WAH1S0 FAIIERO. ACTE IV, SCÈNE I
Ant. Oui, seii^aeur; conimaadez-vous quelques rafratcliissemenls?
Lioni. Aucun, excepté le sommeil, et celui-là ne peut se commander. J’espère l’obtenir, malgré l’agitation que j’éprouve. {Antonio sort.) Essayons si le grand air calmera mes esprits; la nuit est belle; le vent orageux qui soufOait de l’orient s’est retiré dans son antre, et la lune brille dans toute sa splendeur. Quel silence ! (Il s'approche d’une croi~ sée ouverte.) Et quel contraste avec le lieu que je viens de quitter, où l’éclat des grandes torches et la lueur plus pâle des lampes d’argent, se reflétant sur les tapisseries des murs, répandent sur la vaste obscurité de ces galeries sombres aux vitraux obscurs, une masse éblouissante de lumière artificielle qui montre toutes choses autrement qu’elles ne sont ! C’est là qu’essayant de rappeler le passé, après une heure pénible employée à la toilette pour donner à son visage les teintes de la jeunesse, après maint regard jeté sur la glace trop fidèle, la femme flétrie par l’àge s’élance dans tout l’orgueil de la parure; se fiant à cette lumière trompeuse et indulgente, elle oublie ses années et croit qu’on les oublie, mais elle se trompe. C’est là que la jeunesse, qui n’a pas besoin de ces vains atours et n’y songe même pas, vient gaspiller sa fraîcheur véritable, sa santé, sa beauté virginale, dans l’atmosphère malsaine d’une foule échauffée par l’ardeur du plaisir. Elle sacrifie ses heures de repos à ce qu’clie prend pour du plaisir; et demain les premiers rayons du jour éclaireront des joues livides, des yeux éteints, qui avaient encore bien des années à attendre avant que l’àgc leur donnât cet aspect. La musique; le banquet, la coupe écumante, les guirlandes, les fleurs, le parfum des roses, — les yeux brillants, les parures éclatantes, — les bras d’albâtre, les chevelures d’ébène, — les tresses, les bracelets, les seins surpassant en blancheur le plumage des cygnes, les colliers ruisselant des trésors de l’Inde, mais moins éblouissants encore que ce qu’ils entourent; ces robes légères et flottantes, comme ces légers nuages qui s’interposent entre le ciel et nos regards; ces pieds agiles, ces pieds de sylphides, dont lagra-
iOi Otivnts DE LOBD EYRO^.
cieuse pelilcsse laisse deviner la symétrie secrète du beau corps qui se termine si bien; — toute l’illusion de cet éblouissant tableau, ces enchantements réels et mensongers de l’art et de la nature qui nageaient devant moi jusqu’à me donner des vertiges, ces spectacles de la beauté dont s’enivraient mes yeux, comme l’Arabe du désert quand un mirage trompeur présente à sa soif abusée l’onde limpide d’un lac imaginaire, tout cela a disparu! — Il n’y a plus autour de moi que les flots et les étoiles, — qui se reflètent dans l’Océan ; spectacle plus beau que celui des torches dont une glace opulente réfléchit la lumière ; et le vaste Grmament, qui est à l’espace ce que l’Océan est k la terre, déroule au loin ses plaines d’azur, rafraîchies par le premier souffle du printemps. Au haut des cieux, la lune s’avance calme et belle; elle éclaire de sa lumière paisible les murs orgueilleux de ces vastes palais assis au milieu des flots; k les voir avec leurs colonnes de porphyre, leurs façades magniliques, ornées des marbres conquis k l’Orient, ainsi rangés comme des autels le long du vaste canal, on les prendrait pour autant de trophées glorieux, sortis du sein des eaux; et leur aspect n’est pas moins imposant que ces géants de l’architecture, ces masses colossales et mystérieuses qui semblent élevées par des Titans, et qui, dans les plaines de l’Égypte, rappellent un passé dont il ne reste point d’autres annales. Tout est paisible et doux : aucun son rude ne se fait entendre; et, s’harmonisantavec la nuit, tout ce qui semeut glisse dans l’air comme un esprit aérien. Les sons d’une guitare vigilante, qu’un