‹ Œuvres complètes de Lord Byron DramesChapitre 78 sur 133 · SARDANAPALE. ACTE T, SCÈNE I. 2C · texte numérisé non relu

SARDANAPALE. ACTE T, SCÈNE I. 2C

tous les mortels, celui qui couronne tout ce qui fut, tout ce qui est, — tout ce qui sera; — la seule chose commune à tous les hommes, quelles que soient les différences de naissance, de langue, de sexe, de natures, de couleurs, de traits, de climats, de temps, de sentiments, d’intelligence; — point de réunion universelle auquel nous tendons, pour lequel nous sommes nés, et vers lequel nous marchons dans labyrinthe mystérieux qu’on nomme la vie.

Sard. Le fil de notre existence tirant à sa fin, livrons-nous à la joie. Ceux qui n’ont plus rien à craindre peuvent sourire à ce qui naguère causait leur effroi, comme des enfants qui découvrent le secret d’un frivole épouvantail.

PAN IA rentre.

Pan. Sire, les choses sont comme on vous l’a rapporté: j’ai doublé le poste qui doit veiller près de la brèche pratiquée parles eaux, en diminuant le nombre de ceux qui sont pré- , posés à la défense de la partie des remparts la mieux fortifiée..

Sard. Tu as rempli fidèlement ton devoir, et comme je l’attendais de loi, mon digne Pania! Le moment approche où les liens qui nous unissaient n’existeront plus. Prends celle clef {il lui donne une clef) ; elle ouvre une porte secrète derrière ma couche royale, où est déposé maintenant le plus noble fardeau qu’elle ait jamais porté, quoiqu’une longue suite de souverains se soient étendus sur l’or qui la com^ pose; — et en effet, elle porte celui qui naguère était Salémène. Cherche le lieu caché où ce passage le conduira, il renferme un trésor*; prends -le pour toi et tes compagnons. Quel que soit votre nombre, il y en a autant que vous pourrez en porter. Je veux aussi que les esclaves soient affranchis, et que tous les habitants du palais, de l’un et de l’autre sexe, le quittent dans une heure. Mettez k flot les barques royales, naguère destinées au plaisir, et qui doivent maintenant servir k votre sûreté. Le fleuve est large et grossi encore par la crue des eaux ; plus puissant qu’un roi, il n’a rien k craindre des assiégeants. Fuyez et soyez heureux !

Pan. Oui, sous votre protection, si vous accompagnez votre fidèle garde.

Sard. Non, Pania, cela m peut £tre; éloigne-toi, et laisse-moi à ma destinée.

Pan. C’est la première fois que j’aurai désobéi; mais maintenant....

Sard. Tout le monde me brave donc aujourd’hui, et l’insolence dans mon propre palais imite la trahison h L’extérieur! Plus d’hésitation; ce sont mes ordres, mes derniers ordres. Veux-tu t’y opposer, toi, Pania?

Pan. Mais — cependant — ce n’est pas encore....

Sard. Eh bien, jure donc ici que lu obéiras quand je te donnerai le signal.

Pan. Mon cœur affligé, mais fidèle, vous le jure.

Sard. Il suffit. Maintenant, fais apporter des fagots, des pommes à pin, des feuilles flétries, et tous les combustibles qu'une étincelle peut embraser; qu’on apporte aussi du cèdre, des essences précieuses, des épices, de grandes planches pour former un vaste bûcher ; qu’on y joigne de l’encens et de la myrrhe , car c’est un grand sacriflee que je veux offrir; tu feras disposer tous ces matériaux autour du trône.

Pan. Seigneur!

Sard. J’ai parlé, et tu as juré d’obéir.

Pan. Je vous serais fidèle sans l’avoir juré. [Pania sort.

Mtrr. Quel est votre dessein?

Sard. Tu connaîtras bientôt — ce que la terre n’oubliera jamais.

( Paoia revient ETecan héraut d’armee. }

Pan. Mon roi, au moment où j’allais exécuter vos ordres, on a amené devant moi ce héraut qui demande audience.

Sard. Qu’il parle!

Le Hér. Le Roi Arbace....

Sard. Quoi ! déjà couronné ? Mais poursuis.

Le Hér. Bélésès, le gtand-prétre sacré....

Sard. De quel dieu ou de quel démon? — De nouveaux autels s’élèvent avec de nouveaux rois. — Mais continue. Tu as été envoyé pour annoncer les volontés de ton maître, et non pour répondre aux miennes.

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