‹ Œuvres complètes de Lord Byron DramesChapitre 95 sur 133 · CHOEUR D’ESPRITS DANS LES AIRS · texte numérisé non relu

CHOEUR D’ESPRITS DANS LES AIRS

L’aurore se lève triste et sombre. Où fuit l’alouette silencieuse? Où se cache le soleil voilé? Le jour a-t-il réellement commencé? La Nature jette un œil attristé sur la ville illustre et sainte; autour d’elle il se fait un vacarme capable de réveiller les saints qui dorment dans son enceinte, et de ranimer les cendres héroïques le long desquelles le Tibre précipite ses ondes jaunâtres. O sept collines! éveillez-vous avant d’être ébranlées dans votre base !

Entendez le bruit cadencé des pas ! Mars lui-même en règle les mouvements ! Ils observent tous la mesure, comme les marées obéissent k la lune ! Ils marchent k la mort en réglant leur pas comme les vagues de l’Océan , qui franchissent les môles en conservant toujours leur symétrie, et en se brisant par files régulières. Entendez les armures qui résonnent! Voyez le guerrier fixer un regard courroucé sur les remparts; voyez ces échelles dont les échelons ressemblent k la peau rayée d’une couleuvre.

Regardez ces remparts hérissés de guerriers, garnis dans toute leur étendue de canons k la gueule noircie, de lames étincelantes, de mèches allumées, de mousquets infernaux prêts k vomir la mort î Tous les instruments de carnage, anciens et nouveaux, sont réunis dans cette lutte, aussi nombreux qu’un nuage de sauterelles. Ombre de Rémus î ce jour

est aussi terrible que celui où Ion frère commit son crime! Des chrétiens sont armés contre Tautel du Christ; — son destin doit-il ressembler au tien ?

A mesure qu’ils s’approchent, la terre tremble sous leurs pas; un bruit sourd accompagne d’abord leur marche, comme celui de l’Océan à demi réveillé, jusqu’au moment où, devenu plus fort et plus bruyant, son choc réduit les ro.chers en poussière ; — ainsi s’avancent les flots de cette armée ! Héros dont le nom est immortel ! guerriers puissants ! ombres éternelles ! premières fleurs des sanglantes prairies dont Rome est environnée, Rome, celte mère d’un peuple qui n’eut point de frère ! dormirez-vous pendant que les querelles des nations déracinent vos lauriers ? Vous qui pleurâtes sur Carthage en cendres, ne pleurez pas; — frappez! car Rome est dans le deuil !

Les guerriers de vingt nations diverses s’avancent ! Depuis longtemps la Famine leur a distribué leurs rations. Aussi nombreux, mais plus redoutables que des troupeaux de loups , la haine et la faim les poussent vers les remparts. O cité glorieuse ! faut-il que tu deviennes un objet de pitié ! Romains, combattez tous comme vos pères ! Alaric était un ennemi clément, comparé aux farouches bandits de Bourbon! Lève-toi, cité éternelle ; lève-toi ! Mets plutôt le feu de les propres mains à tes portiques, que de voir de tels hôtes souiller de leur présence le moindre de tes foyers.

Vois ce spectre sanglant ! Les enfants d’il ion ne trouvent pas d’Hector ; les fils de Priam aimaient leurs frères ; le fondateur de Rome oublia sa mère quand il tua son vaillant frère jumeau, et se souilla d’un crime inexpiable. Vois-tu l’ombre gigantesque planer de toute sa hauteur sur les remparts ? Le jour où il franchit ta première enceinte, ta fondation fut attristée du présage de ta chute. Maintenant, bien que tu sois aussi haute qu’une nouvelle tour de Babel, qui

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