amant fuyant le sommeil fait entendre sous le balcon de sa maîtresse éveillée ; le bruit léger d’une croisée qui s’ouvre avec précaution pour lui faire connaître qu’il est entendu, pendant que le cœur du jeune homme frémit comme la corde mélodieuse en voyant une main jeune, délicate, blanche comme la lumière de la lune, avec laquelle elle se confond, qui tremble en ouvrant la fenêtre défendue pour faire entrer l’amour avec l’harmonie ; la clarté phosphorique que la rame fait jaillir, le scintillement rapide des lumières lointaines sur les gondoles qui effleurent les ondes ; les chants des gondoliers
UARI.no FALIERO. acte IV, SCÈNE I. 10”)
qui se répondent en chœur; une ombre qui çà et Ih se projelte sur le Riallo; le falle brillant d’un palais, ou la pointe d’un obélisque : voilà tout ce qui frappe l’oreille ou la vue dans la cité, fille de l’Océan et reine de la terre. — Qu’elle est bienfaisante et douce celle heure de silence! 0 nuit! je le rends grâces, car lu as dissipé ces horribles pressentiments que je ne pouvais écarter au milieu de la foule; et maintenant, avec le secours salutaire de ta paisible et bénigne influence, je vais m’étendre sur ma couche, quoique ce soit vraiment faire injure à une nuit si belle que de l’employer à dormir. (On entend frapper au dehors.)
Écoutons! Quel est ce bruit? Qui vient me voir h pareille heure? {Entre Antonio.)
Ant. Seigneur, un homme qui vient, dit-il, pour affaires urgentes, implore la faveur d’étre introduit près de vous.
Lioni. Est-ce un étranger ? •
Ant. Sa figure est cachée sous son manteau, mais sa voix et scs gestes ne me sont pas inconnus; je lui ai demandé son nom, mais il parait répugner à le dire à tout autre qu’à vous; il demande avec instance qu’on lui permette de vous approcher.
Lioni. Il y a quelque chose d’étrange dans l’heure que cet homme a choisie pour me voir, et dans la manière dont il se présente! cependant il n’y a pas grand danger à courir; ce n’est pas chez eux que les nobles sont poignardés ; après tout, néanmoins, quoique je ne me connaisse pas d’ennemis à Venise, il est sage d’user de quelques précautions. Fais-le entrer, et retire-toi ; mais appelle quelques-uns de tes camarades, qui se tiendront dans la pièce voisine. — Quel peut être cet homme ? {Antonio sort et rentre aussitôt accompagné de Dertram, enveloppé de son manteau.)
Bert. Seigneur Lioni, je n’ai point de temps à perdre, ni vous non plus. — Faites retirer ce domestique; j’ai à vous parler en particulier.
Lioni. Il me semble reconnaître la voix de Berlram ;— sors. Antonio. — Maintenant, étranger, que voulez-vous de moi à cette heure ?
iOC CElIVItES DE Lono BTRON.
Bert. Une faYeur, mon noble patron ; vous en avez accordé un grand nombre à votre pauvre client Bertram ; ajoutez celle-ci k toutes les autres, et vous 1e rendrez heureux.
Liom. Tu m’as eonnu, dès l’enfance, toujours prêt à t’être utile, et k te procurer dans ta condition tous les avantages auxquels un homme de ta classe peut légitimement prétendre; je te promettrais d’avance de t’accorder ce que tu as k me demander si, en considérant l’heure indue et le mode étrange de ta visite, je ne soupçonnais quelque motif mystérieux.— Mais parle: — que t’est-il arrivé? quelque folle et subite querelle ? — une rasade de trop ? une rixe ? un coup de poignard ? — de ces choses qui arrivent tous les jours ? Pourvu que tu n’aies pas versé de sang noble, je te garantis ta sûreté; mais alors il faut t’éloigncr, car des amis et des parents irrités, dans le premier emportement de la vengeance, sont plus à craindre k Venise que les lois
Bert. Seigneur, je vous remercie ; mais...
Lioni. Hais quoi ? tu n’as pas levé une main téméraire contre un homme de notre ordre ? Si cela est, pars, fuis, et ne l’avoue pas; — je ne voudrais point ta mort, — mais dans ce cas mon devoir me défend de te sauver! quiconque a versé du sang patricien...
