PARIS IN A. — NOTES
« Il ordonna qu'on les fit paraître sur-le-champ devant un tribunal, et les juges durent prononcer leur sentence selon les formes ordinaires de la loi : c'était la peine de mort. Quelques personnes intercédèrent en faveur des coupables, entre autres Ugoccion Contrario, qui avait beaucoup d'influence sur l'esprit de Nicolo, et aussi sou vieux serviteur Alberto dal Sale. Tous les deux, baignés de larmes et embrassant ses genoux, implorèrent sa pitié, donnant toutes les raisons qu'ils pouvaient inventer pour excuser les coupables, faisant valoir toutes les considérations qui devaient l'engager à déguiser au public ces détails scandaleux; mais sa colère le rendit inflexible, et il donna l'ordre que la sentence fût mise à exécution.
« Dans la nuit du 21 mai, Hugo, et après lui Parisina, furent décapités dans la prison même, et dans cet effroyable cachot que l'on voit aujourd'hui au-dessous de la chambre Aurora, au pied de la tour du Lion, à l'extrémité de la rue Giovecca. Zoese, celui qui l'avait dénoncée, accompagna Parisina en lui donnant le bras, jusqu'au lieu de l'exécution. Elle crut, pendant tout le chemin, qu'elle allait être précipitée dans une bassefosse, et demandait à chaque pas si elle approchait. On lui répondit qu'elle devait périr par la hache. Elle s'informa de ce qu'était devenu Hugo, et, ayant appris qu'il était mort, elle s'écria en soupirant amèrement: - «Désormais je ne tiens plus à la vie!» Lorsqu'elle fut près du billot, elle se dépouilla elle-même de ses ornements, et, s'enveloppant la tète d'un voile, elle la tendit au coup fatal qui termina cette lugubre scène. Rangoni subit ensuite le même sort. Ils furent, enterrés tous trois, comme on le voit par le registre de la bibliothèque de Saint-François, dans le cimetière de ce couvent. On ne sait rien du sort des femmes.
« Le marquis passa éveillé toute cette nuit horrible en se promenant à grands pas dans sa chambre. 11 s miorma auprès du capitaine si Hugo était mort. Celui-ci lui ayant répondu que oui, il s'abandonna à toute sa douleur, s'écriant avec beaucoup de gémissements: — « Oh! que ne suisje mort, puisque j'ai été forcé à condamner ainsi mon fils Hugo!» Et, se mettant à ronger avec ses dents une canne qu'il tenait à la main.il passa le reste de la nuit à gémir et à pleurer, appelant à plusieurs reprises son cher Hugo. Le lendemain, il réfléchit qu'il lui fallait justifier sa conduite, puisqu'elle ne pouvait rester secrète. Il ordonna qu'on en rédigeât le procès-verbal, et l'envoya à toutes les cours d'Italie.
« En recevant cette nouvelle, le doge de Venise, Francesco Foscari, donna l'ordre, sans publier ses motifs, de suspendre les préparatifs d'un tournoi qui, sous les auspices du marquis et aux frais de la ville de Padoue, devait se donner sur la place Saint-Marc pour célébrer son avènement à la dignité de doge.
« Non content de cette double exécution, le marquis, poussé par un inconcevable besoin de vengeance, ordonna en outre que plusieurs femmes mariées, bien connues pour tenir la même conduite que Parisina, fussent comme elle décapitées; entre autres Barbcrina, ou, comme quelques-uns l'appellent, Laodomia Ilome , femme du principal juge, subit sa sentence
dans le lien ordinaire des exécutions, ou autrement dans le quartier Saintjacques, devant la forteresse actuelle au-delà de Saint-Paul. On ne peut dire combien étrange parut cette conduite dans un prince qui avait d«s motife pour être, sur ce chapitre, plus indulgent que lea autres. Quelques-uns cependant l'approuvèrent. »
Cette citation de Frizzf a été traduite par lord Bvroo, et ajoutée à la première édition do Parùina.