‹ Œuvres complètes de Lord Byron PoëmesChapitre 7 sur 83 · BYRON · texte numérisé non relu

BYRON

CHANT PREMIER

Connaissez-vous le pays où croissent le cyprès et le myrte, emblème des actions dont il est le théâtre, où la rage du vautour, la tendresse de la tourterelle, se fondent en douleur ou s'exaltent jusqu'au crime? Connaissez-vous le pays du cèdre et de la vigne, où sont des fleurs toujours nouvelles, un ciel toujours brillant; où les ailes légères du zéphyr, au milieu des jardins de roses, s'affaissent sous le poids des parfums; où le citronnier et l'olivier portent des fruits si beaux ; où la voix du rossignol n'est jamais muette; où les teintes de la terre et les nuances du ciel, quoique différentes, rivalisent en beauté; où un pourpre plus foncé colore l'Océan ; où les vierges sont suaves comme les roses de leurs guirlandes; où, excepté l'esprit de l'homme, tout est divin ? C'est le climat de l'Orient; c'est la terre du Soleil. — Peut-il sourire aux actes de ses enfants? Ah! sombres comme les derniers adieux de l'amour sont les cœurs que recouvre leur poitrine et les histoires qu'ils racontent.

Entouré d'une suite nombreuse d'esclaves vaillants , équipés comme il sied aux braves, et attendant l'ordre de leur maître pour guider ses pas ou garder son sommeil, le vieux Giaffir était assis dans son divan: profondément préoccupé était l'œil du vieillard, et quoique le visage d'un musulman trahisse rarement sa pensée intérieure aux regards de ceux qui l'observent, habile qu'il est à tout dissimuler, sauf son indomptable orgueil, une préoccupation inaccoutumée se peignait sur ses traits pensifs et son front soucieux.

« Qu'on se relire de celle salle. » — Sa suite a disparu.

— « Maintenant faites venir le chef de la garde du sérail. » Il ne reste auprès de Giaffir que son fils unique et le Nubien qui allend ses ordres : « Haroun, — aussitôt que la foule aura franchi le seuil de la porte extérieure (malheur a la tôle dont les yeux ont vu sans voile le visage de ma Zuleika!), pars, et va chercher ma fille dans sa tour. En ce. moment son destin est fixé; mais ne lui répète pas mes paroles; c'est à moi seul de lui prescrire son devoir! » — « Pacha! entendre c'est obéir. » L'esclave ne doit pas en dire davantage au despote; et Haroun allait partir, quand le jeune Sélim rompit le silence. Il commença par s'incliner profondément, puis parla d'une voix douce et les yeux baissés, en se tenant debout aux pieds du pacha; car le fils d'un musulman mourrait plutôt que d'oser s'asseoir en présence de son père : « Mon père! ne gronde pas ma sœur ou son noir gardien. S'il y a un coupable, c'est moi seul ; que tes regards irrités ne tombent donc que sur moi. La matinée brillait si belle! Que la fatigue et la vieillesse se livrent au sommeil; moi je n'ai pu dormir; et être seul à, contempler les beautés du paysage et de l'Océan, n'avoir personne h qui je pusse communiquer les pensées dont mon cœur élait plein, c'eût été déplaisant;

— car, quel que soit mon caractère, à dire vrai, je n'aime pas la solitude: j'ai été réveiller Zuleika; vous savez que les portes du harem s'ouvrent sans peine pour moi; avant le réveil de* esclaves qui la gardent, nous nous sommes ren-

