‹ Œuvres complètes de Lord Byron DramesChapitre 77 sur 133 · SAKDANAPALE. ACTE V, SCÈNE I. 2ST · texte numérisé non relu

SAKDANAPALE. ACTE V, SCÈNE I. 2ST

Sal. Parlez, tous dis-je! Voilà un courtisan et une femme : c’est tout autant qu’il en faut 'a un malade. Comme ou ne m’a pas permis d’expirer sur le champ de bataille, je ne veux pas de soldats oisifs autour de mon lit de mort. Parlez, et exécutez l’ordre que je vous donne. [Les soldats sortent).

Mtrr. Ame vaillante et glorieuse, la terre doit-elle donc le perdre si tôt?

Sal. Aimable Myrrha, c’est la mort que j’aurais choisie, si j’avais réussi à sauver le monarque ou la monarchie. Du moins, j’ai la satisfaction de ne pas leur survivre.

Mïrr. Vous devenez plus pâle!

Sal. Donnez-moi votre main. Ce javelot brisé ne fait que prolonger mes tortures, sans prolonger assez mon existence pour me rendre utile; je l’arracherais moi-même, et ma vie en même temps, si je pouvais seulement apprendre où en est le combat.

SARDANAPALE entre avec quelques soldats.

Sard. Mon bien-aimé frère !

Sal. Et la bataille est perdue?

Sard. [avec abattement.) Tu me vois ici.

■ Sal. J’aimerais mieux vous voir ainsi!... [Il arrache le javelot de sa blessure, et expire.)

Sard. Et l’on me verra amst, à moins qu’Ofratanès n’arrive avec les renforts, faible et dernier roseau sur lequel s’appuie notre espoir.

Myrr. N’avez-vous pas reçu un message de votre frère mourant, qui vous désignait Zamès pour l^i succéder dans le commandement?

Sard. Je l’ai reçu.

Myrr. Où est Zamès?

Sard. Mort.

Myrr. Et Altada?

Sard. Mourant.

Myrr. Pania? Sféro?

Sard. Pania vit encore; mais Sféro est en fuite ou prisonnier. Je suis seul.

Myrr. Tout est donc perdu?

2o8 OEUVRES DE LORD BVRON.

Sard. Nos remparts, malgré notre petit nombre, peuvent encore tenir contre les forces actuelles de Tennemi , si la trahison ne s’en môle; mais en rase campagne...

Mtr R. Je pensais que Pintention de Salémène était de ne pas risquer une sortie avant d’avoir reçu les renforts qu’il I attendait.

Sard. C’est moi qui lui ai fait abandonner cette délermînalion.

Myrr. Eh bien ! c’est la faute d’un homme de cœur.

Sard. C’est une faute funeste. O mon frère! je donnerais ces royaumes, dont tu étais le plus bel ornement ; je donnerais mon épée et mon bouclier, seule gloire qui me reste, pour te rappeler à la vie. Mais je ne te pleurerai pas : tu seras honoré comme tu as désiré l’ôtre. Ce qui m’afflige le plus, c’est que tu aies quitté la vie avec la pensée que je pouvais survivre à l’antique royauté de notre race, pour laquelle tu es mort. Si je parviens à la reconquérir, je le donnerai, pour apaiser ton ombre, le sang de milliers d’hommes, les larmes de millions de rebelles (celles de tous les gens de bien t’appartiennent déjà). Sinon, bientôt nous nous rejoindrons, si le souffle qui est en nous vit par delà la tombe. — Tu lis dans mon àrae maintenant, et tu me rends justice. Que je serre pour la dernière fois cette main encore chaude ! que je presse ce cœur qui a cessé de battre contre celui qui palpite si douloureusement ! {Il embrasse le corps de Salémène), Maintenant, qu’on emporte le corps !

Un Soldat. Où ?

Sard. Dans mon propre appariement. Placez-le sous mon dais, comme si c’était le corps du roi. Cela fait, nous aviserons aux honneurs qu’il faut rendre à de telles dépouilles.

Des soldats emportent le corps de Salémène. — PANIA entre.’

