‹ Œuvres complètes de Lord Byron DramesChapitre 38 sur 133 · MARINO FALIERO. ACTE V, SCÈNE I · texte numérisé non relu

MARINO FALIERO. ACTE V, SCÈNE I

de ces tyrans du peuple qui étaleront sur la toile leurs costumes brillants. Décapité pour ses crimes!... — Quels crimes ?... Ne vaudrait-il pas mieux rappeler les faits, afin que le spectateur pût approuver ou du moins apprendre le motif de ces crimes?... Quand il saura qu’un doge a conspiré, qu’on lui dise pourquoi : cela fait partie de votre histoire.

Ben. Le temps se chargera de résoudre cette question ; nos fils jugeront le jugement de leurs pères, que maintenant je prononce. Comme Doge, revêtu du manteau ducal, tu seras conduit à l’escalier des Géants, lieu de ton investiture et de celle de tous nos princes ; là, après qi/on t’aura ôté la couronne ducale, au lieu même où elle te fut décernée, lu auras la tête tranchée ; et que le ciel ait pitié de ton âme !

Le Doge. Est-ce là la sentence de la Junte ?

Ben. Oui.

Le Doge. Je l’accepte. — Et quand aura lieu l’exécution?

Ben. Immédiatement. — Fais ta paix avec Dieu ; dansune heure tu seras en sa présence.

Le Doge. J’y suis déjà, et mon sang montera vers le ciel avant les âmes de ceux qui vont le répandre. — Toutes mes terres sont-elles confisquées ?

Ben. Elles le sont, ainsi que tes joyaux, tes trésors, tes biens de toute nature, excepté deux mille ducats dont tu peux disposer.

Le Doge. Gela est dur? — j’aurais désiré réserver mes terres près deTrévise, que je tiens, par mvesliture, de Laurence, comte-évêque de Cénéda, et qui devait constituer ua fief perpétuel transmissible à mes héritiers; jf’attrais désiré, dis-je, les partager entre ma femme et mes parents, abaiir* donnant à l’État mon palais, mes trésors, et tout ce que je possède à Venise.

Ben. Tes parents sont eux-mêmes frappés d’interdit ; leur chef, ton neveu, est menacé d’une accusation capitale; mais le Conseil ajourne pour le moment sa décision à son égard. Situ veux faire une dotation à ta veuve, ne crains rien, justice lui sera rendue.

Ang. Seigneur, je ne prendrai point ma part des dépouilles

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de mon mari ! Sachez qu’à daler de ce jour je me consacre à Dieu, et vais cliercher un refuge dans le cloître.

Le Doge. Allons! ce moment est pénible, mais il prendra ûn. Avez-vous quelque chose encore à m’imposer outre la mort ?

Ben. Il ne te reste plus qu’à le confesser et à mourir. Le prêtre est revêtu de ses habits sacerdotaux, le cimeterre est tiré du fourreau; l’un et l’autre l’attendent. — Mais, surtout, ne songe point à parler au peuple; une foule innombrable se presse autour des portes, mais elles sont fermées : les Dix, les Avogadori, la Junte et les principaux des Quarante assisteront seuls à ton supplice, cl sont prêts à escorter le doge.

Le Doge. Le doge ?

Ben. Oui! le doge. Tu as vécu et lu mourras souverain; jusqu’au moment qui précédera la séparation de ta tête et de ton corps, cette tête et la couronne ducale resteront unies. Tu oublias ta dignité quand tu te ravalas à comploter avec d’obscurs coupables ; nous ne l’oublions pas, nous, et, jusque dans ton châtiment, nous respectons la dignité du prince. Tes vils complices sont morts comme meurent des chiens ou des loups ; mais toi , lu succomberas comme succombe le lion sous les coups des chasseurs, entouré par ceux qui éprouvent encore pour toi une noble compassion, et déplorent cette mort inévitable qu’a provoquée la sauvage colère, ta royale audace. Maintenant nous le laissons le préparer^ termine promptement, et bientôt nous l’accompagnerons à l’endroit où naguère nous avons été unis à toi comme les sujets et ton sénat, et où maintenant ces liens doivent êtrê pour jamais rompus. — Gardes ! escortez le doge jusqu’à sou appartement. (Ils sortent.)

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