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dus sous les bosquets de cyprès, et là. nous avons joui librement du spectacle de la terre, de la mer et du ciel. La s'est prolongée notre promenade, la nous ont retenus l'histoire * de Mejnoun et les chants de Sadi», jusqu'au moment où, ayant entendu les sons graves du tambour» qui annonce l'heure de ton divan, fidèle à mon devoir et averti parce bruit, j'ai volé vers loi pour te saluer ; mais Zuleika se promène encore. — Ne te fâche point, ô mon père ! — Rappelle-toi que nul ne peut pénétrer dans ce bosquet secret, excepté ceux qui gardent la tour des femmes. »

a Fils d'une esclave ! » — dit le pacha, — a enfant d'une mère inûdèle ! c'est en vain que ton père espérerait voir en toi quelque chose qui annonçât un homme! Lorsque ton bras devrait tendre l'arc, lancer la javeline, ou dompter le coursier, Grec de cœur, sinon de croyance, tu vas écouler le murmure des eaux, ou voir s'épanouir les roses! Plût à Dieu que cet astre dont tes yeux frivoles admirent la clarté matinale te communiquât une étincelle de sa flamme I Toi qui verrais ces créneaux s'écrouler pièce à pièce sous le canon des chrétiens, et les vieilles murailles de Stamboul tomber devant les dogues de Moscou sans t'émouvoir ni frapper un seul coup contre les chiens de Nazareth ! va, — et que ta main, plus efféminée que celle d'une femme, prenne la quenouille, — non le glaive. Mais, Haroun ! cours vers ma fille î Écoute ! veille a ta tête ! — Si Zuleika prend trop souvent son vol, — tu vois cet arc: — il a une corde! »

Nul son ne s'échappa des lèvres de Sélim, ou du moins ne parvint aux oreilles de Giaffir; mais chacun de ses regards, chacune de ses paroles le perça plus au vif que l'épée d'un chrétien: a Fils d'un esclave! — Il m'accuse de pusillanimité ! Tout autre eût payé cher ces paroles outrageantes. Fils d'une esclave ! — Et qui donc est mon père? » C'est ainsi qu'il donnait carrière à ses sombres pensées; plus que de la colère brillait dans son regard, puis en disparaissait faiblement. Le vieux Giaffir regarda son fils, et tressaillit; car il

avait lu dans ses yeux l'impression que ses paroles avaient produite ; il y avait vu une rébellion naissante : « Viens ici, enfant! — Quoi! point de réponse? Je t'observe, — et je te connais aussi ; mais il est des actes que lu n'oseras jamais commettre : si ta barbe avait une longueur plus mâle, si ton bras avait en partage l'adresse et la force, j'aimerais h te voir rompre une lance, fût-ce même contre la mienne. »

En laissant tomber ces mots ironiques, il jeta sur Sélim un regard farouche; Sélim lui rendit regard pour regard, et leva si fièrement les yeux sur son père qu'il le força à détourner les siens. — Pourquoi ? — Giaflir le sentit sans oser s'en rendre compte : « Je crains bien qu'un jour cet enfant téméraire ne me cause des embarras sérieux. Je ne l'ai jamais aimé depuis sa naissance, et... — Mais son bras est peu redoutable; c'est h peine si h la chasse il peut se mesurer avec le faon timide ou l'antilope ; il n'est pas a craindre qu'il s'aventure jamais dans ces luîtes où l'homme joue sa vie contre la gloire. — Je me défie de ce ton, de ce regard — et même de ce sang qui touche au mien. Ce sang... — Il ne m'a point entendu. — En voilà assez. A l'avenir, je le surveillerai déplus près. C'est pour moi un Arabe* ou un chrétien demandant quartier. — Mais écoutons ! — J'entends la voix de Zuleika; elle résonne a mon oreille comme l'hymne des houris; elle est l'enfant de mon choix ; plus chère même que ne l'était sa mère, elle a tout a espérer et rien à craindre. — Ma péri! tu es toujours la bienvenue ici! lu es douce à ma vue altérée, comme la source du désert aux lèvres de celui que son onde vient arracher à la mort! La Mecque n'entend pas, dans son temple, de prières plus ferventes que celles que je fais pour toi dont j'ai béni la naissance, et que je bénis encore. »

