‹ Œuvres complètes de Lord Byron PoëmesChapitre 48 sur 83 · LA LAMENTATION DU TASSE. — NOTES · texte numérisé non relu

LA LAMENTATION DU TASSE. — NOTES

palais déserts, le laurier d'un poêle sera ta plus belle couronne, — la prison d'un poëte ton plus grand titre de gloire, pendant que l'étranger contemplera étonné les remparts dépeuplés 7 ! Et toi, Léonore, toi qui avais honte d'être aimée d'un homme tel que moi, — qui rougissais d'apprendre que tu pouvais être chère à d'autres qu'à des monarques, va dire à ton frère que mon cœur, indompté par la douleur, les années, l'ennui, — et peut-être aussi par une teinte de l'infirmité qu'on a voulu m'imputer, — car comment résister à la longue infection d'une telle tanière, de cet antre qui communique sa pourriture a l'intelligence? — va lui dire que mon cœur t'adore encore, — et ajoute — que lorsque les tours et les créneaux qui protègent ses banquets, ses danses et ses fêtes seront oubliés ou délaissés, cette cellule, — oui, — celte cellule sera un lieu consacré! Mais toi, quand celte magie dont t'environnent la naissance et la beauté aura disparu, tu auras une moitié du laurier qui ombragera ma tombe 8 . Nulle puissance sur la terre ne pourra séparer nos deux noms, comme rien pendant la vie n'a pu l'arracher de mon cœur. Oui, Léonore! ce sera noire destinée d'être unis pour toujours, — mais trop tard •.

NOTES

i Le biographe du Tasse, l'abbé Serassi, a prouvé, de manière à ne laisser aucun doute, que la première cause du supplice du poète fut le désir qu'il avait d'échapper, soit momentanément, soit tout à fait, à la servitude de la cour d'Alphonse. En J575, le Tasse résolut de visiter Rome et de profiter des indulgences du jubilé. «Ce voyage, dit l'abbé, augmenta les soupçons que l'on avait conçus sur son désir de s'attacher à une autre cour, et fut la source des infortunes du poëte. A son retour à Ferrare, le duc refusa de lui donner audience; il se vit repoussé des maisons de toutes les personnes qui dépendaient de la cour. Aucune des promesses qu'on lui avait faites par la bouche du cardinal Albano ne fut accomplie. C'est alors que le Tasse, après avoir souffert pendant quelque temps ces affronts, se voyant disgracié par le duc et la princesse, abandonné par ses amis, insulté par ses ennemis, ne put se contenir plus longtemps dans les bornes delà rpodér^t^on. et; donnant carrière à son ressentiment, se répandit en expressions injurieuses contre la maison d'Esté, maudissant T. II. 1S

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les services qu'il avait pu rendre, rétractant lous les éloges qu'il avait pu donner dans ses vers à ses princes ou à ceux de leur suite, et les désignant tous comme une bande de poltrons, d'ingrats et de débauchés. A la suite do ces paroles, il fut arrêté et conduit à l'hôpital de Santa-Anna, et renfermé seul dans une cellule, comme un fou. » ( Serassi , Vita del Tauo.)

* Dans l'hôpital de Santa-Anna, on montre une cellule sur la porte de

laquelle est gravée cette inscription : Rispettate, 6 posteri, la celebrità di questa stanza. dore Torqualo Tasso, infermo più di tristezza che ddirio, ditenuto dimoro anni tij, mesi y, scrisse verse e prose, e fù rimesso in liberîà al instanza délia cilla di Bergamo, nel giorno rj Luglio, 4586.

La prison est au-dessous du rez-de-chaussée de l'hôpital. Le jour ne parvient qu'à travers une fenêtre grillée, laquelle donne sur une petite cour qui est commune à toutes les autres prisons. Cette cellule a neuf pieds de long sur cinq ou six de large, et sept environ de haut ; le bois de lit a été emporté morceaux par morceaux par les visiteurs que le culte du poète a amenés à Ferrarc; la porto elle-même est fort endommagée par de nombreuses entailles. Le poète fut enfermé dans cette chambre vers le milieu de mars 4579, et il y resta jusqu'au mois de décembre 4580, où il fut transporté dans une chambre plus vaste, où il pouvait, selon ses propres expressions, philosopher et se promener. L'inscription est inexacte quant au motif positif de son élargissement : sa liberté avait en effet été promise à la ville de Bergame, mais elle ne lui fut accordée que grâce à l'intercession de Vincenzo Gonzagua, prince de Mantoue. Hodholsb.

3 Dans une lettre à son ami Scipion Gonzague, quelque temps après son arrestation, le Tasse s'écrie : — « Ah ! malheureux que je suis ! j'avais l'intention d'écrire, outre deux poèmes épiques sur les plus beaux sujets, quatre tragédies dont j'ai le plan dans ma tète ; j'avais également esquissé plusieurs ouvrages en prose sur les sujets les plus élevés et de l'utilité la plus universelle. Je voulais combiner la philosophie et l'éloquence de telle façon que le monde aurait conservé de moi un souvenir éternel. Hélas! je voulais entourer ma vie de gloire et d'illustration; mais aujourd'hui, accablé sous le poids de mes malheurs, j'ai perdu tout èspoir ae conquérir un nom glorieux. La crainte d'une captivité éternelle augmente ma mélancolie; les outrages que l'on me fait souffrir la redoublent. Ma barbo est hideuse ; mes habits, ma chevelure, sont en désordre. Assurément, si celle qui a si peu répondu à mon amour me voyait dans un pareil état et dans une pareille affliction, elle aurait pitié de moi. » (Opère, t. X, p. 587.)

* Pendant la première année de sa captivité, le Tasse souffrit toutes les tortures de la solitude. 11 avait été confié à la garde d'un geôlier qui, quoique poète lui-même et homme de lettres, ne se faisait remarquer que par la plus impitoyable obéissance aux ordres de son souverain. Son nom était Agostino Mosti. Le Tasse, dans une lettre à sa sœur, dit, en parlant de la conduite de son geôlier à son égard: — « E a usa meco ogni sorte di rigore ed inumanitd. » Hobhouse.

« Peu de temps après, le Tasse fit un appei à la ciémenec d'Alphonse

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