SARDANAPALE. ACTE 11, SCÈNE I
souffle el de mon corps., — et je ne veux pas que personae les cnclialac.
Sal. [aux gardes). Vous l’entendez, vous m’entendez aussi; ne le prenez pas, — tuez-le.
( Les gardes attaquent Arbace qui se défend avec tant de brsToare et d’adresse qu’il les fait reculer. )
Sal. Eli quoi ! faut-il donc que je fasse l’office de bourreau ? Lâches ! vous allez voir comment on punit un traître.
[Salémène attaque Arbace.)
SAROANAPALE entre avec sa suite.
Sard. Arrêtez! sous peine de la vie, vous dis-je! Eh quoi! êtes-vous sourds ou ivres ? Mon épée!... Fou que je suis, je ne porte point d’épée. [A un garde.) Voyons, toi, donne-moi ton arme.
(Sardanapale prend l’épée d’un soldat, se Jette entre les combattants et les sépare. )
Sard. Jusque dans mon palais! Je ne sais qui me relient que je ne vous perce de mon glaive, audacieux querelleurs!
Bél. Sire, j’implore votre justice.
Sal. Ou plutôt — votre faiblesse.
Sard. (levant son épée). Comment ?
Sal. Frappe! pourvu que lu frappes aussi le traître, — que tu n’épargnes un moment, sans doute, que pour le livrer aux tortures; — j’y consens.
Sard. Qui? lui ! qui ose attaquer Arbace ?
Sal. Moi!
Sard. Prince, vous vous oubliez. En vertu de quel titre?
Sal. (montrant le sceau). Du tien!
Arb. (confus). Le sceau du roi !
Sal. Oui ! el que le roi le confirme.
Sard. Je ne le l’ai pas remis pour un semblable usage.
Sal. Je l’ai reçu de vous pour garantir votre sûreté, — j’en ai fait l’usage que j’ai cru le meilleur. Prononcez vous-même. Ici je ne suis que votre esclave, il y a un moment j’étais votre représentant.
Sard. Eh bien ! remettez vos glaives dans le fourreau.
(Asbace et Salémène obéissent.J
208 ' CEUVRES DE LORD BTRON.
Sal. Je remets le mien dans le fourreau, et je vous supplie de garder le vôtre; c’est le seul sceptre qui vous reste d’une manière assurée.
Sard. 11 est bien pesant, la poignée me blesse la main. {A un garde). Soldat, reprends ton arme. — Eb bien ! seigneurs, que signiGe tout cela?
Bél. C’est au prince à répondre.
Sal. De mon côté est la fidélité, du leur, la trahison !
Sard. Trahison! — Arbace! trahison et Bélésès ! voilà des noms que je n’aurais jamais cru voir réunis.
Bél. Où est la preuve ?
Sal. Je répondrai quand le roi aura demandé l'épée de ton collègue en trahison.
Arb. (o Salémène). Celte épée a été tirée aussi souvent que la tienne contre ses ennemis.
Sal. Elle vient de l’étre contre son frère, elle le sera dans une heure contre lui-même.
Sard. Cela n’est pas possible : il n’oserait; — non — non, je ne veux point entendre de pareilles choses. Ces vaines accusations sont propagées dans les cours par de basses intrigues et par de vils mercenaires qui vivent de la calomnie déversée sur les gens de bien. 11 faut qu’on vous ait trompé, mon frère.
Sa L . Qu’il commence par rendre son épée, que par cet acte de soumission il se proclame votre sujet, et je répondrai à tout.
Sard. Si je le croyais ! — mais non, cela ne se peut : le Mède Arbace, — ce guerrier loyal, franc, sincère, — le meilleur capitaine de tous ceux qui disciplinent mes peuples, — non, je ne lui ferai point l’insulte de l’obliger à rendre un cimeterre qu’il ne rendit jamais à nos ennemis. — Satrape, gardez votre arme.
Sal. Monarque, reprenez votre sceau.
Sard. Non, garderie ! mais tâche d’en user avec plus de modération.
Sal. Sire, j’en ai usé dans l’intérêt de votre honneur, et je vous le rends parce que je ne puis en faire l’usage que mon honneur me prescrit. Coniiez-le à Arbace.
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Sard. Je le devrais : il ne me l’a jamais demandé.
