‹ Œuvres complètes de Lord Byron DramesChapitre 71 sur 133 · SARDANAPALE. ACTE IT, SCÈNE I. S · texte numérisé non relu

SARDANAPALE. ACTE IT, SCÈNE I. S

Sard. Il est vrai ; et celte réflexion pèse plus snr mon cœur que... — mais notre cœur n’est pas en notre pouToir

Zab. Notre main non plus; mais j’ai donné l’un et l’autre.

Sard. Votre frère m’a dit que tous désiriez me Toir avant de partir pour Ninive avec. .. (Tl hésite.)

Zar. Nos enfants. C’est vrai; je roulais tous remercier de n’avoir pas séparé mon cœur de tout ce qui lui reste maintenant à aimer, — de ceux qui sont à vous et à moi, qui vous ressemblent, et me regardent comme vous me regardiez autrefois; — mais ils n’ont pas changé, eux.

Sard. Us ne changeront jamais. Je veux qu’ils vous soient dévoués.

Zar. Ce n’est pas seulement avec l’aveugle affection d’une mère, c’est ans» comme épouse que j’aime ces enfants, lis sont maintenant le seul lien qui existe entre nous.

Sard. Croyez que je vous ai rendu justice. Faites qu’ils ressemblât plutôt à votre race qu’a leur père. Je les laisse avec confiance auprès de vous; rendez-les dignes d’un trône; ou si ce partage leur est refusé... — Vous avez entendu le bruit de cette nuit tumultueuse?

Zar. Je l’avais presque oublié; je bénirais tout malheur, à moins qu’il nevousatteignît, auquel je devrais de vous revoir.

Sard. Le trône, — et ce n’est pas la peur qui me fait parler, — le trône est en péril, et peut-être n’y monteront-ils jamais; mais que jamais ils ne le perdent de vue. J’oserai tout pour le leur transmettre ; mais si j’échoue, ils doivent alors le reconquérir vaillamment, et l’occuper sagement. Qu’ils fassent de la royauté un meilleur usage que moi.

Zar. Us n’apprendront de moi qu’à honorer la mémoire de leur père.

Sard. Qu’ils apprennent la vérité de vous, plutôt que d’un monde injuste. S’ils vivent dans l’adversité, ils éprouveront trop tôt le mépris de la foule pour les princes sans couronne, et on rejettera sur eux les fautes de leur père. Mes fils ! — j’aurais pu tout supporter si j’avais été sans enfants.

Zar. Oh ! ne parle point ainsi , — n’empoisonne pas la paix qui me reste, en regrcllanl d’être père. Si tu triomphes»

ils régneront, et honoreront celui qui conserva pour eux un trdne dont il se souciait peu lui-méme; et si...

Sard. Si l’empire est perdu , le monde entier leur criera : a Remcrciez-en votre père , » et à ce cri ils mêleront leur malédiction.

Zar. Us n’en feront rien ; mais plutôt ils honoreront le nom de celui qui , mourant en roi , h sa dernière heure aura plus fait pour sa gloire que beaucoup de monarques dans une longue suite de jours qui signalent la fuite du temps, mais ne constituent point des annales.

Sard. Nos annales approchent peut-être de leur fin -, mais du moins, quel qu’ait pu être le passé, elles finiront comme elles ont commencé, avec gloire.

Zar. Cependant, écoute la prudence, — prends soin de tes jours ; vis du moins pour ceux qui t’aiment.

Sard. Et qui sont-ils? une esclave qui aime par passion,

— je ne dirai pas par ambition : elle a vu mon trône ébranlé, et elle aime encore; — quelques amis qui ont partagé mes plaisirs et qui ne font qu’un avec moi ; — car si je tombe, ils ne seront plus rien ; — un frère que j’ai offensé; — des enfants que j’ai négligés, — et une épouse...

Zar. Qui t’aime.

Sard. Et me pardonne ?

Zar. Cette pensée ne m’est jamais venue; je ne puis pardonner avant d’avoir condamné.

Sard. Bien épouse!

Zar. Oh! sois béni pour ce mot! Je n’espérais plus l’entendre de ta bouche.

Sard. Oh ! tu l’entendras de la bouche de mes sujets. Oui,

— ces esclaves que j’ai nourris, choyés, comblés de paix, gorgés d’abondance, jusqu’à les rendre rois eux- mômes, vrais monarques dans leur maison, les voilà maintenant qui se révoltent en foule, et ils demandent la mort de celui qui fit de leur vie un jubilé; tandis que le petit nombre de ceux qui ne me doivent rien me sont restés fidèles ! cela est vrai , mais cela est monstrueux.

