‹ Œuvres complètes de Lord Byron DramesChapitre 64 sur 133 · IS · texte numérisé non relu

IS

Oîloismer de ma présence ; n’csl-ce pas loi qui m’as pressé de lesVenvoyer dans leurs satrapies?

Sal. C’est vrai, je l’avais oublié; si toutefois ils arrivent dans leur gouvernement; c’est alors que vous aurez raison de me reprocher mon conseil.

Sard. El s’ils n’y arrivent pas, — prends-y garde ; — il faut qu’ils s’y rendent en toute sûreté, sinon — songe à la tienne.

Sal. Permettez que je sorte ; j’aurai soin de veiller à leur sûreté.

Sard. Va donc, et pense plus favorablement de ton frère.

Sal. Je servirai toujours loyalement mon souverain. (Solémène sort.)

Sard. (seul). Cet homme est d’un caractère trop inflexible ; il a la dureté du roc ; mais il en a aussi l’élévation : il est exempt des souillures de la commune argile, — tandis que moi, je suis fait d’une argjle plus molle, imprégnée de fleurs; mais nos fruits doivent être conformes k notre nature. Si j’ai erré celte fois, ma faute est de celles qui pèsent le plus légèrement sur ce sens inconnu auquel je ne sais quel nom donner, mais qui me cause une impression parfois de peine et parfois de plaisir ; cet esprit qui semble placé auprès de mon cœur pour compter ses battements, non pour les accélérer, et qui m’interroge comme n’ose jamais faire aucun mortel, ni même Baal, bien que ce soit une divinité rendant des oracles, bien que le visage de son marbre majestueux fronce le sourcil quand le voile ténébreux du soir vient assombrir son front et lui donner je ne sais quelle expression mobile, au point qu’il me semble parfois qu’il va parler. Chassons ces vaines pensées, ne songeons qu’à la joie. Voilà justement son messager qui m’arrive.

Entre MVRaHA.

Myrr. Roi, le ciel est couvert ; le tonnerre gronde sourdement dans les nuages qui s’approchent, et l’éclair dardant ses flèches de feu nous annonce une terrible tempête. Quitteras-tu donc le palais?

t»ARD. Une temple, dis-tu?

Myrr. Ouï, seigneur.

Sard. Pour moi, je ne serais pas fâché de varier Tuniformité du spectacle, et de contempler la guerre des élé^ ments ; mais cela n’accommoderait guère les vêtements de soie et les visages délicats de nos convives. Dis, Myrrha, eslu de celles qui craignent le mugissement des nuages ?

Myrr. Dans mon pays, nous respectons leur voix comme les augures de Jupiter.

Sard. Jupiter ?.. . Ah ! oui, votre Baal, à vous. — Le nôtre préside aussi au tonnerre, et de temps à autre la chute d’une ou deux foudres atteste sa divinité. 11 arrive parfois que ses coups s’égarent et vont frapper ses propres autels.

Myrr. Ce serait un funeste présage.

Sard. Oui, pour les prêtres. Eh bien ! nous ne sortirons pas cette nuit de l’enceinte du palais : c’est ici que la fête aura lieu.

Myrr. Maintenant, que Jupiter soit loué! 11 a entendu la prière que tu ne voulais pas entendre. Les dieux sont plus bienveillants pour toi que tu ne l’es toi-même : ils interposent cet orage entre tes ennemis et toi pour te protéger contre eux.

Sard. Enfant!... Oh! s’il y a du danger, il me semble qu’il est tout aussi grand dans ces murs que sur les bords du fleuve.

Myrr. Non : ces murailles sont hautes et solides; elles sont gardées. 11 faut, pour arriver jusqu’à toi, que la trahison franchisse plus d’un détour, plus d’une porte massive; mais dans le pavillon il n’y a pas de moyens de défense.

Sard. Quand il y a trahison, il n’y a pas de sûreté, ni dans le palais, ni dans la forteresse, ni au sommet du Caucase, qu’entoure un rempart de nuages, et où l’aigle suspend son aire sur des rocs inaccessibles ; de même que la flèche atteint le roi des airs, le poignard atteindra le roi de la terre. Mais rassure-toi, les deux satrapes, innocents ou coupables, sont bannis et déjà loin de ces lieux.

Myrr. Ils vivent donc?

Sard. Toi, sanguinaire !

220 OCCVRES DE LORD BYROM.

Myrr. Je ne reculerais pas devant l’infliclion d’im juste châtiment â ceux qui attentent à ta vie. Si j’étais autrement, je ne mériterais pas la mienne. D’ailleurs, tuas entendu le prince Salémène ?

Sard. Voilà qui est étrange! la douceur et la sévérité sont également liguées contre moi, et me poussent à la vengeance.

Myrr. C’est une vertu grecque.

Sard. Mais non une vertu royale. — Je n’en veux pas, ou, si je m’y abandonne, ce sera contre des rois mes égaux.

Myrr. Ces hommes aspiraient h le devenir.

Sard. Hyrrha , ce sont là des sentiments de femme : ils proviennent de la crainte.

Myrr. Pour toi.

Sard. N’importe, c’est de la crainte. J’ai observé que ton sexe, une fois irrité, pousse, dans sa timidité, sa vindicative fureur à un degré de persévérance que je ne voudrais pas imiter. Je te croyais exempte de ce travers, aussi bien que de la puérile faiblesse des femmes d’Asie.

Myrr. Seigneur, il ne m’appartient pas de vanter mon amour ou mes qualités... J’ai partagé votre splendeur, je partagerai vos périls. Peut-être trouverez-vous un jour plus de fidélité dans une esclave que dans des myriades de sujets ; mais puissent les dieux écarter ce présage!... J’aime mieux être aimée sur la foi de ce que je sens, que de vous prouver mon amour dans vos affiietions, que peut-être tous mes soins ne pourraient adoucir.

Sard. Là où existe l’amour parfait, l’affliction ne saurait pénétrer, si ce n’est pour y ajouter encore, et bientôt elle reconnaît son impuissance et s’éloigne. Entrons, l’heure approche : il faut nous préparer à recevoir les hôtes conviés à notre banquet. {Ils sortent. }

SinOANAPALE. ACTE III, SCÈNE I. 221

Page 1