Sal. N’en doute pas, il l’obtiendra sans ce vain semblant de respect.
Bél. Je ne sais qui a pu prévenir si fort le prince contre deux sujets dont personne n’a égalé le zèle pour le bien de l’Assyrie.
Sal. Tais-toi, prêtre factieux, guerrier perfide; tu réunis dans ta personne les vices les plus hideux des deux professions les plus dangereuses. Garde tes paroles emmiellées et les homélies menteuses pour ceux qui ne te connaissent pas. Le crime de ton complice est au moins un crime hardi, qui n’est point déguisé par les ruses que t'enseigna la Clialdée.
Bél. L’entendez-vous, ô mon souverain, fils de Bélus? il blasphème le culte d’un empire devant lequel vos pères fléchissaient le genou.
Sard. Ah ! pour cela, je vous prie de l’absoudre ; je me dispense du culte des morts, sentant que je suis mortel, et convaincu que la race dont je suis issu est — ce que je la vois, — de la cendre.
Bél. Roi, n’en croyez rien; vos ancêtres sont avec les astres, et...
Sard. Tu iras les rejoindre Ik-haut avant qu’ils se lèvent, si tu continues k prêcher sur ce ton ; — comment donc! mais c’est un crime d’état au premier chef.
Sal. Seigneur...
Sard. Me faire ici la leçon sur le culte des idoles d’Assyrie ! Qu’il soit libre; — donnez-lui son épée.
Sal. Mon seigneur, mon roi, mon frère, réfléchissez, je vous prie.
Sard. Oui, oui, n’esl-ce pas ? pour être sermonné, étourdi, assourdi de l’histoire des morts, et de Baal, et de tous les mystères astrologiques de la Chaldée!
Bél. Monarque, respeclez-Ies.
Sard. Oh ! pour cela je les aime. Taime k les contempler dans la voûte azurée, et k les comparer aux yeux de ma Myrrha ; j’aime k voir leurs rayons se refléter dans l’onde argentée et tremblante de l’Euphrale, quand la brise légère
T. ni. l i
de la nuit ride la surface liquide et soupire dans les roseaux qui ornent ses bords j mais que ce soient des dieux, comme quelques-uns le disent, ou le séjour des dieux, comme d’autres le prétendent, ou simplement des flambeaux de la nuit; que ce soient des mondes ou des luminaires distincts des mondes, je l’ignore et me soucie peu de le savoir. Il y a dans mon incertitude je ne sais quoi de doux, que je n’échangerais pas contre votre science cbaldéenne. D’ailleurs, je sais que tout ce que l’argile humaine peut connaître de ce qui est au-dessus ou au-dessous d’elle — se réduit à rien. Je vois l’éclat des astres, et je sens leur beauté ; — quand ils brilleront sur mon tombeau, ils ne feront plus sur moi aucune impression.
Bél. Dites plutôt, sire, que vous les connaîtrez mieux.
Sard. J’attendrai, s’il vous plaît, pontife; je ne suis pas pressé de posséder cette science. Cependant, recevez votre épée, et sachez que je préfère votre service militaire k votre ministère de prêtre, — quoique je ne me soucie ni de l’ùn ni de l’autre.
Sal. {à part). Ses débauches l’ont privé de sa raison; il faut que je le sauve malgré lui.
Sard. Veuillez m’écouter, satrapes, et toi surtout, mon prêtre, parce que je me méfie 'de toi plus que de ce guerrier; et je m’en méfierais plus encore si tu n’étais k demi soldat ; séparons-nous en paix ; — je ne parle pas de pardon, — on ne l’accorde qu’aux coupables ; je n’affirmerai pas que vous l’êtes, et cependant vous savez que votre vie dépend d’un souffle de ma bouche, et que la moindre appréhension de ma part vous serait fatale. Mais ne craignez rien, — car je suis clément, et point du tout dominé par la crainte; — vivez donc. Si j’étais ce que vous me croyez, de vos têtes suspendues aux portes de ce palais, les dernières gouttes de votre sang couleraient dans la poussière, seule portion de ce royaume convoité par elles sur laquelle elles régneraient. — Mais n’en parlons plus. Comme je l’ai dit, je ne vous crois pas coupables, et je ne vous estime pas non plus innocents. Des hommes qui valent mieux que vous et moi sont