Sard. Eh bien, Pania, as-tu placé les sentinelles et donné les ordres convenus?

Pan. Sire, j’ai obéi.

• Sard. Les soldats conservent-ils leur courage ?

Pan. Sire...

Sard. Tu m’as répondu... Quand un roi demande deux

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fois la même chose, et qu’on répond à sa question par une autre, c’est un funeste augure. Quoi donc! sont-ils découragés?

Pan. La mort de Saîémène, et les cns de Ticloire des rebelles en le voyant tomber, ont excité en eux...

Sard. Non du découragement, mais de la rage : — c’est là, du moins, ce qui aurait dû arriver. Mais nous trouverons moyen de ranimer leur énergie.

Pan. Une telle perte est bien faite pour mettre la victoire même en deuil.

Sard. Hélas! qui le sent plus vivement que moi? Cependant , ces murs où nous sommes assiégés peuvent opposer quelque résistance, et les renforts que nous attendons, se fraieront un chemin k travers l’armée ennemie, pour faire de nouveau de la demeure de leur souverain ce qu’elle était, — un palais, non une prison ou une forteresse.

ün oBcier entre précipitamment.

Sard. Ton visage annonce de tristes nouvelles... — Parle.

L’Off. Je n’ose pas.

Sard. Tu n’oses pas , quand des millions de nos sujets osent se révolter les armes k la main !... Voilk qui est étrange. Je t’en prie, romps ce silence de la fidélité qui craint d’affliger son souverain... Je puis en supporter plus que tu n’as k en dire.

. Pan. Tu entends ? poursuis.

L’Off. La partie du rempart qui borde le fleuve vient d’élre renversée par une inondation soudaine de l’Euphrate qui, gonflé par les pluies tombées dernièrement dans les hautes montagnes où il prend sa source, a franchi ses rives et détruit cette muraille.

Pan. C’est un funeste augure! Depuis des siècles, il existe une prédiction qui annonce que « jamais la ville ne tombera sous les efforts de l'homme, k moins que le fleuve ne se déclare son ennemi. »

Sard. Je puis pardonner l’augure, mais non le ravage. Quelle quantité de murailles a été emportée ?

L’Orr. Environ vingt stades *.

Sard. Et tout cet espace est laissé accessible aux assiégeants ?

L’Off. Pour rinslanl, le courroux du fleuve rend toute attaque impossible; mais du moment ou il rentrera dans son lit, et où les barques pourront le traverser, le palais est au pouvoir des rebelles.

Sard. C’est ce qui n’arrivera jamais. En dépit des hommes, des dieux, des éléments et des augures, tous ligués contre un homme qui ne les a pas provoqués, la demeure de mes pères ne sera point une caverne pour que les loups y viennent hurler.

Pan. Avec votre permission, je vais me rendre sur les lieux, et prendre les mesures nécessaires pour fortifier l’espace laissé sans défense, aussi bien que le temps et nos moyens le permettent.

Sard. Cours-y sur-le-champ, et rapporte-moi aussi promplement qu’une investigation approfondie le comporte, le véritable état des choses, par suite de cette irruption des eaux.

{Pania et V Officier sortent.)

Myrr. Ainsi voilà les flots eux-mêmes qui s’arment contre vous !

Sard. Jeune fille, ils ne sont point mes sujets, et il faut leur pardonner, puisque je ne puis les punir.

Myrr. Je me réjouis de voir que cet augure ne vous a point abattu.

Sard. Les augures ne peuvent plus rien sur moi : ils ne peuvent rien me dire que je ne me sois déjà dit moi-même depuis minuit : le dése.spoir anticipe sur tout ce qui peut survenir.

Myrr. Le désespoir !

Sard. Non, ce n’est pas tout à fait le mot; quand nous savons tout ce qui peut arriver, et que nous y sommes préparés, noire résolution, si elle est ferme, mérite un nom plus noble que celui de désespoir. Mais que nous importent les mots? bientôt nous en aurons fini avec eux et avec toute chose.

Myrr. Hormis un dernier acte, le plus important pour

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