I.A PROPHÉTIE DU DANTE. —NOTES
les ports et sur tous les rivages par le vent de la triste pauvreté. J'ai paru devant plusieurs qui, d'après les récits qu'on leur avait faits de moi, s'imaginaient que j'étais tout autre, et étaient prévenus contre tous mes actes passés et à venir. »
*• Vers l'année 4316, les amis du Dante obtinrent qu'il pût rentrer dans son pays et dans ses propriétés, à la condition qu'il paierait une certaine amende, et qu'il demanderait publiquement pardon à la république dans une église. Voici quelle fut sa réponse à cette ouverture .- — «Quant à votre lettre, que j'ai reçue avec tout le respect et l'affection qu'elle mérite, je vois combien vous avez à cœur mon retour dans ma patrie. J'en suis d'autant plus reconnaissant, qu'un exilé trouve rarement des amis; mais, après mûre considération, je dois, par ma réponse, désappointer l'espérance de quelques petits esprits ; et je me confie au jugement que votre impartialité et votre prudence vous dicteront. Votre neveu et le mien m'a écrit ce que je savais déjà par d'autres amis, que, d'après un décret sur les exilés, je pouvais rentrer à Florence, pourvu que je payasse une certaine somme et que je me soumisse à l'bumiliation de demander et de recevoir l'absolution. Je vois là dedans, mon père, deux propositions à la lois ridicules et inconvenantes : je parle de l'inconvenance de ceux qui m'imposent de telles conditions ; car, dans votre lettre, dictée par le jugement et la discrétion, il n'y a rien de pareil. Une telle invitation est-elle digne du Dante? Après avoir passé près de quinze ans dans l'exil, est-ce ainsi qu'ils récompensent mon innocence, qui est évidente, et mes travaux et mes études ? Loin de l'homme et du philosophe cette bassesse de cœur qui viendrait s'offrir elle-même aux fers! Loin de l'homme qui demande justice, ce compromis avec ses persécuteurs en leur payant une amende!
«Non, mon père, ce n'est pas ae cette manière que je dois rentrer dans ma patrie ; mais certes j'y rentrerai volontiers si vous pouvez m'en fournir un moyen qui convienne à l'honneur et à la réputation du Dante. Si je n'ai pas d'autre moyen, eh bien ! je resterai éternellement exilé. Ne puis-jt pas également partout jouir de la vue du ciel et des étoiles ? Ne pourralje pas partout contempler, sous la voûte du ciel, le Dieu qui console, sans me rendre infâme aux yeux du peuple de Florence? Le pain, je l'espère, ne me manquera pas. » Et il continua à éprouver combien est amer le pain de l'étranger, et combien il est dur d'habiter la demeure d'autrui! Ses concitoyens persécutèrent jusqu'à sa mémoire. U fut excommunié, après sa mort, par le pape.
11 « Escris e più volte non solamente a particolari cittadini del reggimcnlo, ma ancora al popolo, e intra V altre una epistola lassai lunga che comincia : — Popule mi, quid feci tibi ?» (Vita di Dante, scritta da Lionardo Aretino.)
*■ Dante mourut à Ravenne, en 4321, dans le palais de son protecteur, Guido Novcllo da Polenta, qui témoigna sa douleur et son respect pour le poète en lui fanant faire de magnifiques obsèques, et en donnaut l'oraro d'élever un monument qu'il ne put voir achever. Les compatriotes du Dante reconnurent trop tard la valeur de celui qu'ils avaient perdu. Au
commencement du siècle suivant, ils demandèrent que les dépouilles mortelles de cet illustre citoyen leur fussent rendues pour être déposées parmi les tombeaux de leurs ancêtres ; mais le peuple de Ravenue refusa de rendre ce tombeau, qui témoignait de sa généreuse hospitalité. Les négociations des Florentins, quoique renouvelées depuis sous les auspices de Léon X, et conduites par la puissante médiation de Michel-Ange, n'eurent pas plus de succès.
Aucun poème n'a vu aussi rapidement croître sa réputation que la Divine Comédie. Après la mort du poète, vers l'an 4350, Giovanni Visconti, archevêque de Milan, choisit six des plus savants hommes de l'Italie, deux théologiens, deux philosophes et deux Florentins, et les chargea do réunir leurs efforts pour composer un vaste commentaire. 11 en exista une copie dans la Bibliothèque laurentienne. A Florence, on fonda une chaire publique pour expliquer ce poème, qui faisait à la fois la aloire et la honte de la ville. Ce décret est de l'année 4373, et cette même année Roccace reçut cent florins d'appointements pour ouvrir ce cours dans une des églises. L'exemple de Florence fut promptement imité par Bologne, Pi se, Plaisance et Venise..