‹ Œuvres complètes de Lord Byron DramesChapitre 76 sur 133 · AR0ANAPALE. ACTE T, SCÈNE I. 2S · texte numérisé non relu

AR0ANAPALE. ACTE T, SCÈNE I. 2S

murs, et non plus dans l’intérieur du palais, comme la nuit dernière ; le palais est devenu une forteresse depuis celle hei»e périlleuse, et ici, au centre môme, entourés de vastes cours et de salles royales aux proportions gigantesques, qu’il faut emporter l’une après l’autre avant de pénétrer aussi loin que la première fois, nous sommes hors de la portée du péril, — aussi bien que de la gloire.

Bal. Mais ils sont déjà venus jusqu’ici!

Mtrr. Oui, par surprise, et la valeur les en a repoussés Slaintenant, nous avons tout à la fois le courage et la vigi lance pour nous garder.

Bal. Puissent-ils réussir!

Myrr. C’est ce que souhaitent plusieurs, ce que redoutent un plus grand nombre : c’est une heure pleine d’anxiété. Je cherche à n’y point penser... Hélas! c’est vainement.

Bal. On dit que la conduite du roi dans le dernier combat n’a pas moins étonné ses fidèles sujets qu’elle n’a effrayé les rebelles.

Myrr. Il est facile de frapper d’étonnement ou d’effroi une horde vulgaire d’esclaves; mais il s’est bravement conduit.

Bal. N’a-t-il pas tué Bélésès? J’ai entendu dire aux soldats qu’il l’avait étendu à terre.

Myrr. C’est vrai ; mais ce misérable a été délivré, pour triompher peut-être de celui dont le courage l’a vaincu, et dont la clémence l’a épargné ; clémence imprudente qui a mis sa couronne en péril!

Bal. Écoulez...

Myrr. Vous avez raison... On s’approche, mais lentement.

(On voit entrer des soldats portant Salémène blessé d’an javelot qui est encore dans la plaie; ils le dépesent sur un divan qui meuble Fap parlement. )

Myrr. O Jupiter!

Bal. Tout est donc perdu ?

Sal. C’est faux!... Tuez-moi l’esclave qui dit cela, si c’est un soldat.

Myrr. Ce n’en est point un : épargnez-Ie... Ce n’est que

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l’un de ces papillons de cour qui voltigent dans le cortège

d’un roi.

Sal. En ce cas, qu’il vive. ^

Mïrr. Vous vivrez aussi, je l’espère.

Sal. Je voudrais vivre une heure encore, afin de connaître le résultat du combat; mais j^en doute. Pourquoi m’avez-vous transporté ici ?

Un Soldat. Par ordre du roi. Quand le javelot vous a frappé, vous êtes tombé évanoui. Le roi nous a ordonné de vous transporter dans cette salle.

Sal. Il a bien fait... Puisqu’on me croyait mort dans cet évanouissement, cette vue aurait pu décourager les soldats; mais — c’est en vain : je sens revenir ma faiblesse.

Mïrr. Laissez-moi voir la blessure... Je m’y connais un peu : dans ma patrie, cet art fait partie de l’instruction qu’on nous donne. La guerre étant continuelle, nous sommes accoutumées b de tels spectacles.

Le Sold. Il vaudrait mieux extraire le javelot.

Mïrr. Arrêtez! non, cela n’est pas possible!

Sal. Alors, c’en est fait de moi !

Mïrr. Le sang, qui coulerait en abondance,, me ferait craindre pour votre vie.

Sal. Moi, je ne crains pas la mort... Où était le roi quand vous m’avez transporté loin du lieu où j’ai été frappé ?

Le Sold. Il était en ce même endroit, encourageant de la voix et du geste les troupes alarmées qui vous avaient vu tomber, et déjà commençaient à plier.

Sal. Avez-vous entendu nommer celui qui me remplace dans le commandement?

Le Sold. Non, seigneur.

Sal. Allez donc en toute hâte trouver le roi, et dites-lui que la dernière demande que je lui fais, c’est de confier mon poste à Zamès, jusqu’à ce qu’Ofratanès, satrape de Suze, ait opéré sa jonction, tant différée et si ardemment désirée. Laissez-moi ici : nos guerriers ne sont pas tellement nombreux qu’on puisse se passer de votre présènee.

Le Sold. Mais, mon prince...

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