Belle comme la première femme qui ait failli, lorsque, séduite une fois pour séduire toujours, elle sourit à ce terrible mais trop aimable serpent dont elle avait l'image gravée dans l'âme; éblouissante comme ces visions ineffables accordées au sommeil de la douleur, à ce sommeil peuplé de fantômes

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où, dans un songe élyséen, le cœur retrouve ce qu'il a aimé, et vcit revivre dans le ciel ceux qu'il a perdus sur la terre; douce comme le souvenir d'un amour sur lequel la tombe s'est fermée ; pure comme la prière que l'enfance exhale vers Dieu, était la fille du farouche et vieux chef qui l'accueillit avec des larmes — où la douleur n'était pour rien.

Qui n'a pas éprouvé combien la parole est impuissante a saisir une seule étincelle du céleste rayon de la beauté? Qui n'a pas senti sa vue se troubler, affaissée sous le poids de son j ravissement, son visage s'altérer, le cœur lui faillir, et tout t son être confesser l'empire de cette aimable et majestueuse puissance? Telle était Zuleika! — tels formaient autour d'elle une brillante auréole , d'indicibles charmes ignorés d'elle seule, la lumière de l'amour, la pureté de la grâce, la musique de ses traits où se peignait son âme, ce cœur dont la douceur harmonisait le tout, et ce regard qui à lui seul était toute une âme!

Ses bras gracieux , timidement croisés sur son sein naissant, au premier mot de tendresse s'étendirent pour s'enlacer au cou d'un père qui bénit son enfant en lui rendant ses caresses, et sentit la résolution qu'il avait prise à, moitié ébranlée dans son cœur. Ce n'est pas que son cœur, quoique farouche, eût une pensée contraire au bonheur de sa fille ; mais si l'affection l'enchaînait à elle, l'ambition brisait ce lien.

« Zuleika! douce enfant! ce jour t'apprendra combien tu m'es chère, puisque, oubliant ma propre douleur, je me résigne à, me séparer de toi pour l'ordonner d'aller vivre avec un autre; un autre! jamais guerrier plus brave ne combattit aux premiers rangs. Nous autres musulmans, nous attachons peu de prix à l'illustration de la naissance ; cependant la famille des Carasman 8 brille depuis longtemps sans altération à la tête de ces bandes valeureuses de timariotes qui ont conquis et savent conserver leurs terres. Mais c'est assez que celui qui demande ta main soit parent du bey Oglou ; il est inutile de parler de son âge : je ne voudrais pas te voir

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un enfant pour époux. Tu auras un noble douaire, et no9 deux pouvoirs réunis braveront le firman de mort que d'autres reçoivent en tremblant, et apprendront au messager le sort qui attend les porteurs de pareils cadeaux 6 . Maintenant tu connais la volonté de ton père; c'est tout ce que ton sexe a besoin de savoir : c'était à moi a te parler pour la dernière fois d'obéissance, — ce sera à ton époux à te parler d'amour. »

La tôle de la vierge se baissa silencieuse, et si ses yeux se remplirent de larmes auxquelles sa sensibilité comprimée n'osa laisser un libre cours, si son visage altéré rougit et pâlit tour à tour lorsqu'à son oreille arrivèrent comme des flèches les paroles de son père, que pouvait-ce êlre, sinon des craintes virginales? Tant de grâces brillent dans les larmes de la beauté, que le baiser de l'amour ne les sèche qu'à regret; il y a tant de charmes dans la rougeur de la modestie, que la pitié elle-même n'en voudrait rien retrancher ! Quelle que fût la cause de celte émotion, son père n'y lit pas attention, ou l'oublia bientôt. 11 frappa des mains trois fois, demanda son cheval, déposa sa chibouque ornée de pierreries, s'élança sur son coursier, et, entouré de ses maugrabis 7 , de ses mamelucks et de ses delhis 8 , se rendit au pré, pour assister aux exercices d'adresse et de force exécutés avec la lame effilée du sabre ou le djerrid émoussé. Le kislar et ses Maures veillèrent seuls aux portes massives du harem.

