SCÈNE I
La mPme taUe du palais.
MYRRHA et BALËA.
Mvrr. {s’approchant d'une fenêtre). Le jour enfin a paru. Quelle nuit l’a précédé ! qu’elle a été belle dans le ciel ! L’orage passager qui l’a traversée n’a fait qu’ajouter la variété à sa magnificence! Mais combien hideuse sur la terre, où la paix, l’espérance, l’amour et la joie, foulés aux pieds par les passions humaines , ont fait place en un instant à un chaos dont les éléments divers ne se sont pas encore dégagés ! — La guerre continue ! Le soleil peut-il bien se lever si brillant ? comme il chasse devant lui les nuages qui se déroulent en vapeurs plus charmantes qu’un ciel uniformément serein, et qui figurent des dûmes d’or, des montagnes de neige, des vagues plus pourprées que celles de l’Océan, et reproduisent une image de la terre si ressemblante qu’on la croirait permanente, si fugitive que nous ne pouvons prendre que pour une vision ses teintes mobiles éparses sur la voûte éthérée; et cependant ce spectacle saisit l’àme, la console, s’identifie avec elle, si bien que le lever et le coucher du soleil deviennent des heures consacrées à la douleur et à l’amour; celui qui les voit avec indifférence n’a jamais connu les régions habitées par les deux Génies qui ennoblissent et purifient nos cœurs, en sorte que nous ne
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changerions pas leurs rigueurs adorables contre toutes les joies bruyantes qui frappent Fair de leurs clameurs ; il n’a point vu ces palais qu’ils ont élevés, et où leurs adorateurs viennent se reposer et respirer un moment. Dans ce rapide moment de calme et de fraîcheur, ils aspirent du ciel cc qu’il leur en faut pour supporter avec une pacifique résignation le reste des heures fatigantes de la vie mortelle » pendant qu’en apparence ils se livrent, comme les autres hommes, à leurs tâches respectives de peine et de plaisir, deux noms pour exprimer un même sentiment que, dans sa mobilité, notre souffrance intérieure voudrait varier en variant les sons qui le désignent, mais dont la réalité échappe â tous nos efforts pour être heureux.
Bal. Vous vous livrez à une rêverie bien paisible. Pouvezvous regarder ainsi se lever le soleil de notre dernier jour peut-être?
Myrr. C’est pour cela môme que je le contemple. Je reproche h mes yeux , qui peut-ôlre ne le reverront plus, de l’avoir regardé souvent, trop souvent, sans la vénération et le transport dus à cet astre qui empêche la terre d’être aussi fragile que je le suis dans ce corps mortel. Venez, regardez le dieu de la Chaldée. Quand je le contemple, je me convertis presque à votre Baal.
Bal. Il règne aujourd’hui dans les cieux comme autrefois sur la terre.
Myrr. Il règne maintenant avec plus de puissance; jamais monarque terrestre n’eut la moitié du pouvoir et de la gloire concentrés dans un seul de ses rayons.
Bal. Assurément c’est un dieu.
Myrr. Nous le croyons ainsi, nous autres Grecs, et néanmoins je pense quelquefois que cet astre éclatant doit être plutôt un séjour habité par des dieux qu’un dieu lui-même. Le voilà maintenant qui perce les nuages et remplit mes yeux d’une lumière qui m’empêche de voir le reste du monde. Je ne puis plus regarder.
Bal. Écoutez... — N’avez-vous rien entendu ?
Myrr. Non, ce n’est qu’une illusion : on combat hors des