‹ Œuvres complètes de Lord Byron DramesChapitre 93 sur 133 · LE DIFFORME TRANSFORMÉ. PARTIE I, SCÈNE II. 3Ü · texte numérisé non relu

LE DIFFORME TRANSFORMÉ. PARTIE I, SCÈNE II. 3Ü

Phil. Pas même une sentinelle : elles se tiennent prudemment derrière le parapet, pour ériter quelques balles égarées de nos lansquenets k qui il pourrait prendre envie de s’exercer à la fraîcheur du crépuscule.

Bourb. Tu es aveugle.

Phil. Si c’est l’être que de ne voir que ce qui est.

Bourb. Dix siècles ont rassemblé leurs hétos sur ces murs. Le dernier Caton est là qui déchire encore ses entrailles plutôt que de survivre à la liberté de cette Rome que je veux rendre esclave; et le premier César, entouré du cortège de ses victoires, marche de créneaux en créneaux.

Phil. Rangez donc sous vos lois la ville pour laquelle il a vaincu, et soyez plus grand que lui.

Bourb. Oui, il le faut, ou je périrai.

Phil. Cela n’est pas possible. Mourir dans une telle entreprise, ce n’est pas mourir , c’est voir se lever l’aurore d’un jour éternel. [Le comte Arnold et César s'avancent. )

Cés. Et ceux qui sont tout uniment des hommes — sontils aussi condamnés à suer sous les rayons brûlants de cette dévorante gloire ?

Bourb. Ah ! salut au caustique bossu, ainsi qu’à son maître, le plus beau de notre armée, aussi brave que beau, aussi généreux qu’aimable ! Nous vous trouverons à tous deux de l’occupation avant l’aube.

Cés. N’en déplaise à votre altesse, elle trouvera elle-même suffisamment de quoi s’occuper.

Bourb. Le cas échéant, il n’y aura pas de travailleur plus zélé que moi, bossu.

Cés. Vous pouvez me donner ce nom, car vous m’avez vu par derrière, en votre qualité de général, placé à l’arrièregarde au moment de l’action ; — mais vos ennemis n’en pourraient dire autant.

Bourb. La réplique est bonne, car je l’ai provoquée ; — mais la poitrine de Bourbon s’est toujours présentée et se présentera toujours au danger, aussi promptement que la vôtre, fussiez-vous le diable.

Cés. Si je l’étais, j’aurais pu m’épargner lapeine de venir ici.

360 œUVREg DE LORD BYR0.\.

Phil. Pourquoi cela ?

Cés. La moitié de vos bandes courageuses ira bientôt a lui de son propre mouvement , et vous y enverrez l’autre plus promptement encore et non moins sûrement.

Boürb. Arnold, votre ami le bossu n’est pas moins serpent dans ses discours que dans scs actes.

Cés. Votre altesse se méprend beaucoup ; le premier serpent était un flatteur, — je n’en suis pas un ; et, quant k mes actes, je ne pique que lorsque je suis piqué.

Bourb. Vous êtes brave, et cela me suffit; vous êtes aussi prompt k la repartie qu’a l’action, — et cela vaut mieux encore. Je ne suis pas seulement un soldat, mais le camarade des soldats.

Cés. C’est une fort mauvaise compagnie, altesse, et pire encore pour leurs amis que pour leurs ennemis, en ce sens qu’avec les premiers la connaissance est de plus longue durée.

Phil. Allons! drôle, tu portes l’insolence au delk des privilèges d’un bouffon.

Cés. Vous entendez par Ik que je dis la vérité ; je mentirai si vous voulez, rien n’est plus facile; alors vous me louerez de vous avoir appelé un héros.

Bol’rb. Philibert, laisse-le; il est brave, et avec sa figure basanée et son dos protubérant , on l’a toujours vu le premier au combat ou k l’assaut, et le plus patient k supporter les privations; quant k sa langue, dans un camp on peut prendre quelques licences, et les vives reparties d’un gai vaurien sont de beaucoup préférables, selon moi, aux jugements grossiers et stupides d’un esclave grondeur, triste et affamé, k qui il faut, pour le contenter, un bon repas, du vin, du sommeil, et quelques maravédis , avec lesquels il se croit riche.

Cés. Il serait heureux que les princes de la terre n’en demandassent pas davantage.

Bocrb. Tais-toi.

Cés. Oui ; mais je ne resterai pas inactif. Ne soyez pas chiche de paroles, vous n’en avez pas pour longtemps.

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