Sa tôte était appuyée sur sa main ; son regard était fixé sur le sombre azur des flots qui glissent avec rapidité et s'enflent doucement dans les sinueuses Dardanelles; pourtant il ne voyait ni la mer ni le rivage, ni même les turbans ( des gardes du pacha, qui, dans la mêlée d'un combat si- « **mulé, maniant le sabre d'un bras vigoureux, coupaient en courant un tampon de bourre 9 ; il ne regardait pas la troupe occupée à lancer la javeline; il n'entendait pas leurs ollahs bruyants et sauvages : — il ne pensait qu'à la fille du vieux Giafûr !

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Aucune parole ne s'échappait des lèvres de Sélim; la pensée de Zuleika s'exprimait par un soupir ; et lui continuait à regarder à travers la jalousie, pâle, muet, tristement immobile. Les yeux de Zuleika étaient tournés vers lui, mais elle cherchait vainement à deviner ce qui l'occupait; sa douleur était égale, quoique différente ; une flamme plus douce brûlait dans son cœur, et cependant ce coeur, soit crainte, soit faiblesse, elle ignorait pourquoi, s'abstenait de parler. Néanmoins il faut qu'elle parle; — mais par où commencer? a 11 est étrange qu'il se détourne ainsi de moi! C'est pour la première fois que nous nous voyons ainsi; ce n'est pas ainsi que nous devons nous quitter. » Trois fois elle trav ersa lentement l'appartement ; elle scruta son regard; il était encore immobile; elle saisit l'urne remplie des parfums de l'atargui des Persans 10 , et répandit la liqueur odorante sur le plafond peint et le parquet de marbre : les gouttes que la folâtre jeune fille jeta sur ses vêtements tombèrent sur sa poitrine sans qu'il y fit attention, comme si cette poitrine aussi eût été de marbre : « Quoi ! toujours sombre ! cela ne doit pas être : — ô mon cher Sélim ! pouvaisje attendre cela de toi ?» En ce moment elle aperçut un groupe charmant des plus belles fleurs de l'Orient : « 11 les aimait autrefois ; elles lui plairont encore offertes par la main de Zuleika. » A peine la pensée enfantine était exprimée, que déjà la rose était cueillie. Le moment d'après vit l'angélique beauté assise aux pieds de Sélim : a Celte rose est un message que le bulbul 11 envoie pour calmer les chagrins de mon frère; il te fait dire que ce soir ses chants les plus doux se prolongeront pour Sélim ; et quoique ses accents soient empreints d'une certaine tristesse, il essaiera cette fois des airs plus gais, dans l'espoir que ses chansons nouvelles chasseront de ton front ces sombres pensées.

« Mais quoi ! refuser ma pauvre fleur ! vraiment je suis bien malheureuse ! Pourquoi abaisser ainsi ton front sur moi ? Ne sais-tu pas quelle est celle qui t'aime le mieux? 0 cher Sé-

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lira ! ô plus que cher! dis, est-ce moi que tu hais ou que tu crains? Viens, repose la tête sur mon sein, et mes baisers berceront ton sommeil, puisque mes paroles et môme les chants de mon fabuleux rossignol ne peuvent rien sur toi. Je sais que notre père est sombre quelquefois, mais j'avais encore à apprendre ceci de toi : je ne sais que trop qu'il ne t'aime pas; mais l'affection de Zuleika, l'as-tu donc oubliée? Ah ! ne me trompé-je point? — Le projet du pacha ! — ce parent, ce bey de Carasman est peut-être un de tes ennemis ! S'il en est ainsi, je jure par le temple de la Mecque, si toutefois les femmes peuvent jurer par un lieu dont rapproche leur est interdite, que, sans ton libre consentement, sans ton ordre, le sultan lui-même n'obtiendrait pas ma main! Crois-tu donc que je pourrais m'éloigner de toi et partager mon cœur en deux? Ah ! si l'on m'arrachait d'auprès de toi, où serait ton amie ? où serait mon guide? le passé n'a point vu, l'avenir ne verra pas mon âme séparée de la tienne. Azraël 18 lui-même, quand sortira de son carquois de mort la flèche qui sépare tout ici-bas, réunira nos deux cœurs dans une même cendre ! »

