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Pourquoi j'en rends grâce à Dieu, peu importe ; on croira facilement que j'ai mes raisons pour cela; et comme elles n'ont peut-être rien de bien flatteur, je les garde pour ma vie (avenir) en prose; je crois que j'ai une certaine prédisposition à la satire, et néanmoins il me semble qu'à mesure qu'on vieillit on est plus enclin à rire qu'à gronder, bien que le rire , sitôt qu'il est passé, nous laisse doublement sérieux.
0 gaieté et innocence ! vous qui êtes l'eau et le lait de la vie! heureux mélange, boisson de plus heureux jours! dans ce siècle de péché et de carnage, l'homme abominable n'étanche plus sa soif avec un breuvage aussi pur. Nimporte, je vous aime toutes deux, et toutes deux vous aurez mon
hommage. Oh ! qui nous rendra le vieux Saturne et son règne de sucre candi? — En attendant, je bois à votre retour avec de l'eau-de-vie.
Le Turc de notre Laure continuait à la regarder fixement, moins a la manière musulmane qu'à la mode chrétienne, qui semble dire : a Madame, je vous fais beaucoup d'honneur, et tant qu'il me plaira de vous regarder, vous aurez la complaisance de ne pas bouger de place. » Si l'on pouvait conquérirune femme en la regardant, Laure était conquise; mais cela n'était pas possible avec elle : elle avait soutenu trop longtemps et trop bravement le feu de l'ennemi pour baisser pavillon devant le coup d'œil étrange de cet inconnu.
LXXXJI.
Le matin allait paraître ; à cette heure-là je conseille aux dames qui ont passé la nuit à danser ou à tout autre exercice, de faire leurs préparatifs de retraite, et de quitter la salle avant le lever du soleil, parce qu'en l'absence des lustres et des bougies, il est à craindre que son éclat ne les pâlisse tant soit peu.
Lxxxnr.
J'ai vu dans mon temps quelques bals et quelques fêtes, et il m'est arrivé pour quelque sotte raison de rester jusqu'à la fin : alors je regardais (j'espère que ce n'est poiat un crime), % pour voir quelle était la dame qui soutenait le mieux le grand jour; et, bien que j'en aie vu des milliers dans la fleur de l'âge, de charmantes et qui plaisaient et peuvent plaire encore, je n'en ai vu qu'une dont l'éclat pouvait, après la danse et les étoiles disparues, soutenir la présence du matin.
Je ne dirai pas le nom de cette Aurore, et cependant je le pourrais, car elle n'était pour moi que cette admirable invention de Dieu, une femme charmante, que nous aimons tous « à voir; mais je serais blâmable de citer des noms propres; pourtant, si vous désirez découvrir cette belle, allez au prochain bal de Londres ou de Paris , vous y remarquerez encore son visage, effaçant tous les autres par sa fraîcheur.
Laure, qui savait le danger qu'il y avait k s'exposer a la clarté du jour après avoir passé sept heures au bal au milieu de trois raille personnes, jugea qu'il était temps de faire sa révérence ; le comte la suivait, portant son châle, et ils étaient sur le point de quitter la salle; mais voyez le malheur! ces maudits gondoliers s'étaient mis juste k la place où ils n'auraient pas dû se trouver.
En cela ils ressemblent à nos cochers, et la cause en est exactement la même, — la foule; ils se poussent, se heurtent, avec des blasphèmes à se disloquer la mâchoire, et font un vacarme non interrompu. Chez nous MM. de Bow-Street 6 maintiennent l'ordre, et ici une sentinelle est à deux pas; mais malgré tout cela, il s'échange bien des jurements et des mots révoltants qu'on ne peut redire ni supporter.
Le comte et Laure trouvèrent enfin leur gondole, et voguèrent jusqu'à leur demeure sur l'onde silencieuse, s'entretenant du bal auquel ils venaient d'assister, des danseurs et danseuses, ainsi que de leur toilette, entremêlant le tout d'un peu de médisance ; déjà la barque s'approchait de l'escalier de leur palais, lorsque Laure, assise k côté de son adorateur, aperçut tout a coup le musulman qui se tenait là devant eux.