LA LAMENTATION I>U TASSE — NOTES
dans un canzone d'une grtnde beauté, qui ne put toucher le cœur de son persécuteur.
« « Je ne me plains pas, écrivait le Tasse quelque temps après son arrestation, de ce que mon cœur est accablé d'une tristesse sans fin, de ce que ma tête est pesante, de ce que mes soupirs et mes prières n'obtiennent point de réponse, de ce que mon corps est devenu débile et maigre : je n'accorde à toute cette douleur qu'une larme passagère ; mais ce qui m'afflige, c'est l'infirmité de mon esprit. Mon intelligence dort et ne penso pas; mon imagination paresseuse ne crée plus rien; mes sens négligent, de me iourmr les images aes cno^es, ma main se refuse à écrire, ma plume oublie son devoir. 11 semble que je sois enchainé dans mes moorements, et je plie sous un affaissement moral que rieu ne peut peindre.»
7 Ceux qui croient aux châtiments terrestres sont priés d'observer que la cmauté d'Alphonse obtint sa récompense, même de w>n vivant : il survécut à l'affection de ses sujets et de ses serviteurs, qm l'abandonnèrent à sDn lit de mort. Son corps fut enterré sans aucun honneur; ses dernières volontés ne furent pas exécutées ; son testament fut détruit; son parent, don César, fut excommunié par le Vatican; et, après une lutte qui dura peu de temps, Ferrare se vit délivrée pour toujours de la domination de la maison d'Esté.
8 En juillet 4586, après une captivité de sept ans , le Tasse sortit de sa prison. Espérant recueillir la succession de sa mère et voulant embrasser encore une fois sa sœur Comélie, il se rendit à Naples, oii il fut accueilli par de nombreux témoignages d'admiration. En descendant à Mola di Gaeta, il reçut un singulier témoignage de l'enthousiasme qu'avait partout excité son talent : Marco di Sciarra, fameux capitaine d'une troupe nombreuse de bandits, envoya complimenter le poète, et lui offrit non seulement le libre passage, mais une escorte pour la route, lui assurant que lui et ses compagnons seraient fiers d'exécuter tous ses ordres. (Voyez Manso, Vita del Tasso, p. 219. )
9 Dans la bibliothèque de Ferrare, on conserve les manuscrits originaux de la Jérusalem du Tasse et du Pastor fido de Guarini, avec des lettres du Tasse et une de Titien à PÀrio9te, ainsi que l'encrier, la chaise, le tombeau et la maison de ce dernier; mais comme l'infortune fixe davantage l'attention de la postérité, la cellule où fut renfermé le Tassa dans l'hôpital de Santa-Anna attire beaucoup plus de visiteurs que le monument de l'Arioste. Au moins, cela m'a paru ainsi. 11 y a deux inscriptions, l'une sur la porte d'entrée, la seconde dans la prison ; elle» engagent le visiteur à déployer toute son indignation à ce spectacle, avertissement dont certes il n'a pas besoin. Ferrare est bien déchue et presque dépeuplée ; cependant le château existe encore en entier, et j'ai vu la cour où Parisina et Hugo eurent la tète tranchée, suivant le dire do Gibbon.