La vie, — la respiration, — le mouvement, — le sentiment, lui revinrent; il releva la jeune fille agenouillée; il ne souffrait plus. — Dans son œil ardent brillèrent des pensées longtemps retenues dans l'ombre, des pensées qui brûlent, — et au rayon desquelles l'àme se fond. Comme une rivière jusque-là cachée derrière son rideau de saules apparaît tout à coup et dévoile le brillant miroir de son onde; comme la foudre éclate et s'élance du nuage noir qui l'emprisonnait, ainsi toute son âme flamboya dans son regard à travers ses longs cils. Un cheval de bataille qui entend le son de la trompette, un lion réveillé par un limier imprudent, un tyran effleuré par la pointe d'un poignard mal dirigé, ne sont pas saisis d'une énergie plus convulsive que n'en manifesta Sélim en entendant ce serment. Alors, laissant éclater ses sentiments jusque-là comprimés: « Maintenant tu es à moi ! » s'écria-t-il, « à moi pour toujours ; à moi oour la vie,

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et par-delà peut-être! — maintenant lu es a moi, et ce serment sacré, bien que prononcé par loi seule, nous lie tous deux. Ta tendressse te l'a dicté, et tu as bien fait; ce serment^sauve plus d'une tête ; mais ne pâlis point, — la moindre boucle de ta chevelure a droit d'obtenir de moi plus que de la tendresse; il n'est pas un des cheveux groupés autour de ton front charmant que je voulusse blesser pour tous les trésors ensevelis dans les cavernes d'Istakar 18 . Ce matin, des nuages se sont abaissés sur moi ; une pluie de reproches est tombée sur ma tête, et peu s'en est fallu qu'il ne m'ait appelé lâche ! J'ai maintenant des motifs pour être brave: le fils de son esclave méprisée, — ne tressaille pas, c'est le terme dont il s'est servi, — ce fils, qui ne sait point se vanter, pourra lui faire voir un courage que n'intimideront ni ses paroles ni ses actes. Son fils! — Oui, grâce à toi, peutêtre je le suis, du moins je le serai; mais que notre serment mutuel demeure un secret entre nous. Je connais le misérable qui veut malgré toi obtenir la main de Giaflir; jamais richesse ne fut plus honteusement acquise, jamais âme plus vile n'habita le corps d'un musselim 1 *. N'est-il pas né en Egripo 1 *? Qu'Israël montre une race plus méprisable ! Mais laissons cela: — que nul ne soit instruit de notre serment; le temps révélera le reste. Laisse Osman-Bey a moi et aux miens; j'ai des partisans pour les jours du danger. Ne crois pas que je sois ce que je semble; j'ai à ma disposition des armes, des amis et de la vengeance ! »

o Ne pas croire que lu sois ce que lu semblés ! ô mon Sélim! Quel douloureux changement s'est opéré en toi! Ce matin je l'ai vu si doux, si affectueux ; mais maintenant combien tu es différent de toi-même ! Mon amour t'était certainement connu auparavant; il n'a jamais été moindre, il ne saurait s'accroîlre. Te voir, t'enlendre, rester auprès de toi, délesler la nuit, je ne sais pourquoi, si ce n'est parce que nous ne nous voyons que pendant le jour; vivre avec toi, avec toi mourir, voilà l'espérance que je ne puis me refuser; baiser la joue, tes yeux, tes lèvres, comme cela, — comme

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