‹ Œuvres complètes de Lord Byron DramesChapitre 73 sur 133 · SABDANAPALE. ACTE IV, SCÈNE I · texte numérisé non relu

SABDANAPALE. ACTE IV, SCÈNE I

Saiid. Pourquoi tressaillir ?

Mïbr. Ai-je tressailli?

Sakd. Vous avez bien fait d’entrer par une autre porte, autrement vous vous seriez rencontrées ; celte douleur du moins lui est épargnée.

Myrr. Je sais la plaindre.

Sard. C’est trop, c’est outrepasser la nature ; — ce sentiment n’est ni mutuel ni possible; vous ne pouvez la plaindre, et elle ne doit que...

Myrr. Mépriser l’esclave favorite? pas plus que je ne me suis méprisée raoi-méme.

Sard. Vous ! méprisée ! vous qui faites l’envie de votre sexe! vous qui régnez sur le coeur du maître du monde !

Myrr. Fussiez-vous le maître de vingt mille mondes, — comme vous êtes ii la veille peut-être de perdre celui qui vous était soumis, — je me suis autant avilie en devenant votre maîtresse que si vous n’étiez qu’un paysan, — et plus encore, si ce paysan était Grec.

Sard. Vous parlez bien.

Myrr. Je ne dis que la vérité.

Sard. Quand vient l’heure de l’adversité, tous deviennent courageux contre celui qui tombe ; mais, comme je ne suis pas encore tombé tout k fait, et ne me sens pas disposé à entendre des reproches par cela même peut-être que je les mérite, séparons-nous du moins en paix

Myrr. Nous séparer!

Sard. Toutes les créatures humaines qui ont existé ne se sont-elles pas séparées? toutes celles qui existent maintenant ne doivent-elles pas se séparer un jour?

Myrr. Pourquoi?

Sard. Pour votre sûreté ; je me propose de vous donner une escorte pour vous reconduire dans votre patrie. Si vous n’avez pas été tout k fait reine, les présents que vous emporterez vous feront une dot égale au prix d’un royaume.

Myrr. Je vous en prie, ne parlez point ainsi.

Sard. La reine est partie; vous pouvez sans honte imiter

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2o0 OEUVRES DE LORD BYRON.

son exemple. Je veux succomber seul, — je ne veux partager que le plaisir...

Myrr. Et moi je n’ai de plaisir qu’k ne vous point quitter. Vous ne m’éloignerez point de vous.

Sard. Pensez-y mûrement. Bientôt peut-être il sera trop tard.

Myrr. Tant mieux; car alors vous ne pourrez me séparer de vous.

Sard. Je n’en ai pas la volonté; mais je pensais que vous le désiriez.

Myrr. Moi!

Sard. Vous parliez de votre avilissement.

BItrr. Et je le sens vivement, plus vivement que tout au monde, si ce n’est l’amour.

■ Sard. Alors, que la fuite vous en délivre!

Myrr. La fuite ne détruira point le passé ; — elle ne me rendra ni mon honneur ni mon cœur. Non, je veux triompher ou’ succomber avec vous. Si vous êtes vainqueur, je vivrai pour jouir de votre grande victoire ; si votre destinée est autre, je ne pleurerai pas, mais je la partagerai. Vous ne doutiez pas de moi il y a quelques heures.

Sard. De votre courage, jamais; — de votre amour, tout à l’heure pour la première fois, et vous seule avez pu m’en faire douter. Ces paroles...

Myrr. N’étaient que des paroles. Je vous en prie, cher chez des preuves de mon amour dans la conduite que vous avez daigné louer en moi celle nuit môme, et dans ma conduite ultérieure, quel que doive être votre destin. -

Sard. Je suis satisfait ; et, confiant dans ma cause, je pense que nous pourrons encore triompher et reconquérir la paix, — seule victoire que j’ambitionne. Je ne mets point la gloire dans la guerre, — la renommée dans les conquêtes. La nécessité de soutenir mes droits par la force, pèse plus lourdement sur mon cœur que tous les outrages sous lesquels ces hommes voudraient courber ma tête. Jamais, jamais je n’oublierai cette nuit, quand je devrais vivre pour l’ajouter au souvenir des autres. Je croyais avoir fait de mon

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