Bert. Je viens pour sauver du sang patricien et non pas pour en répandre! Il faut que je me hâte de parler; chaque minute perdue peut entraîner la perte d’une vie ; car le temps a échangé sa faux tardive contre une épée k deux tranchants; et, au lieu de sable, il va prendre la cendre des sépulcres pour remplir son sablier! — garde-toi de sortir demain!
Lioni. Pourquoi pas? que signiQe cette menaoe?
Bert. N’en cherche pas la signification, mais fais ce que je le demande en grâce; — demain ne bouge pas de ton palais, quels que soient les bruits que tu entendras ; quand le mugissement de la foule, — les clameurs des femmes, — les cris des enfants, — les gémissements des hommes, — le cliquetis des armes, — les roulements du tambour, — lesonaigu du clairon , la voix des cloches bondissantes, feraient en-
MARIKO FAtlERO. ACTE IV, SCÈNE I. 107
tendre à la fois leur vaste et effrayant concert, — ne sors pas que le tocsin n’ait cessé, et même pour cda attends mon retour.
Lioni. Encore nne fois, qu’est-ce que cela veut dire ?
Bert. Encore une fois, ne me le demande pas; mais par tout ce qui est sacré pour toi sur la terre et au ciel, par toutes les âmes de tes pères, — par l’espérance que tu as de marcher sur leurs traces, et de laisser après toi des descendants dignes d’eux et de toi, — par tout ce qu’il y a de bon- Ikcur dans ton passé et ton avenir, — par tout ce que tu as h craindre dans ce monde et dans l’autre, — par tous les bienfaits que je te dois, et dont je m’acquitte aujourd’hui par un bieiffait plus grand, reste chez toi, — repose-toi de ta sûreté sur tes dieux domestiques et sur ma parole si tu fais ce que je te conseille; — sinon, tu es perdu.
Lioni. Je me perds , en effet , dans l’étonnement qui me saisit-, sûrement tu es dans le délire. Qu’ai-je h craindre? quels sont mes ennemis ? si j’en ai, pourquoi es-tu ligué avec eux, toi? ou pourquoi as-tu attendu jusqu’à ce moment pour m’avertir ?
Bert. Je ne puis rendre à cela. Sortiras-tu en dépit de cet avis Cdèle ?
Lioni. Je ne suis pas homme à me rendre à de vaines menaces dont j’ignore la cause. A quelque heure que le Conseil s’assemble, je ne serai pas du nombre des absents.
Bert. Ne me parle point ainsi. Encore une fois, es-lu décidé à sortir ?
Lioni. Je le suis, et rien ne m’en empêchera.
Bert. Alors, que le ait pitié de ton âme ! — Adieu !...
{H se dispose à s’éloigner.)
Lioni. Arrête. — Quelque chose de plus que ma propre sûreté m’oblige à te rappeler^ nous ne devons pas nous quitter ainsi, Bertram ; il y a longtemps que je te connais.
Bert. Depuis mon enfance, seigneur, vous avez été mon protecteur : à cet âge d’insouciance où le haut rang oublie, ou plutôt n’a point encore appris à se rappeler ses froides prérogatives, nous étions ensemble, nous avons souvent mêlé
nos jeux, nos sourires et nos larmes; mon père était le client de votre père, et moi j’étais, pour ainsi dire, le frère nourricier de son fils; nous avons passé ensemble plusieurs années. Moments heureux! moments chers h mon cœur! oh ! qu’ils étaient différents de celui-ci!
Lioni. Bertram, c’est loi qui les as oubliés.
Bebt. Ni maintenayt, ni jamais; quoi qu’il pût advenir, je vous aurais sauvé. Quand nous devînmes hommes, quand vous vous livrâtes aux affaires publiques, comme il convenait à votre rang, et que d’humbles occupations devinrent le partage de l’humble Bertram, il ne fut cependant point oublié par vous; et si la fortune ne m’a pas été plus favorable, ce n’est pas la faute de celui qui est venu fréquemment à mon aide et m’a soutenu dans ma lutte contre les circonstances, ce torrent qui entraîne le faible. Jamais sang noble n’échauffa un cœur plus noble que le vôtre ne s’est montré k l’égard de Bertram, le pauvre plébéien. Que les sénateurs, vos collègues, ne vous ressemblent-ils!
