LE DIFFORME TRANSFORMÉ. PARTIE I, SCÈXC M
Phil. Que prétend cet audacieux bavard?
Cés. Bavarder comme d’autres prophètes.
Bourb. Philibert , pourquoi le contrarier ? N’avons-nous pas assez h penser? Arnold, demain je commanderai l’assaut.
Arn. C’est ce que j’ai appris, seigneur.
Bourb. Et vous me suivrez ?
Arn. Puisqu’il ne me sera pas permis de marcher le premier.
Bourb. Pour stimuler notre armée en proie aux plus dures privations , il faut que son chef soit le premier à mettre le pied sur le premier échelon de l’échelle la plus avancée.
Cés. Sur le plus haut échelon, j’espère : c’est ainsi qu’il prendra le rang qui lui est dû.
Bourb. Peut-être que demain la grande capitale du monde sera en notre pouvoir. A travers tous les changements successifs, la ville aux sept collines a conservé sa domination sut les peuples; les Césars ont fait place aux Alarics, les Alarics aux pontifes; Romains, Goths ou prêtres, sont restés les maîtres du monde. Siège de la civilisation, de la barbarie ou de la religion, les murs de Romulus sont demeurés le cirque d’un empire. Eh bien ! ils ont eu leur tour, — nous aurons le nôtre; espérons que nous combattrons aussi bien, et que nous gouvernerons mieux.
Cés. Sans doute, les camps sont l’école des droits civiques. Que ferez-vous de Rome ?
Bourb. Nous la rendrons ce qu’elle était.
Cés. Au temps d’Alaric ?
Bourb. Non, eslave! au temps du premier César, dont tu portes le nom, comme plus d’un chien...
Cés. El plus d’un roi ! C’est un grand nom pour des chiens de combat.
Bourb. 11 y a un démon dans cette langue de serpent sonnettes. Ne parleras-tu jamais sérieusement?
Cés. Jamais à la veille d’une bataille : — cela ne serait pas d’un soldat. C’est au général à réfléchir; nous autres aventuriers, nous pouvons rire. De quoi nous inquiéterionsnous? notre chef est une divinité tutélaire qui prend soin de
OCCTRES DE LORD BTROK.
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nous. Règle générale, que les soldats pensent le moins possible ! si jamais ces gens-lk se mettent à réfléchir, il vous faudra prendre Rome h vous tout seul.
Boürb. Vous pouvez narguer; car, heureusement pour vous, vous ne vous en battez pas plus mal.
Cés. Je vous remercie de cette liberté que vous me donnez; c’est la seule solde que j’aie encore touchée au service de votre altesse.
Bourb. Eh bien! demain vous vous payerez vous-même. V oyez ces remparts, c’est Ik qu’est mon trésor. — Mais, Philib ert, il faut nous rendre au conseil. — Arnold, nous requérons votre présence.
Arn. Prince! disposez de moi au conseil comme sur le champ de bataille.
Bourb. En toute occasion nous apprécions vos services, et demain k la pointe du jour vous occuperez un poste de conûance.
Cés. Et moi ! quel sera mon poste ?
Bourb. De marcher k la gloire sur les pas de Bourbon. Bonne nuit !
Arn. {à César). Prépare notre armure pour l’assaut, et attends-moi dans ma tente.
(Bourbon et sa suite, Arnold et Philibert, s’éloignent.)
Cés. Dans sa tente ! penses-tu donc que je te laisse éloigné de moi, ou que ce coffre contrefait qui contenait ton principe vital soit autre chose pour moi qu’un masque ? Parbleu ! les voilà donc ces hommes, ces héros, ces guerriers, la fleur des bâtards d’Adam ! Voilà ce que c’est que de donner a la matière la faculté de penser; substance opiniâtre, ses pensées et ses actes sont un chaos, et sans cesse elle retombe dans ses premiers éléments. Eh bien! je vais m’amuser avec ces chétives marionnettes : c’est le passe-temps d’un esprit k ses heures de loisir. Quand cela m’ennuiera, j’ai de l’occupation parmi les astres que ces pauvres créatures croient faits tout exprès pour le plaisir de leurs yeux. Ce serait l’affaire d’un moment que d’en faire descendre un k présent au milieu de ces gens-lk , et de mettre le feu k leur fourmi-