2Ud. Ce n’est peut-être que trop naturel : car, dans

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les âmes perverses, les bienfaits se changent en poison.

Sard. Et les âmes vertueuses tirent le bien du mal , plus ' heureuses que rabcille qui ne tire son miel que de fleurs salutaires.

Zar. Recueille donc le miel sans t’enquérir d’où il vient. Sois convaincu — que tous ne t’ont point abandonné.

Sard. Je le crois, puisque je vis. Si je n’étais encore roi, je ne serais pas longtemps mortel, c’est-à-dire là où les mortels sont , non là où ils doivent être.

Zar. Je ne sais; mais vis pour l’amour de mes... — je veux dire de tes enfants !

Sard. Ma douce Zarina, loi que j’ai offensée! Je suis l’esclave des circonstances et de mes impulsions. — Emporté au gré du moindre souffle, déplacé sur le trône, — déplacé dans la vie, je ne sais ce que j’aurais pu être; mais je sens que je ne suis pas ce que je devrais être ; — n’en parlons plus. Mais écoute : je n’étais pas fait pour apprécier un amour tel que le lien , une âme comme la tienne, et pour adorer ta beauté, comme j’ai encensé de moindres charmes, sans autre motif sinon que cette adoration était un devoir, et que je détestais tout ce qui avait l’apparence d’une chaîne pour moi ou pour les autres (et ceci, la rébellion elle-même peut l’avouer). Entends cependant mes paroles, qui sont peut-être les dernières : personne n’a estimé plus que moi tes vertus, bien que je n’aie pas su en profiter; — j’ai ressemblé au mineur qui , rencontrant une veine d’or vierge, découvre ce qui ne lui sera d’aucune utilité; il l’a trouvée, mais elle n’est point à lui, — elle appartient à un maître qui l’a placé là pour creuser la terre, non pour partager les richesses qui brillent à ses pieds; il n’ose ramasser cet or ni le peser; il faut qu’il continue à ramper en remuant .a terre.

Zar. Oh! si lu as à la fin découvert que mon amour est digne d’estime, je n’en demande pas davantage; mais fuyons ensemble, et pour moi , — permets-moi de dire pour nous, — il y aura encore du bonheur. L’Assyrie n’est pas toute la terre ; nous nous ferons un monde à nous et nous serons

24G cecvbes de lord bïros.

plus heureux que je ne l’ai jamais été, et que tu ne l’as été

toi-même avec un empire à les pieds.

Entre SALÉMÈNE.

Sal. Il faut que je vous sépare; — les moments s’écoulent; nous n’en avons point à perdre.

Zar. Frère inhumain ! veux-tu donc abréger des instants SI précieux et si chers ?

Sal Si clicrs !

Zar. Il s’est montré si bon envers moi, que je ne puis songer à le quitter.

Sal. Ainsi cet adieu de femme se termine, comme toutes les séparations de ce genre, par la résolution de ne pas se séparer; je le prévoyais, et c’est malgré moi que j’ai cédé à vos désirs ; mais cela ne doit point être.

Zar. Ne doit point être?

Sal. Reste, et péris...

Zab. Avec mon époux...

Sal. El tes enfants.

Zab. Hélas!

Sab. Ma sœur, écoutez-moi comme ma sœur; tout est prêt pour assurer votre salut et celui de vos enfants, notre dernière espérance; ce n’est pas seulement une question de sentiment, quoique ce fût déjà beaucoup, — c’est encore une question d’Élat; il n’est rien que les rebelles ne fissent pour s’emparer de la postérité deleur souverain, et détruire ainsi...

Zab. Ah ! n’achève pas !

Sal. Écoutez-moi donc : quand ils auront échappé aux mains des Mèdes, les rebelles auront perdu le but principal qu’ils se proposent, — l’extinction de la race des Nemrod. Quand le roi actuel devrait succomber, ses fils vivront pour vaincre et le venger.

Zar. Mais ne puis-je rester seule?

Sal- Quoi ! laisser vos enfants orphelins du vivant de leurs parents! — si jeunes, les laisser dans une terre étrangère, et si loin !

Zar. Non, — mon cœur se brisera.

Sal. Maintenant vous savez tout, décidez?

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