Lioni. Qu’as-lu à dire contre les sénateurs ?
Bert. Bien.
Lioni. Je sais qu’il est des esprits farouches et turbulents, qui complotent dans l’ombre, qui se retirent dans les lieux écartés et ne sortent que la nuit, enveloppés de leur manteau , pour nous maudire; des soldats licenciés, des anarchistes mécontents , d'effrénés libertins, vils suppôts des tavernes ; tu ne hantes point ces gens. 11 est vrai que depuis quelque temps je t’ai perdu de vue; mais je t’ai connu menant une vie rangée, lu ne te liais qu’avec d’honnôles gens, ta mine était joviale. Que l’esl-il donc arrivé ? Ton œil creux, tes joues pâles, ton maintien agité, semblent indiquer un cœur où luttent la douleur et la honte.
Bert. Douleur et honte plutôt à la tyrannie maudite qui infecte jusqu’à l’air qu’on respire à Venise et fait délirer les hommes, comme aux derniers moments de son agonie le pestiféré exhale une âme en démence!
Lioni. Bertram, des scélérats l’ont endoctriné ; ce ne sont là ni ton langage ni tes sentiments d’autrefois; quelque mi-
HARINO FALIERO. ACTE fV, SCÈNE I. 109
sérable a soufflé dans ton âme le mécontentement. Je ne veux pas que tu te perdes ainsi. Tu étais bon et humain; tu n’es pas né pour les actes de bassesse que le vice et le crime voudraient te faire commettre ; avoue-moi tout. — Confie-toi à moi. — Tu me connais. — Qu’avez- vous donc résolu de faire, toi et les tiens, que moi, qui suis ton ami, moi, le fils unique de l’ami de ton père, en sorte que notre afl’ection est un héritage que nous devons transmettre à nos enfants tel que nous l’avons reçu, ou même en y ajoutant encore ; qu’as-tu donc résolu de faire, que moi, je doive te regarder comme un homme dangereux , et me tenir renfermé chez moi comme une jeune fille malade ?
Bert. Ne m’interrogez pas davantage; il faut que je parte.
Lioni. Et moi, que je sois assassiné! Parle, n’est-ce pas là ce que tu disais, mon cher Bertram ?
Beut. Qui parle d’assassiner ? ai-je parlé d’assassiner ? — C’est faux! je n’ai pas prononcé un pareil mot.
Lioni. Tu ne l’as pas prononcé ; mais dans ton œil sauvage, si différent de ce que je l’ai connu, je vois reluire l’homicide. Si c’est de ma vie qu’il s’agit, prends-la ; — je suis désarmé, — et alors pars ! Je ne voudrais pas la tenir de la capricieuse pitié d’êtres pareils à toi et à ceux qui t’emploient.
Bert. Pour épargner la vie je mets la mienne en péril ; pour qu’il ne soit pas touché à un'seul de tes cheveux j’expose des milliers de tètes, et quelques-unes aussi nobles, plus nobles même que la tienne.
Lioni. En vérité, excuse-moi, Bertram; je ne mérite pas qu’on m’excepte d’hécatombes aussi illustres. — Qui sont ceux qui courent des dangers et ceux qui nous en menacent ?
Bert. Venise et tout ce qu’elle renferme sont comme une famille que la discorde a divisée, et ils périront avant le cré- . puscule de demain.
Lioni. Nouveaux mystères, plus effrayants encore! Il paraît que toi, ou moi, ou peut-être tous deux, nous touchons à notre perle. Explique-toi sans détour, et lu sauves ta vie, et tu te couvres de gloire ; car il est plus glorieux de sauv er
f{0 CEDTRES DE LORD BTRO!«.
que de tuer, et surtout de tuer dans l’ombre. — Fi donc, Bertram! un tel r6Ie ne saurait te convenir; il serait beau, vraiment, de te voir porter sur une pique, aux yeux du peuple frissonnant d'horreur, la tête de celui dont le cœur le fut ouvert ! Et ce peut être Ut ma destinée ; car, j’en fais ici serment, quel que soit le péril dont tu me menaces, je sortirai, à moins que tu ne me fasses connaître les motifs et les conséquences de la démarche qui t’amène ici.
