscription universelle, d’enlever à notre entreprise quelques taches de meurtre, afin qu’elle n’en fût pas complètement souillée, j’avoue que cela m’eût fait plaisir ; et je ne vois rien là qui justifie les sarcasmes ou les soupçons.

Dag. Calme-loi, Bertram, car nous ne le soupçonnons pas ; aie bon courage; c’est notre cause, et non notre volonté, qui exige de tels actes: les eaux pures de la liberté laveront toutes ces taches. [Entrent Israël Bertucoio et le Doge.)

Dag. Salut! Israël.

Les Conjurés. Sois le bienvenu ! — brave Bertuccio, tu t’es bien fait attendre. — Quel est cet étranger ?

Cal. Il est temps de le; nommer; nos camarades sont prêts

à raccueillir comme uq frère ; je les ai prévenus que lu avais conquis un frère U notre cause; ce choix, ayant Ion approbation, aura aussi la nôtre, tant est grande notre confiance en tous tes actes. Maintenant, qu41 se découvre !

IsR. Bert. Étranger, avancez! (Le Doge se découvre.)

Les Conj. Aux armes ! — nous sommes trahis, — c’est le doge! Qu’ils meurent tous deux, notre capitaine qui nous livre et le tyran auquel il nous a vendus !

Cal., tirant son épée. Arrêtez! arrêtez! quiconque fera un pas vers eux cessera de vivre. Arrêtez! écoulez Berluccio. — Eh quoi ! l’épouvante vous a saisis tous parce qu’un vieillard seul, désarmé, sans défense, est au milieu de vous? — Israël, parle! que signifie ce mystère ?

IsR. Bert. Qu’ils s’avancent! qu’ils s’immolent eux -mêmes en nous immolant, et consomment leur ingrat suicide! car à notre vie sont attachées la leur, leur fortune, leurs espérances.

Le Doge. Frappez ! — Si j’avais craint la mort, une mort plus terrible que celle que peuvent m’infliger vos épées imprudentes, je ne serais pas ici en ce moment : — oh ! le noble courage, fils de la crainte, qui vous pousse à vous attaquer à celte tête blanchie et sans défense ! Voyez ces chefs vaillants ! ils veulent réformer les États, renverser des sénats, et la vue d’un patricien les remplit de fureur et d’effroi ! — Tuez-moi , vous le pouvez; je m’en inquiète peu. — Israël, sont-ce Ih les hommes, les cœurs intrépides dont vous m’avez parlé ? regardez-les !

Cal. En vérité ! il nous a fait honte, et.avec raison. Est-ce là votre confiance dans votre fidèle chef Berluccio ? Vous tournez vos épées contre lui et l’étranger qu’il vous amène ! Remettez-les dans le fourreau, et écoutez ce qu’il a à vous dire.

IsR. Bert. Je dédaigne de parler. Ils pouvaient et devaient savoir qu’un cœur comme le mien est incapable de trahir, et qu’investi par eux du pouvoir d’adopter tous les moyens que je jugerais nécessaires au succès de notre entreprise, je n’en ai jamais abusé. Ils devaient être certains que quiconque venait avec moi k celle assemblée, n’y venait que

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