SARDANAPALE. ACTE IV, SCÈNE I
Sabo. Zarina, il a raison; il nous faut céder pour un temps à cette nécessité. En restant ici vous pouvez perdre tout ; en partant vous sauvez ce qui reste de plus précieux pour nous et pour les cœurs fidèles qui battent encore dans cet empire.
Sal. Le temps presse.
Sar». Partez donc. Si nous nous revoyons jamais, peutêtre serai-je plus digne de vous; — sinon, rappeliez-vous ' que mes fautes, bien que non réparées, sont terminées. Cependant, je crains que sur le nom flétri et sur les cendres de celui qui fut jadis tout-puissant en Assyrie, tu ne verses plus de larmes — que... — mais voilà encore mon courage qui faiblit; cela ne doit point être; c’est de la fermeté qu’il me faut maintenant; c’est d’une nature trop tendre que sont venues toutes mes fautes. — Cache-moi tes larmes; — je ne te dis pas de ne point en répandre; — il serait plus facile d’arrêter l’Euphrate à sa source que les larmes d’un cœur aimant et fidèle; — mais que je ne les voie pas; elles m’ôteraient la force dont je me suis armé. — Mon frère, conduisez-la.
Zar. O Dieu ! je ne le verrai plus !
Sal. [s’efforçant de l’entraîner). Il le faut, ma sœur, je dois être obéi.
Zar. Je veux rester! — Laisse-moi, tu ne m’emmèneras pas. Faut-il donc qu’il meure seul, et que je vive seule?
. Sal. 11 ne mourra pas seul; mais vous avez vécu seule pendant plusieurs années.
Zar. Cela est faux! je savais qu’il vivait, et moi je vivais avec son image. Laisse-moi.
Sal. [l’entraînant). Il faut que j’emploie la violence; vous la pardonnerez à rdTection d’un frère.
Zar. Jamais! au secours! Sardanapale, soufTriras-tu qu’il m’arrache d’auprès de toi ?
Sal. Tout est perdu si nous ne mettons pas ce moment à profit.
Zar. Ma tête tourne, — mes yeux s’obscurcissent. — Où est-il ? [Elle s’évanouit.)
Sard. [s’avançant) Non. — déposez-la. — Elle est morte, — et vous l’avez tuée.
248 ŒCVBES DE lORD BTRON.
Sal. Ce n’est que l’épuisement amené par l’excès de rémotion ; le grand air la fera revenir k elle. Je vous en prie, éloignez-vous, — {A part.) Il faut que je profite de ce moment pour la transporter sur la galère royale où ses enfants sont embarqués. (Il l'emporte.)
Sard. (seul). Voilà encore, voilà ce que je dois souffrir, — moi qui jamais n’infligeai volontairement la moindre douleur ! mais cela n’est point, — elle m’aimait et je l’aimais; — fatale passion ! pourquoi n’cxpires-tu pas en même temps dans les deux cœurs que tu as embrasés à la fois? Zarina, il me faut payer chèrement le désespoir qui est maintenant ton partage. Si je n’avais aimé que toi, je régnerais maintenant sans obstacle, monarque respecté de mes peuples. Dans quel abîme une seule déviation du sentier des devoirs entraîne ceux-là même qui réclament l’hommage du genre humain comme un droit de leur naissance, et qui l’obtiennent jusqu’à ce qu’ils le perdent par leur faute!
UYRRHA entre.
Sard. Vous ici ! qui vous a appelée?
JlvRR. Personne ; — mais j’ai entendu de loin une voix de douleur et de lamentation, et je pensais...
Sard. Il ne vous est point permis d’entrer ici sans y être invitée.
Myrr. Je pourrais peut-être rappeler de votre part des pa rôles plus douces, quoiqu’elles exprimassent aussi des reproches : vous me les adressiez parce que je craignais de me rendre importune, résistant à mes propres désirs et à vos ordres qui m’enjoignaient de vous approcher à toute heure et sans être appelée; — mais je me relire.
Sard. Non, restez, — puisque vous êtes venue. Pardonnezmoi, je vous prie; les événements m’ont aigri et m’ont donné de l’humeur; — n’y faites pas attention ; je redeviendrai bientôt ce que j’étais.
lIvRR. J’attends avec patience ce que je verrai avec plaisir.
Sard. Un moment avant votre entrée dans celte salle, Zarina, reine d’Âssyrie, en est sortie.
Myrr. Ah !