Bert. N’est-il donc aneua moyen de te sauver ? Les minutes volent, et tu es perdu! — toi! mon seul bienfaiteur, le seul élrc 'qui me soit resté fidèle dans toutes mes vicissitutles! Cependant, ne fais pas de moi un traître; laisse-mot te sauver, — mais épargne mon bonneor.
Lioni . Où peut être l’honneur dans une ligue de meurtriers? Qui sont les traîtres, sinon ceux qui trahissent l’Etat?
Bert. Une ligue est un contrat d’autant plus sacré pour les cœurs honnêtes qu’ils ne sont liés que par leur parole. A mon sens, il n’est pas de traître {dus odieux que celui dont la trahison domestique enfonce le poignard dans des cœurs qui s’étaient fiés h Ini.
Lioxi. Et qin eMoneera le poignard dans le mien?
Bert. Ce ne sera pas moi. J’aurais pn résoutbre mon âme à tout, hormis à cela. Tu ne dois pas mourir, toi! Juge combien ta vie m’est chère, puisque je risque tant de vies, que dis-je! la vie des vies, la liberté des générations à venir, pour ne pas être l’assassin que tu me soupçonnes d’être ! — Une fois, une fois encore, je t’en conjure, ne franchis pas le seuil de ton palais.
Lioni. C’est en vain. — Je sors h l’infant même.
Bert. Alors, périsse Venise plutêt que mon ami ! fe vais dévoiler, — livrer, — trailiir, — détmire ! — Oh ! llnfâme scélérat que je vais devenir h cause de toi !
Lioni. Dis plutôt le sauveur de ton ami et de l’État! — Parle, — n’hésite pas; toutes les récompenses, tous les gages que tu réclameras pour ta sûreté et ton bien-être te seront accordés. Je te promets toutes les richesses que l’Etat accorde h ses plus dignes serviteurs; la noblesse elle-même sera
HAItmO FALIERO. ACTE (T, SCÈNE I. 111
Ion partage, pourvu que tu le montres sincère et repentant.
Bert. J’ai fait de nouvelles réflexions ; cela ne se peut. — Je l’aime, — tu le sais, — ma présence ici en est la preuve, et quoique la dernière, ce n’eslpas la moindre; mais après avoir rempli mon devoir envers toi, je dois le remplir envers mon pays. Adieu ! — nous ne devons plus nous revoir dans celte vie ! — adieu !
Lioni. Holà! — Antonio! — Pédro! — gardez la porte, que personne ne passe ! — Qu’on arrête cet homme ! {Entrent Antonio et d’autres domestiques armés, qui saisissent Bertram.)
Lioni. Ayez soin qu’il ne lui soit fait aucun mal. Apportezmoi mon épée et mon manteau ; mettez quatre rames à la gondole. Dépêchez-vous! {Antonio sort.) Nous irons chez Giovanni Gradenigo, et noos enverrons chercher Marc Cornaro. — Ne crains rien, Berlram, celte violence n’est pas moins nécessaire à ta sûreté qu’à celle de l’État.
Bert. Où vas-tu me conduire prisonnier?
Lio.Ni. D’abord au conseil des Dix, puis chez le doge.
Bert. Chez le doge?
Lioni. Assurément. N’est-il pas le chef de l’ÏSat?
Bert. Au lever du soleil, peut-être...
Lioni. Que veux-tu dire? — Mais noos saurons cela plus tard.
Bert. En as-tu la certitude?
Lioni. Autant que l’emploi des moyens de douceur nous permet de l’avoir; au cas où ils ne sufOraienl pas, tu connais les Dix et leur tribunal ; tu sais que Saint-Marc a des cachots, et ces cachots des tortures !
Bert. AppIique-les donc avant l’aurore qui va bientôt paraître. — Encore un mot comme celui-là, et lu périras dans les supplices de la mort à laquelle tu me crois réservé.
(Antonio rentre.)
Ant. La gondole vous attend, seigneur, et tout est prêt.
Lioni. Veillez sur le prisonnier!... Bertram, nous raisonnerons ensemble en nous rendant au palais du Magnifleo, le sage Gradenigo. {Jls sortent.)
fis OEOTRES DE LORD BTROÜ.